LA RESTAURATION DE LA CONCATHEDRALE

DU PATRIARCAT LATIN DE JERUSALEM

PIERRE MEDEBIELLE S.C.J.

JERUSALEM 1988

Nous vous demandons de nous excuser pour le travail imcomplet. Comme nous n'avons pas le livre au centre de Al-Bushra (San Francisco, US), nous avons transmis a nos lecteur c'est ce que nous avons recu du Patriarcat!

Avant-Propos

A Jérusalem, la basilique du Saint-Sépulcre est la cathèdrale prestigieuse de la Ville Sainte. Mais elle l'est à la fois des trois Patriarches Orthodoxe grec, Latin et Arménien. Elle est aussi lieu de visites des pèlerins et des touristes du matin un peu avancé jusqu'au soir.

On comprend dès lors que chaque Patiarcat ait aussi son église personnelle, sa concathèdrale où il puisse faire ses cérémonies propres en toute liberté, avec toutes commodités, sans la gêne des touristes ni de cérémonies d'autres rites.

Le Patriarcat latin eut sa concathèdrale bâtie au siècle dernier par le Patriarche Valerga de la restauration (1847), qui la consacra le Il février 1872 quelques mois avant sa mort le 2 décembre 1872.

En un siècle et demi cette concathèdrale avait subi du temps, les dommages d'un tremblement de terre sévèvre en 1927 puis, de la guerre arabe juive de 1948-1949. Une restauration s'imposait.

Le Patriarche Beltritti (1970-1988) a pu en trouver les généreux promoteurs. Il a eu la consolation le ler janvier 1988 de fêter le retour au culte de cette église, après deux ans de travaux, avant de la passer, le 14 janvier, magnifiquement restaurée, à son successeur &B. Mgr. Michel Sabbah, sacré le 6 précédent à Rome.

Les promoteurs généreux de cette restauration ont été surtout des catholiques allemands, société de Cologne et des mmbres de l'Ordre du saint-Sépulcre, avec la collaboration aussi d'autres Lieutenances. Les ouvriers de la restauration étaient des allemands et des palestiniens.

Cette plaquette voudrait présenter l'histoire de cette église, le besoin et les phases de sa restauration, en l'hommage dû à ses promoteurs et ses bons ouvriers. Ce travail a paru en articles dans la revue du Patriarcat "JERUSALEV, au cours de l'année 1988.

P. Pierre Médebielle S C.J.

TABLE DES MATIERES

Avant propos

Préface: La Restauration de la Concathédrale du Patriarcat Latin de Jérusalem

I

-Avant l'érection de la Concathédrale

- Pourquoi une Concathédrale?

- Les strates de l'Eglise de Jérusalem

-Survol historique du mounument lui-même

II

- Vers la Concathédrale

- Mgr Valerga en quête de terrain, résidence et église

- La diversion de Sainte-Anne

- Acculé à construire son Patriarcat

- Les maîtres d'oeuvre des constructions du Patriarcat

- Les Massacres de 1860

- Un intermède providentiel en Europe pour Mgr Valerga

- Pour l'indépendance financière: l'Ordre du Saint-Sépulcre

- L'installation définitive au nouveau Patriarcat

III

- La Concathédrale de Mgr Valerga

- Une annonce surnaturelle - Premiers travaux de 1860 à 1865

- Le choléra de 1865

- Le cas dramatique de Beyrouth

- Le cas macabre de Naplouse

- Le cas de Khalil Hazboun

- Les voûtes de D. Morétain

- La grande voûte de l'église et missions romaines de Mgr Valerga

- L'équipement de la concathédrale

- Les autels de la concathédrale

- Les peintures de la concathédrale

- La consécration de la concathédrale

- La mort de Mgr Valerga

IV

- La restauration (1986-1987)

- Les avatars de la concathédrale

- Les promoteurs de la restauration

- Inspection et plans du Baumeister de Cologne

- L'exécution des travaux (1986-1987)

- Les caveaux de l'église

- Les vitraux - Les Oeuvres d'art de la Concathédrale

- Les autels et divers

- Les peintures de la voûte

- La réouverture de la concathédrale restaurée

Conclusion

LA RESTAURATION DE LA CONCATHEDRALE

DU PATRIARCAT LATIN

DE JERUSALEM (1)

Le 23 juillet 1847, le Pape Pie IX, par sa lettre Apostolique "Nulla celebrior", restaurait le Patriarcat latin de Jérusalem. Le 10 octobre suivant, il sacrait à Rome le nouveau Patriarche Mgr Joseph Valerga. Le 17 janvier 1848, celui-ci arrivait à Jérusalem, avec un prêtre secrétaire et un serviteur. Après une entrée très solennelle, Mgr Valerga entrait pour 20 mois dans la première phase de sa carrière patriarcale de 25 ans. Au couvent franciscain de Saint-Sauveur à Jérusalem, sa résidence, cette phase fut dure, obscure, mais féconde période d'observation et de décisions.

Le Pape lui avait confié la tâche de restaurer l'Eglise de Jérusalem. Mais les longs mois de constatations, en contact avec les réalités, sur place à Jérusalem et dans le diocèse, lui imposèrent l'évidence qu'il lui en manquait -tous les moyens.

Avec son intelligence supérieure, et riche de son expérience pastorale de 6 ans en Mésopotamie, il vit très clairement, les urgences qui s'imposaient à lui. Un mot les résumait dans le rapport de 101 pages qu'il présenta à Rome : indépendance! Celle d'une résidence à lui, celle d'un clergé séculier pour son travail pastoral, celle d'une cathédrale à lui, celle des ressources indispensables.

C'est dans cette évidente conviction qu'il partait pour Rome le 16 septembre 1849 remettre sa démission, si on ne lui assurait pas les moyens de remplir sa tâche. Il s'était d'ailleurs déjà chargé de recruter son clergé séculier, recrutant sur place 10 petits séminaristes qu'il confiait aux Jésuites de Ghazir au Liban. Il comptait aussi recruter quelques missionnaires en Europe.

Ce travail sur la Concathédrale m'a éte demandé par M. l'architecte Dr. Anton Goergen, maître d'oeuvre de la restauration de l'église de la part du Baumeister Dr. Wolff, du Heiligenlandverein de Cologne qui assumaient l'entreprise. M. Goergen voulait connaître l'histoire de la concathédrale, et S.B. Mgr Beltritti, devant qui il me demandait ce travail, approuvait aussi cette recherche. Elle m'a Intéressé à plusieurs titres, au cours de mes recherches dans les archives du Patriarcat. J'Y ai trouvé très grandie la figure du Patriarche de la restauration du Patriarcat, Mgr Valerga (1847-1872), qui fut aussi l'architecte de la concathédrale. il en mena la réalisation au milieu d'activités très absorbantes - la création du Patriarcat et des ses structures, la Délégation Apostolique de Syrie-Liban, puis la préparation à Rome, dès le début de 1869, du Concile de Vatican I. J'ai estimé utile cet avantpropos d'auteur pour les lecteurs, au début de ce travail.

Mais à Rome, la Révolution éclatée, avec l'assassinat de Rossi (15 novembre 1848) le chef du gouvernement pontifical, allait retarder la réalisation des projets du Patriarche. Cependant le 21 novembre 1851, il ne revenait pas à Jérusalem les mains vides. Il ramenait ses premiers collaborateurs. Rome lui allouait aussi pour résidence une casanova de la Custodie. un décret de la propagande, du 9 septembre 1851, faisait droit en principe, sur le papier, à ses réclamations. En fait, l'exécution, très laborieuse, prendrait les 21 ans qu'il lui restait à vivre. Mais ses dons exceptionnels d'intelligence organisatrice, son énergique et persévérante volonté, l'appui sans faille de Pie IX et l'évidente bénédiction du Seigneur permettraient l'indiscutable réussite du Patriarcat.

Le 11 février 1872 à 10 mois de sa mort le 2 décembre, il consacrait sa concathédrale la dernière réalisation de ses urgences.

Sérieusement affectée par le violent tremblement de terre palestinien du 11 juillet 1927, blessée de guerre aussi par les obus de 1948, cette concathédrale vient d'être restaurée, 115 ans après sa consécration.

Les pages qui suivent veulent évoquer dans leur contexte propre, les trois phases de cette église patriarcale : celle d'activités préliminaires, retardant de 14 ans le début du travail, celle de sa construction qui fut oeuvre très personnelle du Patriarche Valerga, celle de sa restauration due surtout au Cardinal Hoffner de Cologne (décédé le 16 octobre 1987), qui dans son profond attachement à la Terre Sainte a su intéresser à cette oeuvre de vaillants collaborateurs.

I

AVANT L'ERECTION DE LA CONCATHEDRALE

A proprement parler elle fut l'entreprise des dix dernières années de Mgr Valerga, très remplies d'ailleurs de bien d'autres soucis : ses propres missions, les Eglises orientales, comme Délégué Apostolique de Syrie-Liban, et le Concile du Vatican en 1869-1870. Mais il est bien vrai que pendant ces 10 années, le souci de cette église, dont il fut l'architecte et le pourvoyeur de tout son équipement, ne le quittait pas.

Mais auparavant il avait eu à penser à son installation à Jérusalem avec quelques séminaristes, donc à une constructiori du séminaire à Beit Jala, de 1854 à 1857 et de l'église paroissiale de cette première mission, bénite en 1858. Pendant ce temps il cherchait à Jérusalem, un terrain pour son Patriarcat, autant d'éléments préalables pour situer et éclairer le sujet central de cette première partie qu'est l'érectior, de l'église.

Pourquoi une concathédrale?

On peut être toit d'abord justement intrigué par cette curieuse dénomination. Elle suggère aussitôt que cette église serait une ajoute à une vraie cathédrale. Il en est vraiment ainsi à Jérusalem. La basilique du Saint-Sépulcre, est en soi, en principe et en fait, la vraie cathédrale de la Ville Sainte.

