En réponse aux bombardements israéliens, la résistance palestinienne cible les soldats.
Fevrier 20, 2002


Ambiance tout à fait inhabituelle en ce mercredi matin au checkpoint de Qalandia, le plus important entre Jérusalem-est et Ramallah, déserté complètement tant par les taxis, que par les piétons et les vendeurs en tout genre qui avaient l’habitude de s’installer sur le côté. Seuls deux à trois soldats israéliens sont placés devant le passage, les autres étant postés sur les hauteurs alentours. Les quelques voitures qui se risquent à avancer sont bien vite refoulées, les étrangères comme les palestiniennes, les journalistes étant déclarés également persona non grata. Les rares piétons se tiennent à une distance respectable des soldats qui les accueillent armes pointées en avant. Et pour que le message soit bien clair, ils accompagnent à deux reprises leur demande de reculer de tirs et de gaz lacrimogènes.

" Ils sont très nerveux, explique Nabila, journaliste palestinienne, car ils viennent de subir des attaques meurtrières, les 6 soldats tués hier soir, le char détruit la semaine dernière, sans compter également l’infiltration réussie dans une colonie ". Des attaques très précises lancées par la résistance armée contre les représentants directs de l’occupation qui semblent avoir fait prendre un tournant aux événements. "  Bien sûr que cela va être de pire en pire, assure Yasser 19 ans, qui habite près du checkpoint, mais nous sommes occupés et bombardés, on a plus d’argent pour vivre, donc nous n’avons pas le choix, nous devons continuer à lutter ". Les quelques personnes présentes acquiescent, le regard aussi désespéré que déterminé. Témoignant que l’heure est grave, même les jeunes assis à proximité du checkpoint se tiennent tranquilles. Aujourd’hui, pas non plus de vieilles paysannes pour entreprendre une discussion des plus vives avec les soldats exigeant que ces derniers les laissent passer. Personne n’a pris la peine de venir se présenter au barrage. Cette fois l’état de guerre ouverte semble être bien là.  A 5 minutes de là,  un peu plus bas au checkpoint à Ram, situé juste avant le quartier de Beit Hanina , à Jérusalem-est, où les attentes en voiture sont régulièrement de l’ordre d’une demie heure à deux heures, même spectacle. Abou Farès, la cinquantaine tient une petite échoppe près de ce barrage. Son regard mêlé de tristesse de résignation et de colère en dit plus que les discours. Il estime ne rien avoir à dire de particulier "  les Palestiniens se battent pour leur indépendance, Sharon peut continuer à nous bombarder et nous tuer. Mais la paix, la vraie ne se fera pas de cette manière. Tous ces bombardements et ses morts des deux côtés ne résoudront rien du tout. Ce que nous voulons c’est une paix juste et nos droits ". Reste que les jeunes avouent ne pas être mécontents des dernières actions contre les soldats israéliens " qui ne cessent d’humilier tout le monde ". Pour Samer, un chrétien de Jifna, petit village de la région de Ramallah, l’espoir " c’est que ces actions contre l’armée et les colons arrivent à mettre vraiment assez de pression sur le gouvernement de Ariel Sharon pour que celui-ci soit obligé de changer de politique. Nous, Palestiniens, savons que la solution n’est pas militaire, et spécialement parce que nous nous battons contre une armée puissante et un état qui possède la bombe, mais il n’y a même pas de plan de paix, rien pour espérer ". C’est bien d’ailleurs ce que les Palestiniens, qui continuent de se sentir cruellement seuls, reprochent dans l’ensemble  au monde arabe et à la Communauté internationale : ne pas mettre fin à la politique " d’agression et d’occupation " d’Israël et obligé tout le monde à s’asseoir autour de la table des négociations pour établir un vrai plan de paix qui mette fin définitivement à la colonisation et à l’occupation de la Cisjordanie et de la Bande de Gaza. Et le ministre Saëb Erekat, joint par téléphone dans ses bureaux de Jéricho, de tirer la sonnette d’alarme, demandant une aide internationale d'urgence pour son peuple, en résumant ainsi la situation : " le gouvernement de Ariel Sharon veut la fin du peuple palestinien, il veut à présent détruire l’Autorité nationale palestinienne, et il veut aussi tuer le président Yasser Arafat ". Pour éviter ce scénario, Le ministre palestinien estime que la " communauté Internationale ne peut pas attendre plus longtemps,  il faut absolument que les Etats Unis et l’Europe réagissent et très vite car nous arrivons à un stade plus que dangereux. Dans l’immédiat, un premier pas serait d’envoyer une force de protection internationale, mais pour mettre fin à cette situation la seule solution est d’obliger Israël à se retirer des territoires palestiniens et à retourner à la loi internationale ".

Au checkpoint de Qalandia, Valérie Féron.