Darine, 20 ans, kamikaze et martyre
1.3.2002
Darine, Kamikaze et martyre.

Darine Abu Aïshé s'est tué en faisant sauter sa ceinture d'explosif à un barrage de l'armée israélienne en Cisjordanie mercredi soir, blessant trois soldats. Les deux hommes qui l'accompagnaient sont morts.

 

Darine avait 20 ans. Issue d’une famille ouvrière de 6 enfants d’un petit village près de Naplouse, Beit Azzan, elle était étudiante dans le département d’Anglais de l’Université an Najjah de Naplouse. Aujourd’hui ses amis comme sa famille la pleurent, se déclarant extrêmement surpris de son acte : " Darine avait déjà évoqué ce genre de sujet devant moi mais je n’avais pas prêté attention à ces propos ", explique sa maman, "  la situation est tellement terrible pour nous tous que j’ai pensé qu’il ne s’agissait que d’un moment de désespoir passager ". Pourtant, dans la cassette vidéo qu’elle a laissé pour expliquer son acte, Darine déclare qu’elle fait partie de la section féminine des Brigades des martyrs d’Al Aqsa, un groupe de la résistance armée née au début de l’Intifada et proche du parti du président Arafat, le Fatah. Un fait dont certaines de ses camarades comme Ahlam, d’une famille d’universitaires, déclarent ne l’avoir jamais entendu parler. Ahlam la connaissait depuis le collège, où elles ont étudié ensemble pendant sept ans avant de se retrouver ces trois dernières années à l’université an Najjah de Naplouse : "  Elle aimait ses études par-dessus tout et voulait devenir enseignante ou traductrice. C’était jeune fille au caractère fort, sérieux, aux idées très tranchées. Mais elle était populaire ". Une jeune musulmane peu influençable, exigeante avec elle-même et la vie. Quelles raisons ont donc pu la pousser à se tuer à un checkpoint ? " Comme nous tous elle subissait toutes les souffrances de l’occupation, et elle avait une conscience patriotique très forte ", soulignent Ahlam et une autre de ses camarades, Rania, de plus un fait l’avait touché personnellement très récemment, sa cousine et le fiancé de cette dernière ont été tués par l’armée israélienne. Elle les aimait beaucoup et en a été très affectée. Cela a dû fortement contribuer à la décider à passer à l’acte. Je pense que beaucoup d’étudiantes palestiniennes aujourd’hui s’identifient à elle ". " Je sais que les gens à l’étranger ne veulent pas nous comprendre mais je pense que s’ils étaient dans notre cas, occupés depuis 1967, et bombardés depuis des mois, peut être réagiraient ils eux aussi comme elle, poursuit Rania. Et Ahlam de confier " Nous n’avons pas envie de mourir, mais il n’y a plus aucun espoir de paix par la voie politique, la Communauté internationale laisse faire Sharon, alors c’est à nous, le peuple, de mettre fin à l’occupation pour vivre enfin libres, dans notre Palestine". Valérie Féron, Jérusalem-est.
 
 

Les femmes de plus en plus prises pour cible
 

Les Palestiniennes ont toujours "  participé à la lutte nationale à tous les niveaux, politique sociale et militaire ", explique Dalal Salameh, membre du Fatah au Conseil Législatif palestinien : Ce qui est nouveau dans cette Intifada, ce sont ces cas d’attentats suicide qu’il faut rattacher à la situation actuelle tout à fait nouvelle elle aussi avec des attaques israéliennes incroyablement violentes, des bouclages qui font de nous des prisonniers depuis des mois. Tout ceci ne peut que contribuer à une pression accrue sur les individus, hommes et femmes ". Situation extrême dans laquelle les femmes voient mourir maris frères et sœurs ou pire leurs enfants.  Sans oublier celles qui accouchent régulièrement aux checkpoints parce qu’elles se sont vues refuser le passage pour se rendre à la maternité, celles qui dernièrement ont été blessées, et ont vu mourir leurs proches qui les accompagnaient à la maternité sous leurs yeux: " l’armée israélienne ne fait pas la différence entre les hommes, les femmes, voire les enfants, tous les civils palestiniens sans exception sont visés, estime le Dr. Nasser, médecin à Gaza, Les femmes étant de plus en plus violemment physiquement et moralement touchées, nous risquons d’avoir de plus en plus de cas de femmes commettant des attaques suicides ". A la lutte nationale s’ajoute la haine de l’occupant qui découle de la souffrance personnelle et u désir de venger les êtres chers : " Certaines femmes ne veulent plus simplement subir, résume A., enseignante à Naplouse. elles ont envie d’agir pour affirmer qu’elles aussi prennent part au combat national ". " Palestiniens hommes et femmes sont prêts à la paix, conclut Naser, mais en l’absence d’alternative politique, Palestiniens, hommes et femmes lutteront pour notre droit à l’indépendance". VF.