Elle l'est à la fois des trois patriarches de Jérusalem. Ils y partagent l'utilisation des trois sites principaux. le saint Tombeau et, sur le Calvaire, ceux de la Crucifixion et de la Vierge des douleurs. En dehors de ces trois autels sacrés et, de leur accès, les trois confessions grecque, latine et arménienne ont des dépendances propres dans le vaste monument.

Le service liturgique de la basilique est régi par le Statu quo institué au siècle dernier.

Ce partage implique de ce fait des servitudes, comme aussi du fait que ce monument célèbre est un objectif essentiel de visite, non seulement des pèlerins chrétiens mais encore des touristes, croyants ou non, de plus en plus nombreux.

Mais avant d'en conclure plus loin la nécessité pour chaque Patriarche d'une église propre plus pratique, quelques considérations paraissent s'imposer sur la vraie cathédrale qu'est le Saint-Sépulcre et ce qui en explique les conditions présentes.

La coexistence dans cette même basilique s'expliquera d'abord par une plongée dans son histoire rendant compte des strates successives dont les trois confessions actuelles sont la manifestation.

Les strates de l'Eglise de Jérusalem.

La première en fut la judéo-chrétienne, constituée avec la conversion de Juifs au premier siècle, par le Christ et les Apôtres. Cette Eglise connut vite le problème déchirant des observances juives, du choix entre la Loi mosaïque ou la foi en Jésus. Impliquée et compromise dans la révolte juive contre les Romains, elle disparut après la destruction de la Palestine juive et après le Concile de Nicée. Ce fut soit par intégration à la grande Eglise, issue de la Gentilité, soit par émiettement en hérésies dont on retrouve des traces en Orient même dans l'Islam. Le dernier évêque catholique, judéo-chrétien de Jérusalem, fut le juif converti Jude, qui prit le nom de Cyriaque. Evéque et martyr, il figure à juste titre sur un des médaillons de la concathédrale de Mgr Valerga.

Une seconde strate de l'Eglise de Jérusalem fut celle issue de la Gentilité. Elle débuta avec l'évêque saint Marc, venu à Jérusalem de la colonie romaine de Césarée en 135, latin, comme l'avait été le centurion Cornelius, le premier païen baptisé avec les siens par saint Pierre rt Justin, de colonie romaine de Neapolis (Naplouse), martyr à Rome vers 165. Une série de 12 noms latins continue à Jérusalem les évêques de la gentilité sous occupation romaine. Après la fondation de Constantinople en 330, l'Eglise de Jérusalem bilingue, en grec et araméen, donnant en liturgie le syriaque, devient sous régime politique de Constantinople église byzantine. Mais elle était de rite syrien, le rite judéo-chrétien adapté à Antioche et revenu en Palestine. Elle connut son âge d'or aux 5e et 6e siècles, avec profusion d'évêques et d'églises, ornées de très belles mosaïques, la plus fameuse étant la carte de Madaba du 6e s. avec tous les monuments de Jérusalem. L'hérésie monophysite, après 451, divisa et affaiblit cette Eglise. Sa strate est aujourd'hui bien faible en Palestine sous ses deux formes, Jacobites (orthodoxe) et syrienne unie.

Elle fut supplantée en Palestine et au Saint-Sépulcre au 16e s., par es Grecs-Byzantins orthodoxes. Arrivés après la conquête turque de 1516, bien organisés par un patriarche hellène, Germanos (1534-1579), ils substituèrent le rite byzantin au rite syrien. Ce fut chose facile avec la création de la Confrérie Hiagiotaphite, exclusivement hellène, fournissant, jusqu'à maintenant, tout le haut clergé, dans un diocèse alors dépeuplé. Sous Soliman le Magnifique en effet, la population des deux rives du Jourdain n'était que de 257.238 habitants, 206.290 en Palestine (dont 5795 Chrétiens). Bien accrédités à Constantinople, où le Sultan se servait du Patriarche byzantin pour contrôler tous les chrétiens de son Empire, les Grecs orthodoxes de Jérusalem ont peu à peu supplanté les Catholiques (franciscains en particulier) par un coup de force, aux Rameaux de 1757 au S.-Sépulcre, entériné par les Turcs.

L'incendie de la Basilique le 18 octobre 1808, leur permit aussi, pendant les guerres napoléoniennes, de restaurer seuls le monument, en profitant pour éliminer le plus possible les éléments latins originels, rebâtissant l'édicule du tombeau en le couvrant d'inscriptions grecques.

En 1852, le décret turc du 8 février établissait le Statu quo consacrant une situation injuste. Ce décret, entériné par le traité de Paris (1856), celui de Berlin (1878), par la Société des Nations (1919) et les Nations Unies (1949), est resté le dernier mot de la politique religieuse des Pouvoirs successifs en Terre Sainte. L'Eglise grecque-orthodoxe, la strate la plus récente, est aujourd'hui la plus puissante en nombre et en droits indûment consacrés par le Statu quo.

La strate arménienne orthodoxe, avec une antiquité byzantine, eut un renforcement à l'epoque médiévale où les arméniens furent en excellentes relations avec les Francs. Elle a aussi un Patriarche depuis le 14e s. Les Arméniens, unis quelque temps à Rome, furent admis au S.-Sépulcre et y sont restes, avec locaux au sud de l'entrée, service liturgique aussi, surtout à la crypte de Sainte Hélène qu'ils ont restaurée après 1927. Dans la vieille ville, ils ont un quartier, où est le Patriarcat qui est, comme les Grecs, une confrérie religieuse. Les fidèles, qui étaient quelque 3000 avant 1948, ont émigré en grand nombre au dehors.

La strate catholique latine remonte fort loin, avec la présence latine des premiers siècles, institutionalisée en 1099 par la formation du Patriarcat, renforcée par la réforme grégorienne en 1114, de son clergé, devenant les Chanoines du Saint-Sépulcre, desservant aussi Nazareth, Bethléem et Hébron. Ce sont eux qui édifièrent le Saint-Sépulcre actuel. Après la chute du royaume latin en 1291, les Franciscains prirent la relève des 1333 et ont maintenu au S.-Sépulcre une présence catholique, qu'ils y continuent toujours.

La restauration du Patriarcat latin en 1847 y fit arriver le Patriarche en janvier 1948. Reconnu aussitôt par la Turquie avec droits égaux à ceux des deux autres, il voyait sa position et celle de l'Eglise catholique, articulée désormais sur lui, définitivement reconnue par le décret du Statu quo du 8 février 1852. C'est en vertu de ce décret que les trois patriarches peuvent introduire solennellement personnalités religieuses ou civiles dans la Basilique. Mais en vertu du même décret, 1 ès Orthodoxes excluent toute célébration du clergé oriental-uni, admise par contre dans les sanctuaires catholiques échappant au Statu quo.

La convivence des trois communautés dans ce monument, qui est leur unique et commune cathédrale, y entraîne des célébrations parfois concomitantes. Cela scandalise souvent des pèlerins étrangers. On souhaiterait qu'ils ne s'arrêtent pas aux inconvénients fatals de la triple occupation. Ils devraient plutôt y sentir la foi et la dévotion communes pour la personne du Christ, malgré leurs regrettables divisions.

Pendant 25 ans aussi la basilique en restauration a été, avec des inconvénients, un chantier en travail en l'une ou l'autre de ses parties. L'édicule du saint Tombeau est encore enserré dans ses étais de ciment et de fer. Au-dessus, une forêt de tubes métalliques attend depuis des années un accord difficile à réaliser pour l'ornementation intérieure de la coupole, celle-ci achevée dans sa double structure métallique. Enfin le très pauvre pavement de tout l'édifice, sauf la chapelle latine de Ste Marie-Madeleine et la chapelle grecque, ne sera renouvelé qu'à la fin des travaux.

Mais on voit ainsi comme l'histoire bi-millénaire de la basilique explique, par les strates qu'elle y a laissées tout comme à Bethléem, ce partage curieux d'un même site sacré par diverses confessions.

Survol historique du monument lui-même

C'est aussi l'histoire du monument physique lui-même qui explique l'état où Il se trouve aujourd'hui, exigeant sa restauration en cours. Construit initialement au 4e siècle, ayant vécu en priorité les avatars de la Ville Sainte, on peut comprendre que son existence millénaire bien mouvementée l'ait rendu fort compliqué.

Trois siècles d'occupation païenne du site, rendu sacré par la mort et la résurrection du Christ, l'avaient déjà beaucoup changé en le couvrant de temples païens.

En 326 après le Concile de Nicée, Constantin (285-337), le premier empereur chrétien, envoya à Jérusalem ses architectes. Avec sa mère, l'Augusta, sainte Hélène. Sur ce site sacré, à déblayer d'abord de tous ses éléments païens, il voulut que fût édifié, en l'honneur du Christ, un monument ne le cédant à aucun de ceux les plus importants de son Empire. De fait, ce fût un ensemble prestigieux qui fut inauguré très solennellement en septembre 335. Précédée d'un riche atrium donnant par un escalier monumental sur le Cardo maximus d'Aelia Capitolina, venait une grandiose basilique à cinq nefs, le Martyriùm, celle du sud menait à l'ouest au Calvaire, celles du centre avaient l'abside contre le saint Jardin, carré bordé de portiques, celui de l'ouest s'ouvrant sur la rotonde de l'Anastasis, dont la coupole, dominant tout le monument, couvrait l'édicule du Tombeau excisé de la colline. Au sud de l'Anastasis s'érigeait le baptistère, et au nord, la résidence de l'évêque.

Deux cent quatre-vingt ans plus tard, le 20 mai 614, la splendeur du monument constantinien était livrée au feu par les Perses, les murs seuls restant debout.

Environ dix ans plus tard, l'higoumène du monastère de Saint-Théodose, Modeste, alla quêter dans le pays et aussi à, Tyr et Damas pour réparer les ravages de 614. Le Patriarche d'Alexandrie, Jean l'Aumônier, fut particulièrement généreux. Modeste put refaire les toits de tout le monument. Lorsque l'empereur byzantin Héraclius (610-641), vainqueur des Perses, rapporta, le 21 mars 630, la vraie croix au S.-Sépulcre, il fit aussi de Modeste le patriarche de Jérusalem.

