Si la proposition saoudienne d’une normalisation totale des relations entre les pays arabes et Israël en échange du retrait total de cet Etat des territoires arabes occupés est perçue comme " positive " par la direction palestinienne, il n’en va pas de même parmi les populations de la Cisjordanie et de la bande de Gaza. Les réactions vont au choix de l’éclat de rire au qualificatif de " stupide " tant les Palestiniens " en ont vu passer des plans de paix depuis trente ans, notamment à l’initiative du Monde Arabe ", et qui sont restés lettre morte. Les plus modérés, comme Rania, mère de famille résidant à Ramallah, estiment qu’il " ne s’agit que de parlottes qui ne changent rien à la situation sur le terrain. Pendant ce temps nous sommes toujours sous occupation et nous avons de plus en plus de mal à circuler, à subvenir aux besoins de nos familles, en un mot à vivre ". Ceux qui prennent le temps d’analyser leurs sentiments posent avant tout une question " qui est derrière tout cela ? ". Réponse : Les Américains. Du coup la méfiance se double d’une inquiétude chez certains, celle de voir les dirigeants des pays arabes entamer une normalisation avec le gouvernement de Ariel Sharon sans garanties : " je crains que les pays arabes n’entrent dans un jeu dicté par le président américain aux Saoudiens sans prendre de position ferme concernant nos droits, explique Abou Georges, habitant de Beit Sahour, près de Bethléem. A Gaza, Ahlam ne peut s’empêcher pour sa part de faire le parallèle avec 1982 : " à l’époque il y avait le plan de paix du Roi Fahd, ce fut juste avant l’invasion israélienne du Liban . Mais une autre image me vient en tête, celle de l’encerclement de Arafat à Ramallah. Il y a un autre encerclement, politique, celui de Ariel Sharon par les pays arabes qui n’ont aucun contact avec Israël. C’est cet encerclement là que les Etats Unis essaient de briser par ce plan saoudien, avec tous les risques que cela comporte notamment pour nous Palestiniens ". Parmi les jeunes, on clos volontiers la discussion dès le départ pour souligner que les pays arabes " n’ont jamais pris d’initiatives sérieuses pour soutenir la lutte nationale palestinienne ". Mise à part son statut de " gardien des Lieux Saints de l’Islam ", la pétromonarchie saoudienne de même que l’ensemble des dirigeants arabes n’inspirent que méfiance : " les dirigeants des pays arabes ne souhaitent pas l’établissement d’un Etat palestinien, certifie Adeeb, habitant de la Vieille Ville de Jérusalem, ils ont trop peur de voir les Palestiniens instaurer la première vraie démocratie arabe. " L’heure n’est donc plus à " se laisser bercer d’espoir " par le Monde Arabe, et l’on reste convaincu en général que " seule l’Intifada actuelle pourra forcer les Israéliens à se retirer des territoires palestiniens " : " de toute manière, même si les Saoudiens avaient la capacité d’adopter une position ferme vis-à-vis des Israéliens, commente Ibrahim, également de Jérusalem, jamais Sharon n’acceptera de se retirer jusqu’aux frontières de 1967 et d’appliquer les résolutions des Nations Unies ". Les jeunes palestiniens sont d’autant plus durs dans leurs propos qu’ils ne veulent plus voir leurs espoirs tourner au cauchemard comme après les accords d’Oslo. Ces réactions tranchent quelque peu avec la position officielle palestinienne qui a accueilli avec bienveillance le plan tout en affichant une certaine prudence, et, à l’instar du conseiller du président Bassam Abou Sharif, une méfiance quant à la " sincérité et la crédibilité " du gouvernement de Ariel Sharon qui se déclare intéressé par l’initiative. Reste que le plan du prince héritier saoudien a le mérite, souligne t-on, de " mettre les Israéliens, qui affirment rechercher la paix, au pied du mur ". Car il ne fait aucun doute aux yeux des officiels palestiniens que l’Etat hébreu " cherche sans cesse à trouver des échappatoires " pour éviter d’entreprendre des négociations sérieuses.
Jérusalem-est, Valérie Féron.