Destination Palestine : un arbre pour la paix.
Fev. 24, 2002


Dès le début de la période d’Oslo une coopération décentralisée s’était mise en place entre plusieurs villes françaises et le district de Bethléem, dont Romans avec la ville qui jouxte Bethléem, Beit Sahour. Mais les projets entamés pendant cette période ont été mis entre parenthèses depuis le début de l’Intifada. Les associations Romans International, France-Palestine solidarité, le CCFD, et ADCAVL( initiatrice de chantiers de la jeunesse) concentrent leurs efforts actuellement sur leur soutien au peuple palestinien, dans le cadre du collectif qu’ils ont crée et qui vient d’achever la mission : " un arbre pour la paix ".
 

C’est une délégation de 16 personnes dirigée par Elie Belle de CAFPS et Romans Internationale qui vient de passer près d’une semaine dans les territoires palestiniens, avec au programme des rencontres avec leurs partenaires palestiniens du monde politique et associatif local, des visites notamment à Ramallah et Hébron, et le but principal de cette mission : planter des oliviers. Un projet qui a débuté en septembre dernier par une campagne de sensibilisation à la situation dans les territoires palestiniens : " Pour nous le problème n’est pas d’être pro-israélien ou pro-palestinien, explique Elie Belle, mais le respect du droit international. Or selon les résolutions des Nations Unies, il doit y avoir deux états ici, un israélien et un palestinien. L’état israélien existe déjà, nous devons donc nous battre pour le droit des Palestiniens à vivre librement sur leur terre . Planter ces oliviers est une de nos petites  pierres  à l’édification de leur état ". Puis vint le 11 septembre et les attentats sans précédents aux Etats-Unis : "  On s’est demandé si nous allions pouvoir faire passer notre message dans ce contexte très spécial, explique Caroline Lanciaux, militante du CCFD et envoyée par la mission des Affaires Européennes et Internationales de la ville de Romans. Mais nous avons fait le pari de miser sur le besoin soudain des gens de comprendre un peu plus ce qui se passe dans le monde et surtout au Proche Orient ". Pari gagné, et la campagne de souscription, commencée à la fin novembre, apportait comme cadeau de Noël au collectif de quoi acheter en arrivant en Cisjordanie 1200 oliviers. Un succès des dons qui, pour Jean Pierre Gasquet, de l’association France-Palestine Solidarité, section Drôme/Ardèche, tient aussi au fait " que les Français restent sensibles à la notion de justice, et qu’ils ont vu ces derniers temps certains aspects de l’occupation israélienne comme les arbres arrachés, les maisons détruites ". Dès le lendemain de son arrivée, la délégation, bravant le temps pluvieux, s’est mise à la tâche, aidée par les jeunes des écoles de Beit Sahour, et des membres d’associations locales. " Bien sûr nous avons le handicap de la langue, raconte Elie Belle,  mais le fait de planter ensemble ces arbres suffit à créer des liens, surtout avec les jeunes qui ont pris cette action très au sérieux". Des liens étroits illustrés par ailleurs par la plantation samedi dernier d’un olivier sur le parvis des Droits de l’Homme  de la ville de Romans. Sur place, leur action a reçu des marques importantes de soutien de la part notamment du consul général de France à Jérusalem, venu mettre en terre " son " olivier. Un geste politique pour une mission qui l’est tout autant : car " les arbres de la paix " sont plantés sur des terres de la localité de Beit Sahour, situées en face de la colline de Abou Ghneim en haut de laquelle se trouve la colonie israélienne de Har Homa. Une colonie construite sur des terres prises aux Palestiniens qui voient chaque matin en se levant la progression des travaux depuis leurs fenêtres. En bas, une route en construction, devant relier à terme la colonie de Har Homa à celles autour de Bethléem, visant à isoler la partie arabe occupée de Jérusalem du reste de la Cisjordanie. Pour achever cette route, la terre sur laquelle viennent d’être plantés les tout jeunes oliviers devrait être également confisquée par l’Etat d’Israël au profit des colons. Deux soldats israéliens sont d’ailleurs venus leur signifier qu’il était "  interdit de planter ici ". Ce qui n’a aucunement découragé ces " citoyens militants ", mais a laissé perplexe Tarek, jeune habitant de Bethléem venu en voisin : " le jour où les Israéliens vont venir nous prendre cette terre, en deux coups de pelleteuses, il ne restera rien de vos arbres ! ". Cependant, pour Ayman, jeune palestinien guide interprète de la délégation, ces actions sont importantes, pour rappeler aux Palestiniens " qu’ils ne sont pas seuls ", convaincu par ailleurs que les Français " sauront protester haut et fort contre Israël si la confiscation de ces terres se concrétisaient ". Ce qui est bien dans les intentions du collectif qui suit de près l’évolution de la situation.

Beit Sahour, Valérie Féron.