La situation à Ramallah
Janvier 24, 2002

Depuis le début décembre, l’étau se resserre de jour en jour autour de la ville de Ramallah où
plusieurs quartiers de la ville sont sous couvre-feu, leurs habitants se retrouvant dans la même situation que  leur président Yasser Arafat : avec  soldats chars et blindés israéliens sous leurs fenêtres. Dans le centre-ville la vie continue, magasins et cafés internet étant ouverts, et chacun vaque à ses occupations. Parfois au bruit des rafales de tirs, venus du quartier présidentiel ou des zones proches des colonies, dans une ambiance presque normale. Car derrière ce calme apparent la tension est à son comble.  Depuis la place al Manara dans le centre-ville,  que l’on prenne les directions de Naplouse, Bir Zeit ou de Beitounia et la ville basse de l’autre côté à un quart d’heure de marche on tombe systématiquement sur des chars israéliens.  Et jour après jour on se rend par petits groupes, parfois en famille près du quartier présidentiel, situé sur la route menant à l’université de Bir Zeit. Et on reste là, à l’entrée des bureaux de Yasser Arafat, à faire face aux  chars et blindés israéliens installés de l’autre côté de la rue, à quelques mètres. Des poignées de jeunes s’approchent  régulièrement des chars et leur jettent des pierres manifestant ainsi  “ leur colère et leur refus de l’occupation ”. Mohammed qui vit près du quartier Al Tireh un des quartiers réoccupés par l’armée israélienne explique : “ Au début je pensais quitter ma maison car j’avais peur et  après réflexion je me suis dis  que quoi qu’il arrive je resterais ! J’ai toujours été très critique vis-à-vis de l’Autorité nationale palestinienne dans le passé, mais croyez moi, à présent je ne supporte plus la moindre remarque contre Abou Ammar (Yasser Arafat). La situation est très dangereuse, cela n’a rien à voir avec la première Intifada ”.  Un sentiment partagé par Fathi, père de deux enfants de 16 et 17ans qui s’exprime dans un français parfait : “ lors de la première Intifada, il s’agissait d’une occupation. Aujourd’hui les Israéliens entrent dans les zones autonomes pour tuer, pas simplement pour nous occuper ”. Fathi habite al Bireh, localité jouxtant Ramallah, juste en face de la colonie de Psagot, un secteur où les tirs sont quotidiens. “ Avant l’Intifada, cette colonie que je voyais tous les matins représentait une sorte de corps étranger mais je ne pressentais pas toute l’agression qu’elle pouvait signifier. Depuis le début de l’Intifada j’ai l’impression de vivre en face d’un baril de poudre, car les Israéliens tirent avec des armes beaucoup plus sophistiquées que ce que j’imaginais depuis ces positions qui ressemble beaucoup plus à des  forteresses militaires qu’à de simples zones d’habitations pour  des civils  israéliens comme ils tentent de le faire croire ”. Chaque soir on s’attend à ce que les chars avancent en direction du centre ville. Bravant les incertitudes on stipule sur l’avenir, affirmant que  si les Israéliens réoccupent toute la ville “ cela n’aura rien de nouveau ”, que “ l’occupation on connaît ” depuis 1967, dont Oslo n’apparaît plus au mieux que comme une simple parenthèse.   Pourtant, cette fois, signe que les temps ont bel et bien  changé, Abou Ammar (Yasser Arafat) est au milieu d’eux. Une situation qui renforce les convictions. Certains prédisent même que si les Israéliens tentent de réoccuper toute la ville, cela risque d’être le début d’une sorte de guérilla urbaine. Et dans le contexte actuel en l’absence de réaction de la Communauté internationale, et de perspectives politiques sérieuses qui mettent fin à l’occupation et à la colonisation des territoires palestiniens depuis 1967, l’avenir ne ressemble plus qu’à un tunnel sans fin :  “ Sharon n’a pas de plan de paix, son seul plan est de nous faire plier, ajoute Mohammed. Mais que peut il faire ? nous réoccuper ? bon et après ? tout détruire ? il ne fera que renforcer les actes de vengeances d’individus de notre société qui n’ont rien à voir avec le Hamas mais  dont le désespoir  est tellement fort qu’ils deviennent incontrôlables. Mais ensuite ? que se passera t-il ? ”. Une certitude cependant : que “ la lutte  pour l’indépendance continuera ” marquée par un symbole, La Voix de la Palestine, la radio télévision nationale dont les locaux de Ramallah ont été détruit samedi dernier par l’armée israélienne et qui continue tant bien que mal d’émettre, même si les programmes en anglais hébreu et français ont dû être suspendus pour des raisons techniques. “ Nous continuerons notre travail de journaliste, promet Awad, et s’il le faut nous irons crier les nouvelles directement dans la rue ! ”. Ramallah, Valérie Féron.