En 638, le Patriarche Sophrone, instruit par le désastre de 614, traita la reddition de Jérusalem aux Arabes avec le calife Omar (634-644) qui lui fit de très bonnes conditions, refusant même de prier au S.-Sépulcre pour éviter que les Musulmans ne l'enlèvent ensuite aux Chrétiens.

Mais avec l'islamisation progressive de Jérusalem et du pays, le monument eût à pâtir. Il fut brûlé en 966, mais restauré assez vite après, Anastasis et Martyrium, par deux patriarches.

En 1009 ce fut le désastre majeur du monument. Le Calife Hakem (996-1020) un vrai fou, donna ordre de le détruire entièrement. Après pillage de toute chose on le ruina dans la mesure possible avec l'amoncellement des débris. On s'acharna surtout sur le Tombeau, son rocher fut rasé jusqu'au sol.

Cependant un début immédiat de restauration fut lancé par un cheikh local, révolté contre Hakem. Il installa un patriarche et l'aida au travail. Plus curieux encore, Hakem, ayant récupéré la Palestine et changeant de lubie, poursuivit cette réparation, pourvut Jérusalem d'un patriarche, une de ses créatures, son ancien menuisier. Il l'aida et le munit même d'un décret pour le protéger contre des vexations locales musulmanes.

Le successeur de Hakem, Dhaher (1020-1035) fort libéral, accorda à sa tante chrétienne d'envoyer le patriarche de Hakem, Nicéphore, à Constantinople pour en obtenir des fonds. Vaincu ensuite par les Byzantins de Romain II, il admit, en échange de prisonniers musulmans libérés, que le Basileus fit restaurer le Saint-Sépulcre.

Le successeur de Romain, Constantin Monomaque (1042-1054) mena le travail à borne fin, en 1048. Il ne répara pas cependant les ruine.3 trop considérables du Martyrium, la basilique Constantinienne.

Le 15 juillet 1099 les Croisés prenaient Jérusalem aux Fatimites, qui l'avaient enlevée l'année précédente (1098) à un émir Seljoucide. Le patriarche Siméon (1088-1098) de rite syrien, pour échapper aux vexations des musulmans seljoucides, avait fuit de Jérusalem avec son clergé, pour Chypre. Il envoya de là sa bénédiction aux Croisés à Antioche, puis des cadeaux intéressés alors qu'ils assiégeaient Jérusalem. Il mourut dans son exil avant la prise de la ville.

Godefroy de Bouillon, qui allait mourir prématurément le 18 juillet 1100, se préoccupa du service religieux au Saint-Sépulcre reconquis. On attendit cependant pour installer un patriarche. L'évêque Daimbert de Pise, politique ambitieux, arrivé comme légat du Pape à la fin de 1099, s'imposa, mais fut écarté après qu'il eût couronné roi, en la Noël de 1100, Baudouin I (1100-1118), le frère de Godefroy. En 1112, après Ebremar, fut promu patriarche Arnoul (1112-118). Ce fut lui qui, imposant la réforme de son clergé séculier, avec la règle de saint Augustin, en fit l'Ordre des chanoines du Saint-Sépulcre qui desservirent aussi Bethléem, Nazareth et Hébron.

Ce furent ces Chanoines du Saint-Sépulcre, et les Patriarches, pris parmi eux, qui reconstruisirent la basilique. Les Croisés en 1099 avaient déjà trouvé le monument de Monomaque très détérioré. Bénéficiant de généreuses donations, ces Chanoines se mirent à l'oeuvre avec beaucoup de foi. Ils rassemblèrent tous les éléments antérieurs constantiniens et byzantins dans une même grande église dont le centre serait leur choeur collégial. Les architectes l'édifièrent en style roman finissant mais déjà avec les nervures gothiques aux voûtes. A l'ouest de l'église dont l'abside était à l'est, les architectes, avec un arc puissant, toujours existant, ouvrirent le passage vers l'Anastase et dont ils refirent la coupole, l'édicule, comme aussi la chapelle du Calvaire. Ils munirent celle-ci d'une entrée spéciale, avec un escalier menant du parvis à une chapelle antichambre donnant dans la nef de la Crucifixion. La chapelle, restée aux Franciscains, a perdu ses admirables vitraux médiévaux. Ils ont été anéantis, soufflés par obus des mortiers juifs, éclatant sur le parvis. Au sud de l'Anastase fut érigé un cloché fort élevé surmonté d'une coupole que renverserait le tremblement de terre de 1545.

Cette basilique du Saint-Sépulcre des Croisés fut solennellement consacrée le 15 juillet 1149, 50 ans après la prise de Jérusalem. Elle le fut par le Patriarche Foucher d'Angoulême, sous le roi Baudouin III (1143-1157).

Le royaume latin des Croisés prit fin le 20 mai 1297 avec la chute d'Acre. Mais Jérusalem avait été déjà perdue, avec sa reddition à Saladin le 2 octobre 1187. Cependant, 42 ans plus tard, les Franciscains reprenaient pied à Jérusalem sous le sultan mameluk Nacer (1309-1340). Un petit-fils de saint Louis, Robert d'Anjou, roi de Naples, leur obtenait à pris d'or du Sultan le droit d'habiter et d'officier au Saint-Sépulcret installés au Mont Sion par une Marguerite de Sicile en faveur à la cour de Nacer, Ils y eurent un petit couvent au Cénacle. Sauf Incidents Intermittents, plus ou moins graves, ils y séjournèrent jusqu'en 1551, expulsés alors par les Turcs arrivés en 1516. Au Saint-Sépulcre, ils avaient pu encore refaire l'édicule et au-dessus la coupole de l'Anastasis, en 1555. Installés en 1559 dans un petit couvent géorgien acheté, qu'ils baptisèrent Saint-Sauveur, ils ne cessèrent de le développer. Mais avec les Turcs étaient arrivés en 1534 les Byzantins hellènes, assez or ganisés avec leur patriarche grec Germanos (15361579). Bien en cour à Constantinople, ces hellènes de rite byzantin ne cesseraient pas de grignoter la position et les droits des Franciscains, aux Lieux Saints du Saint-Sépulcre et de Bethléem. En 1757 la veille des Rameaux, ils frappèrent un grand coup, entériné à Constantinople par les Turcs.

L'incendie du 12 octobre 1808 à la partie sud arménienne du monument, détruisant aussi la coupole, permit à ces Orthodoxes hellènes de restaurer, à leur gré, la basilique pendant les guerres napoléoniennes. Ils en éliminèrent bien des éléments latins, comme les tombeaux des rois croisés, démolissant l'édicule du Tombeau, que n'avait pas atteint l'incendie, ils le refirent, le couvrant d'inscriptions grecques; de même refirent-ils seuls la coupole. De 1863 à 1868 elle dut encore être refaite, aux frais de la Turquie, France et Russie.

En 1850 après un dernier incident, vol en 1847 de l'étoile d'argent, signe des droits catholiques à la Grotte de la Nativité, une commission mixte catholique, orthodoxe et turque étudia à Constantinople les problèmes des droits en litige aux Lieux Saints. Les espoirs catholiques de récupérer des droits spoliés furent anéantis par une intervention impérieuse de la Russie, alertée par les Orthodoxes. Les Turcs, intimidés, publièrent le 8 février 1852, un décret imposant un Statu quo qui figeait la situation injuste existant à ce moment. Il a été aussi et reste, en principe, le dernier mot de la politique religieuse des Puissances successives au pouvoir en Palestine. Il gouverne rigoureusement les rapports et les pratiques des confessions religieuses ayant droits au Saint-Sépulcre.

Les tremblements de terre Aussi n'ont pas manqué d'éprouver le monument croisé du Saint-Sépulcre. Celui de 1545, on l'a signalé, avait abattu la coupole du clocher médiéval, amenant la détérioration par les Intempéries de deux de ses étages, supprimés alors par les Grecs-Orthodoxes qui se l'étaient approprié.

Le tremblement de terre du 11 juillet 1927, qui fit quelque 500 victimes en Palestine, ébranla fort aussi le Saint-Sépulcre. Les réparations amenèrent un accord des trois Communautés : les Arméniens restaurèrent leur crypte de Sainte Hélène,les Latins, la nef sud du Calvaire, les Grecs-Orthodoxes la coupole du Katholicon, leur église (celle des chanoines médiévaux).

Mais le poids de cette importante Coupole en pierres fit dangereusement pencher vers le dehors, le 15 à 20 cm, les murs extérieurs, en particulier celui de la façade sud. Devant un péril manifeste, bien accusé par la brisure des témoins de verre posés, les architectes anglais enserraient le monument à l'extérieur et à l'intérieur d'étais métalliques. Pour contraindre les Communautés à un accord entre elles, on réserva aussi au seul clergé, en 1934 et 1935, à l'exclusion des fidèles, l'accès de la basilique pour les fêtes de Pâques.

Sous la pression de l'opinion publique et du Gouverne ment Jordanien, un premier accord eut lieu en 1954 pour le choix de trois architectes, heureusement de même formation, fort intéressés par une vraie restauration. Le démarrage des travaux ne commençait qu'en 1961, 11 sondages rassuraient sur les fondations, posées sur le roc d'anciennes carrières d'Hadrien) et Constantin pour leurs monuments respectifs. En 1962 des travaux assuraient définitivement l'écoulement des eaux sous le pavement, on allégeait les voûtes, surtout celle du sud, aux structures affaiblies par l'incendie de 1808, les 4 piliers du Katholicon étaient refaits, pierre par pierre au besoin, pour assurer la coupole. Un double chaînage en béton armé cellulaire aux deux étages à 10 et 18 mètres, garantissait pour des siècles la solidité du monument. En 1965 on changeait les pierres plus ou moins calcinées de la façade sud. On pouvait dès lors leur enlever les affreux étais du dehors en fer et ceux de l'intérieur en fer et en bois.

