Patriarch Michel Sabbah

Homélie du nouvel An 2002

  Excellence, Mgr. Pietro Sambi, nonce apostolique

  Frères évêques,

  Révérendissime Père Custode, Pères Abbés,

  Frères et Soeurs

 

Je vous souhaite à tous une année nouvelle, pleine de la grâce de Dieu et de sa bénédiction. Avec les paroles du livre des Nombres (6,22-27) que nous venons  de lire ensemble, dans la première lecture, je vous dis: “Que Dieu vous bénisse et vous garde. Que Dieu fasse pour vous rayonner son visage et vous fasse grâce. Que Dieu vous découvre sa face et  vous apporte la paix”

  Je voudrais saluer Mons. Bernard Aubertin, évêque de Chartres, et Mons. Adriano Caprioli, évêque de Reggio Emilia, présents parmi nous en signe de solidarité et de fraternité. Merci pour votre présence.

 

Nous commençons l’année avec la contemplation du mystère de la maternité de Marie, mère du Verbe Incarné. Nous commençons par contempler sa beauté si proche de celle de Dieu, elle qui a porté le Verbe en son sein et entre ses bras. Par cette contemplation, puisions-nous arriver à mieux voir la présence de Dieu-Emmanuel en nous et dans tous les détails de notre vie quotidienne. Puisions-nous par cette contemplation mieux vivre la filiation divine réalisée en nous, comme nous le dit S.Paul dans la deuxième lecture (Gal 4,4-7): “Et la preuve que vous êtes des fils, c’est que Dieu a envoyé dans nos coeurs l’Esprit de son Fils qui crie Abba, Père”.

Dans la troisième lecture de  l’évangile de S. Luc, nous méditons les deux attitudes à prendre face au mystère du Verbe qui nous a été révélé: méditer, comme la Vierge Marie qui conservait toutes ces choses en son coeur, et annoncer tout ce qui leur a été dit, comme les bergers.

 

2. Avec cette méditation du mystère du Verbe incarné, et en compagnie de la Vierge Marie, nous commençons notre année nouvelle. Et avec ce mystère que nous portons en nous, nous faisons face aux dures réalités de notre vie quotidienne.

Le message du Saint-Père, en ce premier jour de l’an, est consacré à la paix, basée sur la justice et le pardon. Il commence par rappeler les événements du 11 septembre, et affirme que le mystère du mal ne saura avoir la dernière parole, car l’histoire du salut reste garant de l’espérance pour l’humanité La lettre s’adresse à tous, chefs et grands de ce monde, comme aux petits et aux faibles de ce monde, et à chacun et chacune de nous, ici en Terre Sainte, qui ne cessons de vivre le drame du mal dans le conflit qui déchire nos deux peuples.

Le Pape fait référence à son expérience personnelle avec le mal, ayant eu à faire avec deux régimes politiques totalitaires: le régime nazi et le régime communiste. Il dit: “Des souffrances que j’ai connues dans ma jeunesse, m’ont toujours interpellé et stimulé ma prière”. Fruit de cette prière, il arrive à la conclusion que la paix peut s’établir par la justice et le pardon. Puis il précise que le pardon ne s’oppose pas à la justice, mais à l’esprit de vengeance. La justice est le respect des droits et devoirs et l’équitable distribution des biens. Vu que les hommes et les peuples ne peuvent arriver à une justice parfaite, le pardon est une invitation permanente à une guérison en profondeur des blessures causées.

 

Il invite les chefs et les grands de ce monde à réfléchir sur  les exigences de la justice et du pardon. Il définit le terrorisme, et le condamne. Mais il affirme aussi, qu’on ne peut punir des collectivités et des peuples pour le terrorisme d’un groupe ou d’un individu. D’un autre côté, la collaboration internationale dans la lutte contre le terrorisme doit aussi comporter un engagement spécial, au niveau de la  politique, de la diplomatie et de l’économie, afin de résoudre avec courage et détermination les situations d’injustice dans lesquelles les droits sont foulés aux pieds et les injustices des personnes ou des peuples trop longtemps tolérées. Il mentionne spécialement le drame de notre terre sainte. Dans la rencontre avec les Evêques d’Iraq, mi-décembre, il avait mentionné aussi leur blessure due à l’embargo qui pèse depuis plus de dix ans sur le pays et le peuple irakien.

 

  3. Puisions-nous voir la justice et la pardon rétablir la paix dans ce pays. Puissent les souffrances du pays être les nôtres et non celles des autres. Puisions-nous voir que le pays a besoin non seulement de pitié et de compassion mais de justice et de dignité humaine. Hier, tous les chefs des Eglises, nous avons fait une marche, pour dire la présence de l’Eglise à côté des fidèles et de leur lutte pour leur liberté et  leur pain quotidien, et pour dire au monde, qu’il y a une injustice dans cette terre qui a duré trop longtemps, comme l’a dit le pape, et qu’il faut guérir. Aux officiers israéliens qui ont arrêté la marche à la barrière militaire nous avons offert la branche d’olive, les priant de la faire parvenir à M. Sharon, avec le message clair, qu’il est temps de mettre fin à l’injustice qu’il tient à prolonger, au dam des deux peuples à la fois, palestinien et israélien. Nous espérons que le message puisse arriver; mais c’est Dieu qui agira au moment voulu. En attendant l’heure de Dieu, nous continuerons à agir, à prier et à remplir nos coeurs de justice et de pardon, comme nous invite le Saint Père à le faire.

 

4. En plus de la paix et de la justice à faire, et qui est de notre responsabilité à tous, fidèles et chefs des Eglises, nous menons notre vie pastorale, pour approfondir notre foi et réfléchir à notre avenir. Ici, l’éducation que nous donnons dans nos écoles, dans nos homélies, dans nos groupements de jeunes ou autres, l’éducation religieuse doit à la fois s’ouvrir et s’approfondir. S’approfondir, afin d’avoir une foi qui produise les actes, et non des actes superficiels sans racines et sans attitudes chrétiennes. Croire en un Dieu, en un Jésus-Christ que nous connaissons et que nous acceptons pour compagnon dans tous les choix de notre vie à tout moment. Et nous ouvrir,  afin d’accepter notre vocation dans notre terre, avec tout son drame, afin de ne pas nous considérer comme des étrangers dans le drame. D’ailleurs les événements, les barrières militaires, les humiliations, les privations, tout cela nous remet malgré nous devant la vérité de notre vie et de notre foi, pour nous dire que le drame est vôtre; il n’est pas le drame des autres. Donc dans ce drame vous devez avoir un rôle. Et, vous religieux, religieuses, curés, c’est dans cette vision que vous devez éduquer les jeunes qui vous sont confiés.

Pour cela, le plan pastoral, fruit du synode, explique bien cette nouvelle attitude. Il faut y réfléchir. Cette nouvelle année, si elle ne nous porte pas la paix, la justice et le pardon, elle doit nous porter, avec le plan pastoral, et dans l’éducation que nous donnons à nos fidèles, une meilleure compréhension et un approfondissement de la foi, de sorte que chacun et chacune se sente chez soi au milieu du drame qui comporte la mort et l’humiliation, en même temps que la réclamation de la vie et de la liberté.

Frères et soeurs, je vous souhaite une bonne et heureuse année.

  Puisse la Vierge Marie nous accompagner, nous guider et renouveler notre confiance et notre espérance. Amen.

 

+ Michel Sabbah

Patriarche Latin de Jérusalem