Camp de réfugiés de Jénine : symbole de la  résistance à l'occupation et du
potentiel destructeur d'Israël.
Avril 20, 2002

Désastre. Un mot qui revient sur toutes les lèvres, des responsables de l'
Unwra - organisation de l'ONU pour les réfugiés palestiniens - aux
responsables de l'hôpital gouvernemental. Un mot qui revient également dans
chaque description de la situation par les habitants de ce camp de réfugiés.
Mais. pour ces derniers, qui ont déjà connu l'exode, il a, comme pour l'
ensemble du peuple palestinien, une signification plus profonde, ancrée dans
la mémoire de chacun: "Nakba", la catastrophe de 1948. Année de la
proclamation de l'Etat d'Israël, cette date signifie pour les Palestiniens l
'expulsion de 750 000 d'entre eux, accompagnée de «massacres désormais
prouvés, notamment par les nouveaux historiens israéliens, comme celui de
Deir Yassine».

Dans le camp de réfugiés de Jénine, cinquante-quatre ans plus tard, en
attendant de rassembler assez de preuves pour parler à nouveau de
«massacres», on s'occupe du plus urgent: sauver les personnes qui seraient
encore enterrées vivantes sous leur maison, trouver les corps des personnes
tuées, les identifier et les enterrer. Un travail qui relève de la mission
quasi impossible jusqu'ici. Cinq jours après la fin de l'offensive
israélienne, les moyens pour y parvenir restent modestes.

Déluge de feu

Le centre de ce camp de réfugiés a été littéralement pulvérisé par les tirs
d'obus de char et les missiles qui se sont abattus pendant plusieurs jours
sur les quelque 13 000 habitants. «La raison en est simple, explique un
membre de l'équipe de l'Unwra sur place: lorsque vous entrez avec des chars
dans un camp par plusieurs côtés, les habitants, instinctivement, se
replient vers le centre. Si vous pilonnez ensuite intensément cette partie
du camp, voilà ce que vous obtenez.»

Le centre n'est plus qu'un immense tas de gravats de plusieurs mètres de
haut par endroits, d'où dépassent ici une chaussure, là un fauteuil, des
matelas, des vêtements ou des jouets, seuls vestiges du quotidien des
réfugiés.

Ici et là, on entend le bruit des pelleteuses qui viennent d'arriver,
actionnées par des volontaires palestiniens qui creusent inlassablement pour
tenter de retrouver des corps. Hier, un survivant a été retrouvé après dix
jours passés sous les décombres. Au fur et à mesure que l'on enlève les
gravats, une odeur de chair putréfiée devient de plus en plus forte, à la
limite du supportable, laissant supposer à chaque minute la découverte d'un
ou de plusieurs corps humains supplémentaires.

Enterrés dans le sable

Non loin de là, dans la cour de l'hôpital, des volontaires déterrent une
dizaine de corps de victimes, ensevelis dans un tas de sable, en attendant
de pouvoir les enterrer au cimetière. Une maman invective les volontaires,
exigeant qu'on lui montre les visages de tous les «martyrs», et s'affale en
pleurs sur l'un des corps dont le visage est entièrement brûlé, soulagée d'
avoir enfin «retrouvé» son fils. Seuls une poignée de journalistes et
d'internationaux assistent à ces scènes, les forces d'occupation continuant
de boucler hermétiquement le camp de réfugiés obligeant les équipes
médicales et la presse à empreinter le plus souvent des chemins détournés
pour  y accéder .

CICR, Croissant-Rouge, Médecins du monde et Médecins sans frontières sont
cependant arrivés sur place, ainsi que des spécialistes, pour localiser les
corps enfouis sous les décombres. «Les organisations internationales font
vraiment tout ce qu'elles peuvent pour aider, souligne le directeur de l'
hôpital, Mohammad Abou Ghali, mais ce dont nous avons réellement besoin, c'
est d'une pression populaire internationale. Afin que nous, Palestiniens,
ayons au moins droit à une égalité avec les autres peuples au niveau
humanitaire, en attendant que nos droits à l'indépendance soient enfin
appliqués.»

                            REPORTAGE À JÉNINE / Valérie Féron