PATRIARCAT LATIN - JERUSLAEM

Homélie des Rameaux 5.4.1998 (fin de la procession à Saint-Anne)

Cet après-midi, nous avons écouté l'évangile des rameaux et de l'entrée triomphale de Jésus à Jérusalem. Ce matin, nous avons écouté le récit de la Passion, i.e. de la défaite de Jésus sur le plan humain. Dans la même ville, Jésus a été glorifié et mis à mort. Il y enseigna et y manifesta sa gloire à tous. Les uns virent, les autres ne purent pas voir. Les uns acceptèrent et crurent, les autres le livrèrent à la mort comme blasphémateur. C'est dans ce mystère que notre salut reste enraciné, le mystère de notre capacité à accepter ou refuser la grâce que Dieu nous donne. Etant Dieu, le Verbe de Dieu s'abaissa et se fit homme, semblable à nous en tout hormis le péché. Un mystère qui n'est pas donné à tous de comprendre et d'accueillir, et dans lequel cependant tout salut s'accomplit. Nous commençons notre Semaine Sainte, afin de voir, de mieux voir, afin de croire et de mieux croire. Avec l'aveugle nous crions: "Seigneur que je vois". Et comme lui, nous voulons entendre le Seigneur nous dire: "Ta foi t'a sauvé". Notre foi nous sauvera. Une semaine sainte c'est un examen de conscience devant la croix, devant le mystère d'acceptation et de refus qui est en nous. Une semaine sainte c'est un chemin de croix, de pénitence et de mort, afin d'en sortir une créature nouvelle avec le Christ ressuscité. Prosternés devant Dieu, devant le mystère du salut accompli par son Verbe Eternel, nous n'oublions pas de voir autour de nous toute la réalité humaine de Jérusalem: le conflit qui ne cesse de déchirer les coeurs des deux peuples, les haines, les extrémismes, les violences, les impasses sur la voie de la paix, ceux qui souffrent dans leur corps et leur âme, les prisonniers politiques, les torturés, les humiliés, ceux qui vivent dans la peur, les chefs qui n'arrivent pas à voir les voies de la paix, qui n'arrivent pas à voir ce qui est pour le bien de cette ville et de cette terre avec ses deux peuples, palestinien et israélien?La réalité palestinienne et israélienne dans laquelle s'insère notre semaine sainte, votre semaine sainte, chers pèlerins, vous invite à méditer le mystère de Dieu dans cette ville et celui des hommes qui continuent à faire de la ville de Dieu, une ville de discorde et de peur, alors qu'elle est la sainte, le sanctuaire de Dieu et la source du salut et de la paix. Prions pour que Dieu renouvelle notre foi et la fortifie. Prions pour la paix et la justice dans les coeurs de tous. Prions pour toute l'Eglise de Jérusalem. La Pâque de l'Eglise de Jérusalem se prolonge sur deux semaines, selon deux calendriers différents, et selon deux prières séparées, mais que Dieu unit devant son trône malgré les divisions des hommes qui ont cru lui. La Pâque à Jérusalem, comprend aussi la Pâque juive et la fête du sacrifice musulmane. C'est dans cet encadrement des trois religions que s'insère aussi notre semaine sainte. Cela veut dire que toutes les grâces que nous demandons pour nous-mêmes, dans nos prières, nous devons les demander aussi pour tous les croyants de cette ville sainte, chrétiens, musulmans et juifs. Retournez chez vous, vous tous qui avez pris part à cette procession, et commencez une semaine sainte de pénitence qui se terminera avec le Christ ressuscité dans la joie de la Résurrection.

+Michel Sabbah, Patriarche

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