La restauration s'est poursuivie depuis, toujours animée par un double comité d'architectes, au cours d'accords de détails des trois communautés, souvent bien laborieux dans la tension permanente entre partisans de simples réparations, et ceux de vraie restauration du monument médiéval si remarquable. Il y a eu aussi réapparition, imposée en vertu du Statu quo, d'éléments regrettables, comme au Katholicon, les hauts murs latéraux et l'érection d'un immense iconostase voilant la belle abside de l'église. Dans ses parties propres, chaque communauté a restauré à sa guise, de façon plus ou moins heureuse et plus ou moins dans le style du monument.

Reste encore en souffrance et expectative maintenant, l'intérieur de la coupole de l'Anastasis, en attendant un accord qui s'avère difficile, pour son ornementation. Mais au moins la coupole extérieure métallique a été renouvelée vers 1978. Celle de 1868 avait été aussi victime de la guerre de 1948. Un obus de mortier juif l'avait percée. A sa restauration, le chalumeau d'un ouvrier mit le feu au feutre intérieur sous le plomb. L'incendie se propagea ainsi entre les deux couvertures, faisant fondre le plomb. Le roi Abdallah fit alors poser une couverture provisoire de ciment, remplacée 30 ans plus tard.

Sous la coupole, l'édicule de 1810 reste encore dans son corset de fer et ciment.

Il se l'expliquait par la pression qu'entendaient faire sur lui, à la fois la Custodie et les Soeurs de S. Joseph. Il rappelait alors au Cardinal son intention première en 1859, sous la menace russe, il pensait alors, une fois son patriarcat construit, installer à l'étage de sa résidence les Soeu rs de l'hôpital et celles de l'école avec celle-ci, et en bas, l'hôpital. Mais la menace russe avait disparu depuis qu'un hôpital avait été construit à la Moskobieh. Lui-même ne s'était pas pressé alors de rendre sa résidence, Il attendait d'abord que que la Custodie règle de forts arriérés d'ar gent, comme le lui avait promis le Custode Milan!, lors de leur conclusion de paix en 1863. Mais la dette était restée insolvée. Lui-même était toujours prêt à rendre cette résidence, s'il rentrait dans des fonds dont il avait urgent besoin pour ses missions (47).

De fait, le compromis intervint alors, en 1868. La Custodie s'engagea à payer ses arriérés, par tranches, en 6 ans. Mgr Valerga satisfait livra cette résidence qu'il avait fort développée et améliorée en 14 ans. Les deux communautés des Soeurs s'y installèrent avec leur école à l'étage. L'hôpi tal prit le rez-de-chaussée et Ilentresol (48) Depuis 1859 il avait pris le nom d'Hôpital Saint-Louis (49) .En 1882 il se transférerait en une nouvelle construction, bâtie ad hoc au-delà du rempart, par le Comte de Piellat (50). La construction de l'école fut dans la suite fort affectée par le vio lent tremblement de terre du 11 juillet 1927. Elle fut alors entièrement rénovée par la Custodie et reste toujours l'école des filles tenue par les Soeurs de Saint Joseph.

Les pages qui précèdent pourraient avoir paru bien étrangères au sujet de cette plaquette, la concathédrale du Patriarcat. Elles ont cependant semblé indispensables pour éclairer les circonstances et conditions bien compliquées dans lesquelles se situait le projet de cette église et sa réalisatio n. Ces pages expliquent aussi comment la construction de la concathédrale se soit trouvée retardée aux 10 dernières années des 25 que dura l'épiscopat du Patriarche Valerga.

Notes

1. A. ARCE : op. cit., 181

2. E. HORN ofm : Iconographiae ... Terrae Sanctae. Ayant séjourné à Jérusalem de 1724 à 1744, ouvrage édité en 1902 à Rome, pp. 192-198.

3. S.B. VALERGA : Rapport du 1,8,1850, 89p.

4. P. BITARD, in 'Jérusalem' 1978, 23-25.

5. P. DUVIGNAU :S.B. Mgr Joseph Valerga' 1972, 132, 140, 180.

6. Décret du 9 septembre 1851 en 28 art.

7. Appendice I au rapport cité, 92, 93.

8. Revue 'Jérusalem' 1953. 176-190, 225-228.

9. Lettre du Patriarche Valerga au Card. Franzini du 15 janvier 1855.

10. Felice Valerga, « Vita.. » 461: M. Botta en avait écrit aussi à Mgr Valerga.

11. Ibid., à la naissance du prince impérial.

12. Lettre de Mgr Valerga à M. Dequevauviller (2 novembre 1856).

13. F. VALERGA, -Vita...- 535.

14. Ibid., 456

15. Lettre de Mgr Valerga au Card. Barnabo, 14.12.1859.

16. Ibid.

17. Lettre du 21.1.1860.

18. Lettre du 14.6.1860.

19. MORETAIN, 231.

20. F. VALERGA: « Vita » 484. 929 "phénoménale".

21. MORETAIN, 225.

22. Ibid., 231.

23. Ibid., 229, 397.

24. Ibid., 394, 395.

25. F. VALERGA:" Vita...", 533.

26. Ibid., 602-608

27. Ibid., 523.

28. Ibid., 660

29. Ibid., 664 ter.

30. Lettre du 15.9.1960.

31. F. VALERGA, 503.

32. Ibid., "Vita di S.B. Mgr Giuseppe Valerga en manuscrit, écrit de 1907 à 1909, 1292 pages reliés à Jérusalem en 1964.

33. Ibid., 554.

34. Ibid., 557.

35. Ibid., 558.

36. Ibid.

37. Citation p. 930 de la « Vita » rapportant la citation d'AQUIN: Pèlerinage en Terre Sainte 242. 38. Lettre du 3.9.1864 de Mgr Valerga à M. Dequevauviller.

39. F. VALERGA, -Vita", 533.

40. Décret S.C. Propagande a Pie IX : art. Y-XVI: quae circa administrationem oblationum Terrae Sanctae sunt proescribenda? R. Unica tantum. Capsa oblationum permanea juxta litteras Apostolicas alias datas : haec veto sub peculiaris Apostolicae cura atque administrations intelligatur : attamen Patriarcha administrations praesit ejusdemque sit status praeventivos et consumptivos examinare et probare, illos vero ad S.C. fideliter transmittat et servetur Instructio tradenda.

41. « Voglio sperare che le dispositions inviate col'ordinario del 13 marzo in forza delle quali viene attribuito al Patriarca il quinto di cio che del versarsi nella cassa di Terra Santa, col'ingiunzione di notificare fedelmente al Patriarca le collette... avranno per risultato di rimuovere in gr ec parte le frapposte difficoltà. (Card. Franzoni. 1.4.1854). 4

2. F. VALERGA, 704.

43. Ibid., 719-727.

44. lbid., 726-727.

45. Ibid., M5 N. était « prêt à lui fournir une forte sommé annuelle quasi à titre de pension ». Mais alors 'le Patriarche en état de pensionné serait sous le domaine de son patron, privé de liberté au lieu d'être maître chez lui'.

46. Selon le mot du Pape, rapporté après ce Bref: 'Nous avons procuré au bon Patriarche Valerga en faveur de son diocèse 'il possesso di una tenuta fruttifera « (un fonds prometteur), op. cit. 712.

47. Réponse du 10.9.1868, du Patriarche Valerga à la lettre du Card. Bamabo du 30 août.

48. N. SCHWAKE: "Die Entwicklung des Kraukenhauswesens der Stadt Jerusalem von Beginn des 19. bis zum Beginn des 20 Jahrhunderts I, 378.

49. Ibid., 362.

50. Ibid., 372.

III

IA CONCATHEDRALE DE MGR VALERGA

La première partie de cette plaquette a présenté en priorité la Cathédrale du S.-Sépulcre commune aux trois Patriarches de Jérusalem. Elle a retracé à ce propos l'histoire des trois strates ecclésiales de la Ville Sainte, expliquant la curieuse convivence de ses trois patriarches. Elle a rappelé comment Mgr Valerga put, de 1848 à 1865, se créer un corps de missionnaires séculiers, bâtir et remplir son séminaire, ouvrir 8 missions, ériger sa résidence patriarcale. Puis alors que Pie IX, le chargeait encore de la délicate Délégation Apostolique de Syrie-Liban, il arrivait aussi en 1868 à réaliser son plan de 1848, mis en sommeil par la révolution romaine : poser une base prometteuse de ressources pour ses oeuvres, en obtenant le bref du 24 janvier 1868, instituant l'Ordre moderne du Saint-Sépulcre, pour soutenir l'avenir du Patriarcat.

il lui restait enfin à bâtir sa concathédrale. Il y était bien préparé par son atavisme familial de màitres-maçons-architectes, puis par les 4 années de la construction du séminaire et de l'église de Beit Jala, de 1854 à 1858. La construction de la concathédrale lui prendrait 10 ans. Ce fut, en marge de tant d'autres activités, la réalisation des 10 dernières années de sa vie.

De cette ultime activité, on a déjà mentionné les maîtres d'oeuvre : le Patriarche, architecte lui-même, D. Morétain, Khalil Hazboun. Les pages suivantes diront comment la construction de la concathédrale, imbriquée d'abord dans celle du Patriarcat, fut menée à terme par Mgr Valerga parmi ses mul tiples activités, dont aussi le Concile Vatican I.

Une annonce surnaturelle

Cet épisode fut consigné en 1873 par D. Felice Valerga, le neveu du Patriarche, au service du Patriarcat de 1862 à 1880. Il tenait la chose de franciscains, témoins auditifs. Il la mettait par écrit en 4 pages, le 30 août 1873.

Il rapporte qu'une voyante espagnole, de nom Maria, décédée en odeur de sainteté en 1862, était venue à des Franciscains espagnols. Le récit précise qu'à cette époque Jérusalem, peu peuplée, avait bien des endroits déserts, peu sûrs, exigeant que les pèlerins restent bien groupés. Cela explique comme les paroles de la voyante, personne notoire du groupe, aient été bien retenues. Lors d'un premier pèlerinage, avant 1838, passant près de ruines qui servaient d'écurie aux chevaux du Pacha, elle y annonça un futur sanctuaire (celui de la Flagellation) acheté de fait en 1839 par la Custodie.

