Darine Abu Aïshé s'est tué en faisant sauter sa ceinture d'explosif à un barrage de l'armée israélienne en Cisjordanie mercredi soir, blessant trois soldats. Les deux hommes qui l'accompagnaient sont morts.
Darine avait 20 ans. Issue d’une famille ouvrière de 6 enfants
d’un petit village près de Naplouse, Beit Azzan, elle était
étudiante dans le département d’Anglais de l’Université
an Najjah de Naplouse. Aujourd’hui ses amis comme sa famille la pleurent,
se déclarant extrêmement surpris de son acte : " Darine avait
déjà évoqué ce genre de sujet devant moi mais
je n’avais pas prêté attention à ces propos ", explique
sa maman, " la situation est tellement terrible pour nous tous que
j’ai pensé qu’il ne s’agissait que d’un moment de désespoir
passager ". Pourtant, dans la cassette vidéo qu’elle a laissé
pour expliquer son acte, Darine déclare qu’elle fait partie de la
section féminine des Brigades des martyrs d’Al Aqsa, un groupe de
la résistance armée née au début de l’Intifada
et proche du parti du président Arafat, le Fatah. Un fait dont certaines
de ses camarades comme Ahlam, d’une famille d’universitaires, déclarent
ne l’avoir jamais entendu parler. Ahlam la connaissait depuis le collège,
où elles ont étudié ensemble pendant sept ans avant
de se retrouver ces trois dernières années à l’université
an Najjah de Naplouse : " Elle aimait ses études par-dessus
tout et voulait devenir enseignante ou traductrice. C’était jeune
fille au caractère fort, sérieux, aux idées très
tranchées. Mais elle était populaire ". Une jeune musulmane
peu influençable, exigeante avec elle-même et la vie. Quelles
raisons ont donc pu la pousser à se tuer à un checkpoint
? " Comme nous tous elle subissait toutes les souffrances de l’occupation,
et elle avait une conscience patriotique très forte ", soulignent
Ahlam et une autre de ses camarades, Rania, de plus un fait l’avait touché
personnellement très récemment, sa cousine et le fiancé
de cette dernière ont été tués par l’armée
israélienne. Elle les aimait beaucoup et en a été
très affectée. Cela a dû fortement contribuer à
la décider à passer à l’acte. Je pense que beaucoup
d’étudiantes palestiniennes aujourd’hui s’identifient à elle
". " Je sais que les gens à l’étranger ne veulent pas nous
comprendre mais je pense que s’ils étaient dans notre cas, occupés
depuis 1967, et bombardés depuis des mois, peut être réagiraient
ils eux aussi comme elle, poursuit Rania. Et Ahlam de confier " Nous n’avons
pas envie de mourir, mais il n’y a plus aucun espoir de paix par la voie
politique, la Communauté internationale laisse faire Sharon, alors
c’est à nous, le peuple, de mettre fin à l’occupation pour
vivre enfin libres, dans notre Palestine". Valérie Féron,
Jérusalem-est.
Les femmes de plus en plus prises pour cible
Les Palestiniennes ont toujours " participé à la
lutte nationale à tous les niveaux, politique sociale et militaire
", explique Dalal Salameh, membre du Fatah au Conseil Législatif
palestinien : Ce qui est nouveau dans cette Intifada, ce sont ces cas d’attentats
suicide qu’il faut rattacher à la situation actuelle tout à
fait nouvelle elle aussi avec des attaques israéliennes incroyablement
violentes, des bouclages qui font de nous des prisonniers depuis des mois.
Tout ceci ne peut que contribuer à une pression accrue sur les individus,
hommes et femmes ". Situation extrême dans laquelle les femmes voient
mourir maris frères et sœurs ou pire leurs enfants. Sans oublier
celles qui accouchent régulièrement aux checkpoints parce
qu’elles se sont vues refuser le passage pour se rendre à la maternité,
celles qui dernièrement ont été blessées, et
ont vu mourir leurs proches qui les accompagnaient à la maternité
sous leurs yeux: " l’armée israélienne ne fait pas la différence
entre les hommes, les femmes, voire les enfants, tous les civils palestiniens
sans exception sont visés, estime le Dr. Nasser, médecin
à Gaza, Les femmes étant de plus en plus violemment physiquement
et moralement touchées, nous risquons d’avoir de plus en plus de
cas de femmes commettant des attaques suicides ". A la lutte nationale
s’ajoute la haine de l’occupant qui découle de la souffrance personnelle
et u désir de venger les êtres chers : " Certaines femmes
ne veulent plus simplement subir, résume A., enseignante à
Naplouse. elles ont envie d’agir pour affirmer qu’elles aussi prennent
part au combat national ". " Palestiniens hommes et femmes sont prêts
à la paix, conclut Naser, mais en l’absence d’alternative politique,
Palestiniens, hommes et femmes lutteront pour notre droit à l’indépendance".
VF.