Depuis le début décembre, l’étau se resserre de
jour en jour autour de la ville de Ramallah où
plusieurs quartiers de la ville sont sous couvre-feu, leurs habitants
se retrouvant dans la même situation que leur président
Yasser Arafat : avec soldats chars et blindés israéliens
sous leurs fenêtres. Dans le centre-ville la vie continue, magasins
et cafés internet étant ouverts, et chacun vaque à
ses occupations. Parfois au bruit des rafales de tirs, venus du quartier
présidentiel ou des zones proches des colonies, dans une ambiance
presque normale. Car derrière ce calme apparent la tension est à
son comble. Depuis la place al Manara dans le centre-ville,
que l’on prenne les directions de Naplouse, Bir Zeit ou de Beitounia et
la ville basse de l’autre côté à un quart d’heure de
marche on tombe systématiquement sur des chars israéliens.
Et jour après jour on se rend par petits groupes, parfois en famille
près du quartier présidentiel, situé sur la route
menant à l’université de Bir Zeit. Et on reste là,
à l’entrée des bureaux de Yasser Arafat, à faire face
aux chars et blindés israéliens installés de
l’autre côté de la rue, à quelques mètres. Des
poignées de jeunes s’approchent régulièrement
des chars et leur jettent des pierres manifestant ainsi “ leur colère
et leur refus de l’occupation ”. Mohammed qui vit près du quartier
Al Tireh un des quartiers réoccupés par l’armée israélienne
explique : “ Au début je pensais quitter ma maison car j’avais peur
et après réflexion je me suis dis que quoi qu’il
arrive je resterais ! J’ai toujours été très critique
vis-à-vis de l’Autorité nationale palestinienne dans le passé,
mais croyez moi, à présent je ne supporte plus la moindre
remarque contre Abou Ammar (Yasser Arafat). La situation est très
dangereuse, cela n’a rien à voir avec la première Intifada
”. Un sentiment partagé par Fathi, père de deux enfants
de 16 et 17ans qui s’exprime dans un français parfait : “ lors de
la première Intifada, il s’agissait d’une occupation. Aujourd’hui
les Israéliens entrent dans les zones autonomes pour tuer, pas simplement
pour nous occuper ”. Fathi habite al Bireh, localité jouxtant Ramallah,
juste en face de la colonie de Psagot, un secteur où les tirs sont
quotidiens. “ Avant l’Intifada, cette colonie que je voyais tous les matins
représentait une sorte de corps étranger mais je ne pressentais
pas toute l’agression qu’elle pouvait signifier. Depuis le début
de l’Intifada j’ai l’impression de vivre en face d’un baril de poudre,
car les Israéliens tirent avec des armes beaucoup plus sophistiquées
que ce que j’imaginais depuis ces positions qui ressemble beaucoup plus
à des forteresses militaires qu’à de simples zones
d’habitations pour des civils israéliens comme ils tentent
de le faire croire ”. Chaque soir on s’attend à ce que les chars
avancent en direction du centre ville. Bravant les incertitudes on stipule
sur l’avenir, affirmant que si les Israéliens réoccupent
toute la ville “ cela n’aura rien de nouveau ”, que “ l’occupation on connaît
” depuis 1967, dont Oslo n’apparaît plus au mieux que comme une simple
parenthèse. Pourtant, cette fois, signe que les temps
ont bel et bien changé, Abou Ammar (Yasser Arafat) est au
milieu d’eux. Une situation qui renforce les convictions. Certains prédisent
même que si les Israéliens tentent de réoccuper toute
la ville, cela risque d’être le début d’une sorte de guérilla
urbaine. Et dans le contexte actuel en l’absence de réaction de
la Communauté internationale, et de perspectives politiques sérieuses
qui mettent fin à l’occupation et à la colonisation des territoires
palestiniens depuis 1967, l’avenir ne ressemble plus qu’à un tunnel
sans fin : “ Sharon n’a pas de plan de paix, son seul plan est de
nous faire plier, ajoute Mohammed. Mais que peut il faire ? nous réoccuper
? bon et après ? tout détruire ? il ne fera que renforcer
les actes de vengeances d’individus de notre société qui
n’ont rien à voir avec le Hamas mais dont le désespoir
est tellement fort qu’ils deviennent incontrôlables. Mais ensuite
? que se passera t-il ? ”. Une certitude cependant : que “ la lutte
pour l’indépendance continuera ” marquée par un symbole,
La Voix de la Palestine, la radio télévision nationale dont
les locaux de Ramallah ont été détruit samedi dernier
par l’armée israélienne et qui continue tant bien que mal
d’émettre, même si les programmes en anglais hébreu
et français ont dû être suspendus pour des raisons techniques.
“ Nous continuerons notre travail de journaliste, promet Awad, et s’il
le faut nous irons crier les nouvelles directement dans la rue ! ”. Ramallah,
Valérie Féron.