En 1845, au cours de son second pèlerinage, elle prédit aussi la restauration du Patriarcat latin et l'érection de son église. Elle passait avec son groupe près de la Porte de Jaffa, par un terrain désert, entouré de "figuiers de Pharaon" (les cactus, "Saber", donnant les figues de Barbarie). C' était un coin mal famé, endroit de délits. Maria déclara qu'il viendrait un évêque et qu'il y bâtirait une "grande et belle église". S'arrêtant à un moment donné à un endroit précis, elle dit que là s'en élèverait le màitre-autel.

Une des premières photos de Jérusalem, de cette époque, montre ce terrain, libéré de ses cactus, avec une maison qui jouxte encore aujourd'hui la concathédrale. Il y a aussi un amoncellement de terre, montant à l'assaut du rempart, proche de l'emplacement de la "phénoménale citerne" découverte lo rs des premiers travaux pour bâtir le Patriarcat, en 1860.

Cette première mention de la future église était assez curieuse pour prendre place au début du récit de la construction.

Premiers travaux de 1860 à 1865

On l'a dit plus haut, le terrain du Patriarcat et de l'église avait pu être acheté au début de 1855. Mais - le Patriarche fut arrêté jusqu'en 1859 par la perspective de recevoir Sainte-Anne. Il ne se décida définitivement pour construire contre le rempart, près de la Porte de Jaffa, qu'en 1859 s ous la menace russe contre les locaux de son hôpital. Au début, les constructions du Patriarcat se trouvèrent monter en même temps que celles de l'ensemble très important de la mission russe, à 500 mètres plus au nord, au-delà du rempart.

L'année 1860, celle des massacres de Chrétiens au Liban et en Syrie et de la menace en Palestine, fut bien préoccupante pour le Patriarche dont l'énergique personnalité morale couvrait les trois pays. Sur le terrain de 1855 il ne put alors procéder qu'aux déblaiements et au nettoyage de la provid entielle citerne qu'on y découvrait. Il fallut attendre que l'hiver de 1860-1861 la remplit d'eau, pour songer à construire. C'est pratiquement en 1861 que l'on put procéder au travail initial d'un mur de clôture, indispensable titre de propriété. On se contenta évidemment de le bâtir au sud et à l'est, à l'ouest le rempart en dispensait.

Passant à ce moment par Jérusalem, Mgr Dalfi vit "ce mur élevé à deux mètres (1) !, D. Felice Valerga parle aussi de ce mur:

"Après l'achat du terrain, on éleva contemporairement les fondations des murs extérieurs, tant du Patriarcat que de l'église. mais on suspendit le travail de l'église « (2).

En juin 1862, comme dit plus haut, Mgr Valerga, affecté par une laryngite aiguë, 'fut appelé à Rome par Pie IX pour le 18e centenaire de saint Pierre. Le pape lui conseilla alors une cure aux Eaux-Bonnes des Pyrénées qui, de fait, le guérit. Après une tournée fort utile aux centres de la Propaga nde de la Foi de Paris et Lyon, qui lui permit dans la suite de compléter son Patriarcat, Il rejoignit aussitôt sa Délégation Apostolique à Beyrouth.

Son Vicaire Général, M. Dequevauviller, lui écrivait en août, au sujet de la future église:

"Il me parait urgent d'élever un peu les murs des fondations de l'église pour fermer la propriété pendant l'hiver (3). J'estime que ce travail, avec la chaux qu'il faut acheter, s'élèvera à 16.000 plastres".(4)

Les années 1863, 64, 65 furent occupées par la construction du Patriarcat. Après son voyage fructueux en France, à l'été de 1862, le Patriarche Valerga put allonger le Patriarcat vers le nord, avec une aile transversale ouest-est.

On a vu comment la Curie s'installa au nouveau Patriarcat en avril 1864. Mais l'aile nord, déjà couverte de la terrasse, ne fut terminée à l'intérieur qu'en 1865.

Ce fut après l'achèvement du Patriarcat que Mgr Valerga s'attela à la construction de l'église. Mais l'année 1865 fut endeuillée par le choléra. Déjà 1864 avait durement frappé le clergé patriarcal avec le typhus. Cette épidémie emporta, en deux jours consécutifs, deux prêtres du Patriarcat. L e 24 novembre mourait, à 53 ans, D. Théophane Dequevauviller(1811-1854) vicaire général du Patriarche et son bras droit, Polyglotte et son secrétaire fort précieux pour ses relations avec la France. Le lendemain, 26 novembre, mourait aussi du typhus, dans sa famille, à Bethléem, D. Abdallah Coman dari (1815-1864) à 49 ans. Il fut 3 ans recteur du Séminaire de Beit Jala, mais sa santé délabrée le fit se retirer dans sa famille pendant la construction du Patriarcat à Jérusalem.

Après la mort, très sensible pour Mgr Valerga, de son vicaire général D. Dequevauviller, le choléra de 1865, allait encore le fort éprouver. Il lui enleva, sous ses yeux, à Beyrouth, un jeune prêtre qui lui arrivait 'pour son clergé patriarcal. Le Patriarche lui-même en fut atteint. En octobre, le choléra emportait Khalil Hazboun, son maître-mqçon, homme de confiance. Ces ravages du choléra sont bien à signaler ici, avant le démarrage décisif des travaux de l'église.

Le choléra de 1865

L'année 1865 vit le choléra frapper durement Egypte, Palestine et Liban. Sa mention ici n'est pas une digression. Elle s'intègre à ce moment de la construction de la concathérale. Le choléra allait en effet enlever à celle-ci le meilleur ouvrier du Patriarche, qui recourait toujours à lui, le m aîtremaçon Khalil Hazboun, l'ami aussi et le bras droit de D. Morétain à la construction de Beit Jala.

Mais je suivrai ici un ordre chronologique : quelques mots sur le choléra au siècle dernier, ensuite sa première victime dramatique, à Beyrouth, sous les yeux de Mgr Valerga, lui-même atteint, enfin revenant à Naplouse, pour un cas très bien documenté et fort macabre, peu avant celui de Khalil Haz boun, on retournera bien à la concathédrale.

Le choléra, endémique au siècle dernier, était une véritable terreur dans tous les pays. Il pouvait revêtir une forme foudroyante, emportant ses victimes en quelques heures en des souffrances atroces, déshydratées à mort par vomissements et diarrhées. Une forme plus bénigne permettait de s'en ti rer, D. Morétain en fut un cas heureux. On sait qu'aujourd'hui, avec l'isolement rapide, les antibiotiques et une réhydratation attentive, le choléra n'est plus redoutable.

Le cas dramatique de Beyrouth

On le verra plus loin, Mgr Valerga, un moment à court d'argent, avait suspendu le travail de l'église, avant de partir en juin 1865 pour la Délégation de Beyrouth. En juillet lui arriva Inopinément, du séminaire de Gênes pour les missions étrangères, un jeune prêtre, D. Gluseppe Viale, pour le Pa triarcat. A Alexandrie, où sévissait le choléra, Viale était malheureusement descendu à terre, où il prit le microbe. Le bateau ayant brûlé Jaffa, il arriva à Beyrouth, passa par une quarantaine inexistante, se présenta à 15h. au Patriarcat à la Délégation, ruisselant de santé. Un secrétaire le prit en promenade dans la ville, ainsi que le relate D. Felice:

"Il revient à 6h. et soupe sous la traditionnelle pergola de la terrasse. Le repas fini, un peu de conversation puis le chapelet et il se retire à 9h. Il n'était pas au lit depuis une demi-heure qu'il avait une crise de choléra, mettant en mouvement toute la maison pour le soulager, mais on n'y réussit pas et on appelle les soeurs voisines et le docteur. Le patriarche y met en pièces ses flannelles de laine et lui administra la glace et des remèdes. Tout est inutile. Il parle alors ainsi au malade : "Don Viale, êtes-vous résigné à faire en tout la volonté de Dieu? Et si le Seigneur a vant de vous appeler 'à Jérusalem terrestre, vous appelait à la céleste? - Oui, oui que sa volonté se fasse, pas la mienne !" Et il se confesse... A quatre heures il n' était plus de ce monde ... 1 Le bruit s'en répandit en ville et beaucoup s'enfuiaient à la montagne. La Délégation était mise en quarantaine... Le Patriarche ne tarda pas à ressentir aussi les symptômes du mal. On appela le Docteur qui ordonna les sangsues à l'épigastre, ce qui le soulagea. Même chose arriva au secrétaire, mais avec une crise plus maligne et plus forte, qu'il surmonta en quelques jour"(5).

On peut imaginer l'immense peine du Patriarche se voyant ainsi enlever ce jeune missionnaire, reçu quelques heures auparavant robuste et en pleine santé. Pour Mgr Valerga, c'était aussi sa seconde atteinte, après une première, dix ans plus tôt en Mésopotamie. Il en aurait une troisième en 1868. La quatrième en novembre 1872, devait l'emporter.

Le cas macabre de Naplouse

Un mois plus tard, en avril 1865, le choléra frappait à Naplouse. La victime en était un catholique de D. de Actis, un Boutros, cordonnier originaire de Nazareth, en butte chez lui aux manigance d'un cheikh fanatique qui convoitait sa jeune femme. D. de Actis, qui le défendait, envoyait ensuite à Mgr Valerga un rapport de 13 pages, sur tout ce drame. J'en avais fait le resumé dans l'histoire de la mission de Naplouse (Jérusalem 1979, pp. 146-179).(6)

Au soir du 5 août après avoir mangé de la pastèque, Boutros fut pris du choléra, sous sa forme foudroyante. Au petit matin, sa femme éplorée vint chercher le prêtre. Celui-ci courut chez son voisin et ami, le Dr. Doit, lui-même atteint et ne pouvant bouger. Il en prit des remèdes qu'il administ ra au malade, perdu, mais conscient et très bien disposé. Etonné de trouver la chambre remplie de cheikhs musulmans, Il les fit sortir pour confesser le malade et lui donner l'extrême- onction. Comme c'était un dimanche, il revint célébrer la messe pour ses ouailles, avant de retourner porter le viatique à Boutros, toujours importuné, lui et les trois feriunes, par les musulmans.

