Message de Pâques
23 avril 2000
1. Je vous souhaite à tous, avec le Christ ressuscité,
une sainte et joyeuse
Pâques Le Christ est ressuscité! Oui, il est vraiment
ressuscité.
Notre message de Pâques, cette année, fait suite au message
que nous a
laissé le Saint-Père, Jean-Paul II, lors de sa récente
visite à nos Eglises,
à nos Lieux Saints et aux souffrances de nos peuples.
Dans une situation qui reste une marche vers plus de lumière
et plus de
justice, pour nos pays, et pour plus de prise de consience de
notre
vocation et du sens de notre vie comme chrétiens dans cette
Terre Sainte, le
message du pape fut d’abord une prière, qui doit être
le début, la fin et
l’accompagnement de toutes nos actions. Tel est pour nous le sens de
ces
longs moments d’un recueillement profond qui l’isolaient de tous
ceux qui
l’entouraient, de leur empressement même à l’approcher,
à le saluer, à le
toucher, ou à le protéger. Il s’est recueilli ainsi
aux principaux Lieux
Saints le mystère du salut: au Mont Nebo, qui fut sa première
rencontre avec
le mystère de la Révélation dans cette terre,
à la grotte de la Nativité à
Behtléem où il a pris le temps de prier son Bréviaire,
à la grotte de
l’Annonciation à Nazareth, à Gethsemani et au Cénacle
à Jérusalem, et enfin
au Saint-Sépulcre, devant le Tombeau et au Calvaire.
Prière et
recueillement qui se sont prolongés dans toutes les rencontres
avec les
foules, depuis Madaba, Amman et la vallée du Jourdain
en Jordanie, puis à
Bethléem, aux Béatitudes et à Nazareth.
2. Mené par le même recueillement et par la même
présence devant Dieu, il a
voulu rencontrer tous, tous les chrétiens (la rencontre
oeucménique au
Patriacat Grec Orthodoxe, et la visite au Patriarcat Arménien
Orthodoxe),
toutes les religions, chacun dans son lieu de prière, à
la synagogue, au mur
des Pleurs et à la mosquée d’Omar, puis ensemble dans
une rencontre
interreligieuse.
Toujours porté par le même recueillement, et par la même
présence divine, il
a voulu rencontre les souffrances des deux peuples qui vivent dans
la terre
de son pèleirnage, le peuple palestinien et le peuple juif.
Il a voulu
rencontrer aussi les chefs politiques, en Jordanie, Palestine et Israel.
Eux
aussi faisaient partie de sa prière avec les responsabilités
qu’ils portent.
3. Le message qu’il nous a laissé à tous est celui de
l’homme plein de
l’esprit de Dieu. Un message d’abord à l’Eglise de Jérusalem,
à toute
l’Eglise, i.e. à tous les chrétiens, car tous, fidèles
et très souvent
toutes les hiérarchies, ont accomapgné le pèlerinage
du Pape: tous ont vu
et écouté et furent impressionnés. Son message
fut le suivant: Petit
troupeau, prenez courage; acceptez votre vocation et remplissez votre
mission dans vos diverses sociétés, dans la terre de
Jésus. Il a confirmé
nos Eglises catholiques de Terre Sainte dans notre marche synodale
et nous a
encouragées à continuer dans cette voie par l’application
du plan pastoral
commun, fruit du synode. Il a confirmé la marche de toutes nos
Eglises vers
l’unité, une marche déjà commencée, mais
qui reste hésitante, entourée de
peurs et de sensibilités diverses.
4. Ce fut aussi un message à l’Eglise universelle, qui doit toujours
retourner à ses racines. Car, comme successeur de Pierre, il
portait dans
son pèlerinage l’Eglise entière. Vu sous cet aspect,
son pèlerinage est une
invitation à l’Eglise entière à rester plus proche,
en quelque sorte d’une
façon physique, du Calvaire et de la Résurrection,
dans sa marche vers
l’avenir, et à mieux regarder, connaître et aimer l’Eglise-mère
de
Jérusalem.
5. Aux chefs religieux, juifs et musulmans, qui ont bien voulu
l’accueillir, et l’écouter, il a réaffirmé
l’ouverture, la disponibilité de
l’Eglise catholique à écouter, et à collaborer
pour le bien de l’homme. Dans
nos pays en quête de paix et de justice, il les a invités
à agir pour une
paix juste. La rencontre interreligieuse qui eut lieu à Jérusalem,
et qui
aurait pu paraïtre pour certains un échec, fut plutôt
un succès, en révélant
la profondeur de la blessure humaine et de la déchirure à
Jérusalem et dans
la Terre Sainte. Les fondements et les eixgence d’un dialogue
interreligieux à Jérusalem ont été révélés:
pour porter des fruits, il doit
commencer par voir cette réalité et ces exigences. Un
dialogue
interreligieux à Jérusalem ne peut pas faire abstraction
de la souffrance de
l’homme qui continue toujours en Terre Sainte, et dont les chefs religieux
portent en partie la responsabilité de la guérison. C’est
dans une vision
franche et courageuse de cette souffrance commune que les chefs religieux
pourront remplir leur mission, et aider les chefs politiques à
trouver la
voie pour la paix juste et définitive.
6. Pour nous, Eglises, la complexité de notre réalité
ecclésiale a été aussi
mise à jour. D’où le besoin d’une réflexion,
basée sur la même prière et le
même recueillement du Saint-Père, pour mieux comprendre
l’identité et la
mission de notre Eglise de Jérusalem à l’égard
de ses propres fidèles et à
l’égard de l’Eglise entière.
Une identité faite de diversité à l’intérieur
de l’Eglise catholique, et qui
nécessite une meilleure compréhension et efficacité
dans l’unité des coeurs,
l’acceptation mutuelle, et l’action commune. Une action commune qui
fasse
naître en nous une parole unique, celle inspirée par l’Esprit,
et qui
s’adresse à nos fidèles, aux situations concrètes
de nos pays, comme aux
Eglises du monde.
Une identité faite aussi de divisions qui sont à surmonter,
en attendant
l’heure de Dieu pour l’unité de son Eglise. Déjà
une grande cordialité
fraternelle existe entre les chefs des Eglises à Jérusalem:
elle est à
communiquer à tous nos clergés et à tous nos fidèles.
Une identité enfin faite de communion avec toutes les Eglises
du monde: car
Jérusalem est l’Eglise-mère, pour tous ses enfants
qui vivent avec elle,
comme pour tous ses enfants dans le monde, dans la situation où
ils se
trouvent, et selon que l’histoire les a faits et dessinés.
7. Voilà notre message à l’occasion de cette Semaine
Sainte, qui est un
temps de prière, de pénitence, de purification et de
retour à Dieu. Puisse
le Christ Ressuacité nous remplir de sa paix, et nous envoyer
son Esprit
afin que nous restions fidèles à la mission qui nous
est confiée.
Sainte et joyeuse Pâque à tous et à toutes.
Le Christ est Ressucité! Oui, Il est vriament ressuscité.
+Michel Sabbah
Patriarche Latin de Jérusalem