Les Palestiniens sont amers
October 10, 2001

Vingt et un des leurs ont été tués en trois jours dans une nouvelle flambée de violence.
 
A Hébron, des écolières palestiniennes se bouchent les oreilles alors qu’un soldat de Tsahal fait feu. AP
Pour les populations de la Cisjordanie et de la bande de Gaza, les célébrations qui ont marqué la première année de la deuxième Intifada, vendredi, ont un goût amer. Plus d’une vingtaine des leurs ont été tués et 230 blessés en trois jours, jeunes pour la plupart, notamment à Hébron, Bethléem et dans la bande de Gaza où des heurts samedi avec l’armée israélienne ont fait deux morts et 129 blessés parmi des adolescents qui jetaient des pierres contre les soldats. «Il y a une agression dangereuse contre le peuple palestinien, et en dépit de cela, je n’ai pas suspendu les réunions politiques», a déclaré au Caire Yasser Arafat.
Au-delà des polémiques sur qui a commencé et la dureté des ripostes de Tsahal, les Palestiniens rappellent qu’«on nous dit d’arrêter les violences mais il suffit de voir qui occupe et qui meurt pour comprendre de quel côté viennent les agressions les plus fortes».

Dans le même temps, le camp de réfugiés de Rafah près de la frontière avec l’Egypte était régulièrement bombardé, alors que dans la vieille ville de Jérusalem, où la sécurité a été renforcée, les Palestiniens de moins de 40 ans se voyaient à nouveau interdits vendredi de se rendre à l’esplanade des Mosquées pour la prière.

Ouvriers assassinés

Hier, la colère a été à nouveau ravivée par la mort de deux ouvriers palestiniens à un barrage en Cisjordanie. L’armée israélienne a d’abord déclaré que le taxi dans lequel ils se trouvaient avait tenté de forcer le «checkpoint» avant d’expliquer en fin de journée que les Palestiniens avaient commencé par discuter avec les soldats avant de reculer. C’est à ce moment que les militaires auraient ouvert le feu «non pas dans les pneus pour immobiliser la voiture» souligne-t-on mais «bien en visant les personnes», faisant outre les deux morts, 14 autres blessés.

A cela s’est ajouté tout au long de septembre les bouclages hermétiques des territoires en raison des fêtes juives du Nouvel-An et de Yom Kippour, sans compter celle à venir cette semaine de Sukkot qui devrait une fois encore immobiliser complètement les territoires.

Difficile dans ces conditions de prêter attention aux discussions en cours ou de croire à l’application côté israélien du cessez-le-feu, alors que les feux de l’actualité sont tournés vers les Etats-Unis et l’Afghanistan. La réouverture du point de passage de Rafah, hier, qui a permis à des milliers de Palestiniens bloqués depuis des jours de rentrer chez eux, et l’allégement des barrages donnent un répit de 48 heures au président Arafat pour faire respecter la trêve conclue le 26 septembre dernier. Mais, cela ne répond en rien aux questions essentielles, à savoir l’indépendance et la construction d’un Etat viable.

Un rapide bilan n’est guère encourageant: le processus de paix d’Oslo s’est transformé en «processus de guerre» avec des centaines de morts dans les familles, un taux de chômage record et une situation économique désastreuse. Sans perspectives politiques sérieuses, l’Autorité palestinienne aura du mal à convaincre non seulement les mouvements radicaux du Hamas et du Jihad islamique de garder un profil bas, mais également ses citoyens que le moment est venu de retourner à la table des négociations. Ainsi, l’organisation palestinienne Jérusalem Media and Communication Center révélait la semaine dernière que 85% des Palestiniens sont en faveur de la poursuite de leur soulèvement.
 
    JÉRUSALEM / VALÉRIE FÉRON