Averti ensuite à midi que Boutros venait de mourir, il envoya creuser sa tombe au cimetière chrétien puis alla consoler les femmes chez Boutros. Il s'y rencontra avec des musulmans menaçants, arrivés avec un brancard pour se saisir du cadavre. Le cheikh Sélim, qui convoitait la femme, avait décl aré à la mosquée que Boutros s'était déclaré musulman "entre ses mains » ! Le Qadi son complice, avait donné ordre de l'ensevelir comme musulman et de prendre sa femme.

Il y eut cependant discussion à la mosquée. Le Khatib (prédicateur) refusait de reconnaître la conversion : "Je ne veux pas charger ma conscience d'un tel témoignage et d'avoir à rendre compte à Allah, s'il arrivait que le choléra m'enlève la vie" ! L'apprenti musulman de Boutros fut catégorique : Bouttros n'était pas devenu musulman. Mais le Qadi trouva cinq faux témoins, don't, trois de la famille de Sélim.

Le missionnaire, aux abois, télégraphia au Pacha à Jérusalem et au Patriarche à Beyrouth. Le Pacha donna ordre de remettre le corps au curé. Le Qalmaqam réquisitionna des paysans de passage pour porter le corps en décomposition, le curé, fuyant l'odeur au devant, bénit la tombe où le corps fut a ussitôt jeté et enfoui. La famille qui hébergeait Boutros fut contaminée et la mère en mourut. D. de Actis en eut aussi une forme attenuée dont il réchappa.

Le cas de Khalil Hazboun

C'est encore à Naplouse que, deux mois plus tard, Khalil Hazboun contracterait aussi ce mal terrible, dont il mourrait le 15 octobre. D. Morétain, dans ses Mémoires, fait le récit de la fin pitoyable de son ami, qui eut cependant la grâce d'être assisté ln extremis, par le curé de Gifnah. Le réc it de D. Morétain, rapporte aussi des détails sur l'enterrement ultérieur de Khalil à Bethléem, à peine moins macabres cependant que ceux de la sépulture du cordonnier Boutros.

"Mgr Valerga, n'ayant plus d'argent, voulait suspendre les travaux pour quelque temps. Je proposai alors à Mgr de permettre à Khalil et à moi d'aller au Carmel passer quelque temps pour voir si nous pourrions raccommoder avec du ciment ou plâtre une statue de la Ste Vierge, d'une grande dimension , qui était arrivée de France et qui devait être placée sur le couvent du Carmel de manière d'être vue de la mer des vaisseaux qui ne passeraient pas trop loin de la côte. Par malheur cette statue qui était en terre cuite, arriva toute fracassée, faute d'avoir été bien emballée... Mgr nous permit facilement d'aller au Carmel".

Mais sur ces entrefaites, Khalil s'en alla à Naplouse:

"Mgr me dit : "Vous ne pouvez plus aller au Carmel, car Khalil vient d'être demandé à Naplouse pour une construction importante". Mgr était flatté qu'on lui demandât Khalil pour architecte de cette maison. D'ailleurs Mgr pensait à fonder la mission de Naplouse et était bien aise de rendre un ser vice aux Effendis de cette ville pour se les rendre favorables. Khalil voulait faire parade de son architecture, il accepta volontiers et avec joie. Il abandonna donc le Carmel et la statue ... (7)

Son entreprise de Naplouse fut tout à fait malheureuse, car non seulement il y perdit la vie et mourut d'une mort épouvantable, dans des circonstances terribles, mais il ne rapporta point d'argent à sa familles (8).

La construction de Naplouse était bien avancée. Cependant Khalil voulut retrourner à Bethléem, ainsi que les autres ouvriers et tailleurs de pierres, poursuivis par le choléra qui s'était déclaré à Naplouse. Khalil avait déjà dans ses entrailles le germe de la terrible maladie. Les ouvriers rev inrent par le chemin ordinaire (de Loubban). Mais Khalil, avec deux compagnons, fit un détour pour acheter du tabac sans les villages.

Quant Ils furent à une demi-heure au nord de Birzelt, Khalil ne put aller plus loin, Il se coucha sous une pierre qui faisait un avancement en forme de grotte, où il mourut le même jour, abandonné de ses deux compagnons, qui passèrent néamoins à Gifneh pour avertir le curé. L'abbé Coderc, pour lo rs curé de Gifnah, monta de suite à l'endroit Indiqué, avec quelques remèdes et les saintes huiles. Il eut le temps de le confesser et de lui donner l'extrême-Onction. Le malade demandait avec Instance au curé qu'il le fit transporter dan s sa maison. M. Coderc n'avait personne pour cela, ayant vu un berger à quelque distance, Il l'appela et le chargea du soin du malade pendant qu'il Irait chercher des hommes pour le transporter.

Il faisait partir deux hommes auxquels Il avait promis à chacun dix francs pour porter le malade. Mais, les gens de Gifnah, apprenant que c'était un cholérique que l'on voulait apporter, établirent de suite la quarantaine, disant aux deux hommes : "Si vous sortez du village, vous n'y rentrerez pa s !".

M. Codere avait à peine diné et se disposait à porter le Saint Viatique au malade lorsqu'il vit le berger qu'il avait établi gardien de Khalil. Il remit au curé sa montre et son anneau, disant qu'il était mort ! Il resta 10 jours dans la grotte qui l'avait vu mourir. On en ferma l'entrée avec de s pierres pour le préserver d'être dévoré par les bêtes"(9).

La disparition de Khalil Hazboun en octobre 1865 fut un coup dur pour Mgr Valerga. Khalil possédait bien le procédé des voûtes, amélioré par D. Morétain. Il venait de l'appliquer à fond aussi dans la construction du Patriarcat.

Il avait assimilé aussi immédiatement ce procédé, amélioré par D. Morétain pour les voûtes de l'église de Beit Jala, hautes de 16 mètres. Mgr Valerga voulait donner même élévation à celles de la concathédrale. Ses plans renouvelaient ceux de Morétain à Beit Jala, avec seulement chapelles et tran septs plus profonds, mais même système des piliers (moins esthétiques,- avec des colonnes trop séparées) et même système des voûtes sur nervures. Les 3 grandes baies pour éclairage et sa rosace ouest de diamètre (5 m) plus grand, assureraient meilleur éclairage.

Il y a quelque intérêt dès lors à dire ici, en citant Morétain, ce qu'était le processus des voûtes, avant de dater celles de la concathédrale de 1867. Il est certain qu'après la disparition de Khalil Hazboun, c'est le menuisier-chef Stefary (arrivé de Smyrne) qui dut prendre la responsabilité t echnique du travail, comme l'assure D. Felice Valerga dans sa Vita.

Les voûtes de D. Morétain

D. Morétain en explique le processus, vraiment compliqué. C'était une nécessité imposée par le bois fort rare. D. Morétain en eut grand besoin pour les voûtes du séminaire et surtout pour celles de l'église de Beit Jala. Il se vit obligé d'organiser 3 expéditions au Jourdain, avec 50 de ses ouv riers et un troupeau d'ânes, mulets et chameaux. Il le fit sous la protection des Taamris du désert de Juda, en soi de vrais détrousseurs, mais devenus ses amis et ceux de Mgr Valerga. Dans les taillis du Jourdain, lui-même et Khalil Hazboun marquaient les arbres à prendre. Les ouvriers les aba ttaient, les ébranchaient et aussi les écorçaient : "C'est un joli bois, rouge à l'intérieur. On a soin de l'écorcer, sinon au bout de 6 mois il est cuit et se casse" (Mémoires, 227) (10) Les ouvriers les tiraient hors du taillis et les chameaux les acheminaient à un dépôt à Jericho (Ibid. 267) ( 11). De là, les bêtes les portaient au chantier de Beit Jala. D. Morétain confectionnait des colonnes de 12 mètres, dressées ensuite et fixées aux piliers.

"A 3 ou 4 mètres du sommet partaient des bras de force innombrables qui allaient consolider les autres bois qui soutenaient les fascines sur lesquelles était la terre, moule de la voûte, et la voûte elle-même avec ses nervures en pierres de taille"(12).

« Pour construire les voûtes les Arabes font des moules en terre, soutenus par des morceaux de bois disposés en colonnes nombreuses, et supportant d'autres bois en travers, selon la forme qu'on veut donner à la voûte. Sur ces bois en travers, on met des branchages, disposés avec art, morceau par morceau, sur l'osature qui les soutient. Là-dessus, de la terre grasse, mouillée et pétrie avec les mains, selon le moule voulu, enfin une couche d'une boue bien claire, arrangée avec la truelle selon le modele voulu de la voûte. On laisse sécher et on construit 1-i-dessus des voûtes en pierres, on comble avec de la terre ou des pierrailles... La voûte suffisamment sèche, on fait tomber les bois et la voûte reste avec les dessins inverses de ceux du moule »(13).

"Cette méthode a l'avantage de pouvoir, avec les mêmes bois, faire cent voûtes de forme et de grandeur différentes, sans être obligés de couper le bois comme pour les cintres".

Ce système arabe, valable pour des voûtes basses (4 à 5 mètres) était évidemment inopérant pour des voûtes à 16 mètres de hauteur, il y fallait les expéditions au Jourdain !

La grande voûte de l'église et missions romaines de Mgr Valerga

En juin 1866, il partait pour la Délégation de Beyrouth comme chaque année, mais désormais plus tranquille, après le sacre de son auxiliaire, Mgr Bracco, le 13 mal. Ayant fort stimulé son évêque et les chefs de service, leur laissant à l'ordinaire ses instructions par écrit, le patriarche se flat tait de pouvoir couvrir les grandes nefs à son retour en octobre, comme le rapporte son neveu(14).

