d'après une interview dans les Dernières Nouvelles d'Alsace,
sa région d'origine
© Dernières Nouvelles D'Alsace, Mercredi 6 Mai 1998.
La paix, foi d'un incroyant
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Jérusalem. - De notre envoyé
spécial- Marc Priestman
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Itinéraire atypique que celui de Michael Warschawski. Fils de
l'ancien
grand rabbin de Strasbourg, il a rompu avec le Talmud pour devenir
l'un des
plus fervents défenseurs du rapprochement israélo-palestinien.
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A le voir calme et souriant derrière sa grise moustache de Gaulois,
on
n'imagine pas qu'il puisse être une " bête noire " de l'extrême-droite
israélienne. Car si Michael Warschawski est venu à Jérusalem
en 1965, ce
n'était ni par engagement politique, ni pour devenir un des
militants les
plus actifs du dialogue israélo-palestinien. Mais bien pour
étudier dans une
yeshiva (séminaire talmudique) et se pencher sur les textes
sacrés.
Strasbourg : la mémoire d'un univers restreint
Fils de l'ancien grand rabbin Meïr Warchawski (une haute figure
de la
résistance juive contre l'occupation allemande), Michael a passé
son enfance
à Strasbourg. " De la maison au centre communautaire, de l'école
aux
mouvements de jeunesse, j'y ai vécu toute mon adolescence dans
l'univers
restreint et balisé d'une éducation juive orthodoxe.
Ceci sous le regard
bourgeois et pas toujours très tolérant de la communauté.
Et, humainement
parlant, sans jamais rencontrer ou me lier à un goy (non juif,
NDLR). Cela
tenait un peu du ghetto ", raconte Michael, alias Mikado (son nom de
totem
chez les éclaireurs israélites de France).
A l'âge de 15 ans, ses parents l'envoient en Israël poursuivre
ses études
religieuses. En 1967 dans la région de Latroun, il se met au
service du
kibboutz Sha Alvin lorsqu'éclate la guerre des Six jours. "
J'ai assisté à
l'exode palestinien de quatre villages qui ont été rasés
depuis. A l'époque,
je n'ai pas très bien compris de quoi il retournait ", dit-il.
La volte-face
Quand durant l'été d'après les hostilités,
des groupes de la diaspora juive
arrivent de France pour visiter le pays, c'est tout naturellement que
Mikado
les guide pour leur montrer les territoires conquis par Tsahal. Mais
à la
faveur d'une visite sur le marché d'Hébron, il découvre
la réalité
quotidienne de l'occupation : " un marchand arabe s'est adressé
à nous pour
nous vendre une broutille. J'ai eu le sentiment insupportable qu'il
nous
parlait comme à ses maîtres. Comme s'il était contraint
de subir notre
pouvoir, notre arrogance "...
C'est un électro-choc. " Faire partie des occupants, dans une
position qui
me plaçait au-dessus de l'autre, voilà qui contredisait
toute mon éducation,
explique Michael. J'ai vécu cette situation comme une atteinte
à mon
intégrité. Toute mon enfance avait baigné, via
mes parents, dans le souvenir
de l'occupation allemande. Ce concept représentait pour moi
la quintessence
de ce qui était le mal absolu : la répression, le racisme,
les humiliations,
le danger permanent ".
Arrêté par le Shin Beth
En quelques mois, Michael Warschawski accomplit alors un virage à
180
degrés. Il abandonne la religion pour adhérer au groupuscule
d'extrême-gauche Matzpen (la boussole), première organisation
israélienne à
s'opposer ouvertement à l'occupation dans une publication intitulée
" Nim
As " (Ras-le-bol, NDLR). " A l'époque, se rappelle-t-il, pour
le jeune
religieux en chemise de nylon et pantalon de tergal que j'étais,
le plus
effrayant chez eux n'était pas leurs idées, mais leur
apparence : ils
avaient des cheveux longs, sales et portaient des jeans "...
Un " cerveau " de l'Intifada
Bientôt, après des études de philosophie et de sciences
politiques, il
consacre sa vie à l'activisme politique. Dans les années
70, il organise des
rencontres entre universitaires israéliens et palestiniens.
Du Comité de
solidarité de l'université Bir Zeït de Ramallah
(Cisjordanie) au Comité
anti-guerre du Liban (1982), il devient une des chevilles ouvrières
du
Centre alternatif d'information. Cette organisation israélo-palestinienne
publie " Nouvelles de l'intérieur ", un journal destiné
à sensibiliser
l'opinion israélienne et internationale à la situation
dans les Territoires
occupés.
En 1988, après avoir co-organisé les premières
manifestations
israélo-palestiniennes en commémoration des massacres
des camps palestiniens
de Sabra et Chatila au Liban, Michael Warschawski est arrêté
par le Shin
Beth (services secrets israéliens). On accuse ce père
de trois enfants
d'avoir collaboré avec l'ennemi pour avoir publié une
brochure qui
expliquait aux Palestiniens comment résister à la torture
et leur indiquait
dans quels pièges ne pas tomber pendant leurs interrogatoires.
Durant les quatre ans du retentissant procès qui suivra, l'accusation
ira
jusqu'à le considérer comme un " cerveau " de l'Intifada.
Sa condamnation -
30 mois de prison dont 10 avec sursis, réduits à un semestre
ferme en appel
- marquera son triomphe. Car entretemps le tabou de la question de
l'auto-détermination palestinienne et de la reconnaissance de
l'OLP aura été
brisé avec la montée en puissance du mouvement Shalom
Akshav (La paix
maintenant).
Le militantisme de Mikado est communicatif. Ses quatre soeurs et l'un
de
ses deux frères sont également engagés dans le
mouvement pacifiste. Ses
parents, qui vivent aujourd'hui tout comme lui à Jérusalem,
appartiennent
tous deux à l'organisation religieuse pour la paix Netivot Shalom.
Mireille,
sa mère, est en outre l'une des animatrices de Bat Shalom, branche
du réseau
israélo-palestinien de femmes Jérusalem Link. Meïr,
son père, s'active aussi
au sein de Shomre Mishpat (Rabbins pour les droits de l'homme).
A presque 49 ans, d'où Mikado tire-t-il sa foi, sa combativité,
son
étonnante énergie pour la paix ? De cet homme qui s'affirme
" incroyant ",
son rabbin de père dit : " c'est le plus mystique d'entre nous
"...
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Marc Priestman
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© Dernières Nouvelles D'Alsace, Mercredi 6 Mai 1998.