PATRIARCAT LATIN - JERUSALEM

Message de Pâques 2003


Le Christ est ressuscité. Oui, il est vraiment ressuscité. Réjouissons-nous et renouvelons notre espérance.
Oui, frères et sœurs, nous vous invitons à vous réjouir malgré l’épreuve que nous vivons. Nous vous invitons à vivre malgré la mort qui nous entoure. Nous vous invitons à aimer malgré la haine qui démolit les cœurs en ces jours. Le Christ est ressuscité. Il a vaincu la mort et la mort n’a plus  de pouvoir sur lui. Voilà nos vœux pour la Pâques :  de voir la mort disparaître et ne plus avoir de pouvoir sur le cœur de nul homme en cette terre sainte, palestinien et israélien. Nous croyons en la Résurrection, et en l‘Espérance, et nous souhaitons voir un jour une Terre Sainte qui soit pour tous ses habitants une terre de résurrection et non plus une terre de mort et haine.
L’Evangile dit que Jésus « quand il fut proche, à la vue de la ville, il pleura sur elle, en disant : si en ces jours tu avais compris, toi aussi, le message de paix » (Lc 19,41-42).  Tout homme et femme de bonne volonté pleure aujourd’hui sur la ville sainte et souhaite à ses habitants et à ses gouverneurs de chercher les voies de la paix. Car les voies suivies jusqu’aujourd’hui ne sont pas celles de la paix, à savoir les actions militaires imposées à toutes les villes et villages palestiniens qui en font des grandes prisons, où la dignité humaine est bafouée, les attentats se multiplient et les démolitions des biens et des maisons continuent. Tout cela ne peut être une voie de paix. Au contraire tout cela ne fait que produire plus de mort et plus de destruction de la personne humaine et ne fait que continuer la guerre et l’insécurité. Depuis le siège de la Basilique de la Nativité, il y a un an,  rien n’a changé pour nous. La Basilique est libérée, mais non la personne humaine : les Palestiniens  sont restés sous le siège, livrés aux humiliations, à la faim et à l’anarchie et les Israéliens sont restés dans la peur et l’insécurité.
Et ce que nous vivons ici, en cette Terre Sainte, nous commençons à le voir en Iraq aussi.
On a dit que la guerre de l’Iraq était un pas vers la paix. Cependant le Pape Jean Paul II dit clairement que seules les voies de la paix peuvent conduire à la paix. C’est pourquoi, la communauté internationale a besoin de se renouveler afin de mettre une limite à la puissance des forts et préserver l’humanité de nouvelles guerres mondiales. Le terrorisme, il faut le combattre partout où il est, mais la lutte contre le terrorisme commence par une révision des critères et des valeurs. Le premier pas pour mettre fin au terrorisme est un retour sur soi afin d’y trouver les possibles racines de mal et de mort en soi-même d’abord, les racines qui permettent au plus fort d’agresser le plus faible en lui imposant injustices et privations. « Et maintenant, rois, comprenez, corrigez-vous, juges de la terre. Servez Dieu avec crainte » (Ps 2,10-11). Servir Dieu avec crainte veut dire pratiquer la  paix et la justice. Traiter avec les peuples selon les exigences de la paix et de la justice est l’unique moyen d’éviter toute sorte de terrorisme.

Notre message pour nos gouverneurs en cette Terre Sainte : vous avez été élus pour porter la paix et la sécurité, et par conséquent, pour prendre les moyens nécessaires pour cela. Or les voies suivies jusque maintenant n’ont porté ni paix ni sécurité, ni au peuple Israélien ni au peuple Palestinien. Vous aussi, écoutez la parole de Dieu qui dit que la paix et la justice vont ensemble. Changez vos voies. Ecartez la peur des coeurs de votre peuple. Croyez que la paix est possible et que les Palestiniens sont capables de vivre en paix une fois que leur liberté et leurs droits leur sont redonnés.
Nous célébrons la fête de Pâques qui signifie le passage de la vie à la mort, de l’esclavage à la liberté. Je souhaite à tous les chrétiens et à tous les Palestiniens de passer de la mort présente à une vie nouvelle, basée sur la liberté retrouvée, sur la justice, le pardon, l’amour et la réconciliation. Je souhaite au peuple juif qui célèbre sa Pâque de passer de la peur présente à la sécurité, basée aussi sur la justice, le pardon, l’amour et la réconciliation. Un nouvel ordre mondial devrait avoir les mêmes fondements : justice, pardon, amour et réconciliation. Sans pardon et sans la présence de Dieu parmi les hommes, la mort ne fera que produire la mort et la guerre ne produira que la guerre et le terrorisme. On ne peut pas, sous aucun prétexte, construire un nouvel ordre mondial en commençant par y démolir la personne humaine.
 Le Christ est ressuscité. Oui, vraiment, il est ressuscité. A vous tous, je souhaite une Pâque de paix, de justice, de pardon, d’amour et de réconciliation.

 
+Michel Sabbah, Patriarche

Pâques, avril ?2003