"Comme à son départ, il laissait l'église à un bon pomt , presque au niveau des chapitaux des piliers arrivant à leur Sommet, Il espérait à son retour obtenir la voûte avant les pluies d'hiver".

Il se trompait. La jetée des hautes voûtes, de 28 mètres pour la nef centrale et de 24 pour celle des transepts fut la réalisation de 1867. D'ailleurs, ses ressources ayant fléchi, Pie IX eut à vivement recommander son entreprise aux Conseils français, de Paris et Lyon, de la Propagande de la Fo i.

Par ailleurs 1867 fut aussi l'année de sa mission diplomatique en Europe. Avant de publier son Bref sur les Statuts de l'ordre du Saint-Sépulcre le Pape l'envoyait sonder les Cours européennes. Il y partit au début de l'été avec son sécrétaire, D. Joseph Tannous, au lieu d'aller à Beyrouth où le remplaçait à la Délégation le provincial capucin. Mgr Valerga réussit parfaitement sa mission de faire reconnaître l'ordre du Saint-Sépulcre, avec ses trois degrés, il eut plein succès en Italie, en Autriche, Belgique, Allemagne, Espagne. Seul échec à Paris, devant l'opposition du Conseil de la Légion d'Honneur, bien qu'il en fût Grand Croix. Après son rapport positif à Rome, Pie IX pouvait faire paràitre le 24 janvier 1868 le Bref instituant l'ordre, modernisé selon les désirs de Mgr Valerga.

Mais Rome lui confiait une nouvelle mission fort délienquêter sur un désastre financier du Vicariat Apostode Constantinople et essayer d'y remédier. L'affaire était si grave que la Propagande à Rome envisageait de vendre son palais pour solder ce krach (V. 738) (15) Remplissant encore une mission à Athènes sur son passage, le Patriarche arrivait le ler janvier 1868 à Constantinople. Il eut vite découvert la cause du krach, la folle spéculation d'un mo ine, avec carence d'un contrôle valable de l'institution. Il en trouva la solution en découvrant aussi des fonds, tenus secrets par ceux qui eussent dû l'informer lui-même à temps, alors qu'ils avaient envers lui-même un très fort arriéré. En cette affaire il put tabler sur l'amitié qu'il avait scellée avec le Custode, P. P. Serafino Milani (1863-1872) (16). Avec cet honune arrivé à Jérussalem en 1863, voulant vraiment la justice et la paix, Mgr Valerga avait aussi été très généreux, au point même bien étonnant de lui céder le pontifical de Noël 1863 à Bethléem (V.569) (17). Il s'en trou va bien récompensé à Constantinople où il l'avait convoqué au début de 1868 (V. 743) (18). Il trouva chez lui une collaboration qui l'aida à bien solutionner la pénible affaire.

Son arrivée à Constantinople en envoyé spécial du Saint-Siège - le Délégué Apostolique Mgr Brunoni attendait peu glorieux à Rome - fit naturellement sensation. On eut vent aussi vite du succès discret mais réel de sa mission. Il ne pouvait manquer une a ience du Sultan, alors Abdul-Aziz (1861-1876). Très Indépendant, il était plutôt en froid avec Napoléon III dont il avait éludé des offres compromettantes. Il n'avait pu avoir de lui une audience en août 1867 pour l'Ordre du S.-Sépulcre et il voyait les endances de moins en moins catholiques de son Gouvernement. Dès lors, au lieu de la filière diplomatique consacrée, il sollicita directement

IV

rosace de 5m., don du Dr. J.H. Fassbender de D?sseldorf, est la glorification du saint nom de Jésus, titulaire de la concathédrale, avec l'Agneau mystique encadré par les symboles des 4 évangélistes. Durant l'aprèsmidi, cette rosace est une splendeur avec sa symphonie de couleurs. Il est certain que ces 4 vitraux Lorin sont un élément capital dans la beauté de la concathédrale restaurée. On a pu les admirer à loisir lors de la radieuse journée de soleil d'hiver du ler janvier 1988.

La sacristie avait été le premier élément bâti et aménagé en chapelle provisoire par Mgr Valerga, en attendant la construction et finition, cinq ans plus tard, d ela concathé drale. Sous le Patriarche Beltritti (1970-1987), dans l'entre-prise de restauration assumée par les allemands , la remise en état de la sacristie est arrivée en finale, en janvier 1988. Cela s'est passé comme dans le dit de la parabole, où les premiers devenaient les derniers.

Les oeuvres d'art de la Concathédrale

Le Dr. Wolff, bon connaisseur, en a donné dans son rapport de 1984 des appréciations, de valeurs Intéressantes à connaître par des visiteurs plus profanes. En voici un résumé.

Le tableau au-dessus du maitre-autel, la présentation de Jésus au temple est une oeuvre remarquable du peintre belge J.B. Huysmans (1824-1890) qui en fit don à la concathédrale. Il reste un peu masqué par le màltre-autel.

Le tableau nord du sanctuaire, Vierge et enfant Jésus recevant d'un enfant le don d'un poisson, est un gobelin, envoyé par Napoléon III en 1857, bien avant l'érection de la concathédrale où on lui fit une place honorable.

Le tableau en face, au sud, représente S. Pierre et S. Jean guérissant l'impotent à la Porte Dorée. Il est du peintre belge, Du Jardin (1817-1889) d'Anvers, fort réputé de son temps en Belgique, Angleterre, Allemagne et Amérique. Aujourd'hui on en apprécie plus les lithographies et des illustrat ions d'ouvrages.

Le tableau nord de l'Immaculée, représentant la Vierge, est une copie de Murillo, au dessus de l'autel en marbre, don du Baron Haussmann, fils spirituel de Mgr Valerga.

Les 4 statues du mur-est du sanctuaire sont du statuaire parisien Désiré Froc- Robert, en pleine vogue entre 1870 et 1884: saint Louis, portant la couronne d'épine ; sainte Hélène, avec la Croix ; saint Jacques et saint Jean-Baptiste. La statue de la Vierge au sud est une réplique - on a prétendu aussi l'original - de Fabisch (1812-1886) faite sur les indications de Bernadette, qui la trouva totalement Inférieure à la réalité. Elle porte la date de 1856.

Encadrant l'autel de l'Immaculée deux statues des saints Cyrille et Méthode, en bois de tilleul, ne cadrent guère avec l'environnement, mais ne déparent pas.

Saint Pierre sur son trône, réplique exacte de la statue antique de la basilique romaine, arriva 10 ans après la mort de Mgr Valerga, apportée par un pèlerinage français.

Dans la chapelle de Saint-Joseph à la nef nord, ont été ensevelis 5 patriarches. Mgr Valerga (1872) y a un buste remarquable, oeuvre d'un artiste Italien de renom, S. Tadolini (1822-1892) ; ce romain, élève de Canova, est célèbre lui aussi par ses oeuvres, dont la statue de saint Paul sur la plac e de Saint-Pierre et un Bolivar à Lima. En face du buste de Mgr Valerga, est le monument de Mgr Bracco (1889), une statue entière, oeuvre de qualité artistique. Les bustes des Patriarches Piavi, Barlassina et Gori sont des portraits fidèles sans prétentions.

Les autels et divers

Les autels déjà annoncés, étaient encore à venir en 1872, sauf celui du baron Haussmann au transept nord. A la restauration de 1987, Ils sont 6 en réalité et forme parfaite.

Le Maître-autel en bronze doré, fabriqué à Paris avec le don de François- Joseph, raffraichi par les artisans M. Reif-shnelder et M. Hodali, a retrouvé sa splendeur première, mise en pleine valeur, en tous ses éléments et son environnement, par l'éclairage moderne du Dr. Ruckert.

Le nouvel autel face au peuple, qui a remplacé celui en bois offert en 1971 au Patriarche Beltritti par les paroissiens de Jérusalem, est en pierre locale, avec éléments artistiques. Moins dimentionnel, discret, il est fonctionnel pour trois concélébrants. C'est le don du Comte von Metternich.

Tout proche, l'ambon, discret aussi, l'estrade du trône, diminuée de dimensions et de hauteur, laissent large place dans ce choeur pour des concélébrants assez nombreux. L'acoustique y est bien assurée. Les parois latérales désormais ajourées, permettent à une assistance accrue de bien suivre le s cérémonies du choeur depuis les nefs latérales.

La nef sud avec son autel de S. Sacrement avait en cet autel enrichi de marbres en 1885. C'était le don du frère d'un pèlerin M. de Coetlosquet, mort à Jérusalem en 1852 et dont les restes avaient été transférés en 1864 dans le caveau du clergé au fond de l'église. Cette nef, la plus utilisée et celle du nord, ont été bien transformées, leurs autels rafraîchis, leur pavement refalt à neuf, éclairage nouveau, dont celui discret des voûtes à nervures. D'ailleurs le nouvel éclairage électrique du Dr. Ruckert a aussi transformé la cathédrale entière, en mettant en valeur tous les éléments, en particulier les nervures et les peintures des voûtes et des parois. L'église est féérique ainsi éclairée, pour des célébrations du soir.

Le 6e autel de la Vierge des Douleurs contre la paroi sud, après celui du Saint-Esprit au transept, n'avait pas été prévu par Mgr Valerga. Il peuple bien cette paroi sud, suivi encore par la grande plaque en marbre posée en 1964 pour le centenaire du siège, dans la cathédrale, de la Confrérie de prière pour les mourants. Son fondateur le P. Lyonnard S.J., en avait voulu le siège à la concathédrale de Jérusalem.

La restauration a laissé en place, dûment rafraîchie, la chaire artistique parisienne, même si l'ambon moderne, avec son acoustique parfaite, en a pris la relève pratique. Sont restées en place aussi des deux côtés de sa porte ouest d'entrée, les plaques de 1872 portant les noms des donateurs pou r l'église, et il s'y est ajouté une plaque discrète pour ceux de la restauration. Est de même restée en place, dans l'angle nord ouest, la plaque fac-similé de la pierre funéraire et son Inscription du croisé médiéval, Philipp d'Aubigny, retrouvée lors de fouilles, enterrée devant la porte d'ent rée du Saint-Sépulcre.

Devant la porté venant de la sacristie s'ouvre, en nouveauté, l'escalier tournant qui mène au caveau creusé dans la nef centrale au cours de la restauration. Il y a été aménagé avec ses 15 loculi et un petit autel don du Dr. Goergen et un chemin de croix de style moderne discret. Ce caveau est e n communication avec l'ancien de 1864. Celui-ci, déjà rempli dès 1925 avec 35 tombes assez primitives, a été aussi réamenagé. Les ossements de la première génération sacerdotale du Patriarcat ont trouvé place plus respectueuse en de nouveaux petits loculis de ce vieux caveau, lui aussi bien rest auré.

Les travaux de 1986-1987 n'ont pas touché au modeste clocher du siècle dernier qu'on souhaiterait bien relevé d'un étage. Du moins a-t-on aménagé la sonnerie électrique automatique des 4 belles cloches, fournies en 1869 à Mgr Valerga par une souscription d'amis gênois. La sacristie, assez considérable, bâtie au nord de la concathédrale dès 1866, pour un service préalable, a été aussi restaurée et modernisée à la fin des travaux de l'église. Une fois de plus le premier passait le dernier.

Les peintures de la voùte

Arrivant à Rome, dès février 1869, pour le Concile s'ouvrant le 8 décembre suivant, le Patriarche Valerga pensait -on l'a dit- à l'ornementation de la voûte. Pour son église de style gothique, Il s'arrêta à celle de l'église de la Minerve, sauf à vouloir ses personnages en pied. On lui recommand a un jeune peintre de -talent, Vincenzo Pacelli, de la famille rormine dont sortirait le Pape Pie XII (Pacelli). Avec lui il décida de loger un saint ou un ange dans chaque espace entre les nervures, avec, au centre des transepts, une ecaltation de la Vierge par la Trinité.

Pacelli commença à Rome sur des toiles, le travail que dut déjà agréer Mgr Valerga. Mais Il arriva bien vite à Jérusalem pour peindre à même sur les voûtes, tant les personnages de celles-ci que ceux des médaillons de mi- hauteur, genre mosaïque, entre les piliers. Le neveu de Mgr Valerga relève qu'il mena son travail "con lode" en moins d'un an.

On peut vraiment accepter l'appréciation qu'en donne dans son rapport (p.11,12) le Dr. Wolff, l'architecte de la restauration. Il est foncièrement élogieux.

"Comparée à celle des autres éléments de l'église, la qualité artistique des figures de V. Pacelli, n'est pas impressionnante. Mais la vue d'ensemble de cette ornementation de la voûte est de haute originalité et très décorative. On peut dire qu'elle met en valeur le r-aractère de tout l'intérie ur. Sa réalisation, elle corespond bien aux conceptions de l'architecte et maitres-maçons, surtout du Patriarche Valerga qui, non seulement conçut le projet, mais en suivit l'exécution".

Il avait ainsi bien peuplé le ciel et les parois de sa concathédrale des grands noms de la Terre Sainte et de ses antiques prédécesseurs sur le Siège de Jérusalem. On peut comprendre que tant le Patriarche Beltritti que le Dombaumeister Dr. Wolff aient voulu conserver cette décoration en se conte ntant d'en rafraîchir discrètement les couleurs et réparer les dégâts des infiltrations d'eau des tulles crevées.

Sur le plan ci-joint du Dr. Wolff, sont portés les numéros des 30 personnages de la voûte, et de 31 à 54 les personnages des médaillons à mi-hauteur de l'église.

La fête du ler janvier 1988 pour la réouverture de la concathédrale restaurée

Le 28 décembre le Patriarche Beltritti annonçait à la communauté de la Curie patriarcale qu'à cette même heure (13h.), Radio-Vatican publiait la nomination de son successeur, S.B. Michel Sabbah, présent. Mgr Beltritti était le premier à lui rendre hommage. Le 29, Mgr Sabbah s'envolait à Rome ave c D. Anton Issa, l'Official, pour son sacre le 6 en la fête de I'Epiphanie.

Le ler janvier, il revenait ainsi à S.B. Mgr Beltritti de présider encore la fête pour la réouverture de la concathédrale restaurée. C'était toute justice. C'est lui qui avait présidé à cette entreprise, en avait trouvé les promoteurs, en avait suivi continuellement l'exécution. Le Seigneur lui ménageait aussi un insigne couronnement de ses 61 ans de Terre Sainte, 55 de ministère dont 17 comme Patriarche.

La concathédrale, remise à l'état neuf avec un éclairage tout nouveau mettant en pleine valeur ses voûtes et leurs saints, s'emplissait entièrement, avec la nouvelle facilité de pouvoir suivre les cérémonies du sanctuaire même des deux chapelles latérales. Une place d'honneur était réservée à S.E . le Dr. Binkowski, Lieutenant du S.-Sépulcre pour l'Allemagne. Mgr Michel avec le Rév.me P. Custode, Mgr Lamza, et Mgr Gorla assistaient le Patriarche à la messe, concélébrée avec prêtres du Patriarcat et religieux. S.E. le Délégué Apostolique Curis était en stalle comme aussi les Vicaires Orie ntaux. Au premier rang de la nombreuse assistance, des membres allemands du St.Sépulcre, avec le Dr. Goergen, Chevaliers et Dames; de l'autre côté, Dr. Arnold Wolff et Madame, Dr. Ruckert, les peintres Maul et Baumling, l'orfèvre, M. Salomon Konkariet Nader Hadweh.

Le Patriarche procédait au rite de la consécration du nouvel autel face au peuple. Les litanies des saints étaient chantées pour les reliques (de S. Timothée, S. François, S. Antoine de Padoue, Sr. Marie de Jésus Crucifié) ; après l'onction de la pierre et la mise à feu des curieuses mèches de q ueues-de-rat, et la mise en place des reliques faisait monter les architectes pour les sceller. A la tribune, la schola de Terre Sainte alternait avec l'assistance pour cette messe en grégorien. L'homélie de S.B. le Patriarche Beltritti était un peu son chant du cygne' Il célébrait à la fois la Maternité de Notre-Dame, la Journée de la Paix avec le thème du S. Père « La liberté de religion condition de la paix », et les retrouvailles de la concathédrale, si rapidement et heureusement restaurée.

Les assistants se pressaient ensuite au divan pour leur hommage au Patriarche, en passe de se retirer.

Au repas organisé en self-service à Notre-Dame n'avaient été invités que la Curie et pour une fois même ses Religieuses, les curés et les personnalités allemandes, promoteurs et artisans de la restauration : Mgr Michel, S.E. le Dr. Binkowski, le Dr. Wolff, le Dr. Goergen, le Dr. Ruckert, M. Maul, M. Baumling, M. Reifdorfen, M. Konkar, M. Nader Hadweh et ses f rères Adib et Bashir. Prenant la parole, le Patriarche Beltritti remerciait chaudement promoteur et artisans de la restauration, puis leur faisait distribuer des cadeauxsouvenirs par Mgr Bathish. Mgr Michel parlant aussi, en anglais , disait sa satisfaction de l'entreprise de cette restauration si heureusement menée à bonne fin. Il rappelait et avouait avec humour les distractions qui l'avaient assailli quelques années plus tôt dans la concathédrale, devant ses blessures, d'un siècle d'age, d'un séisme et de la guerre. Heur euses distractions, bien passées à l'acte, avec cette restauration si généreusement menée et réussie.

Le chroniqueur moderne, comme celui de 1872 avait à signaler cette très belle cérémonie, moins longue qu'en 1872, une brève, mais riche homélie du Patriarche. Il pouvait dire les splendeurs nouvelles de la concathédrale, plus belle aujourd'hui qu'en février 1872, alors encore inachevée, sans l'au tel de François-Joseph et la féerie des vitraux de Chartres aujourd'hui ressuscités. Le chroniqueur moderne se devait aussi de mentionner les toasts éminents du banquet de Notre-Dame. Comment ne pas surtout voir en cette générosité et réussite modernes, une grâce de Dieu et donc ne pas dire et p rier en toute confiance : Deus qui incepit, ipse perficiat, que le Seigneur, qui a si bien oeuvré pour le Patriarcat latin, lui continue son aide bénéfique.

Conclusion

La construction de la concathédrale, on l'a vu, ne put se faire que dans les dix dernières années du patriarcat de 25 ans de Mgr Valerga. Et ce fut encore parmi beaucoup d'occupations qui s'imposèrent à lui : à Jérusalem la construction du Patriarcat, de 1860 à 1866 ; l'ouverture et l'équipement de ses premières missions ; l'organisation de l'Ordre du S.-Sépulcre que Rome lui confia en 1868 ; les affaires de sa Délégation Apostolique de Syrie-Liban avec les problèmes difficiles, en ces pays, des Eglises Orientales ; une activité inwrtante dans la préparation puis le déroulement du Concile Vatican I en 1869-1870. Mais un lot si lourd, d'activités importantes si diverses, n'empêcha nullement Mgr Valerga de suivre de très près, en architecte qu'il était, l'érection de sa concathédrale.

Les dommages du temps, en un peu plus d'un siècle, ceux du tremblement de terre de 1927, ceux de la guerre de 1948, avaient rendu une restauration nécessaire. Mais son coût la rendait impossible aux ressources toujours précaires du Patriarcat, très affecté par les guerres successives. Le bouleve rsement de celle de 1948 avait soudainement créé d'immenses et urgents besoins d'équipement en Jordanie où avait basculé une moitié des fidèles.

On l'a vu, après le Patriarche Gori (1949-1970), 20 ans aux prises avec ces soudaines nécessités d'équipement, le Patriarche Beltritti (1970-1987) a pu réaliser la restauration indispensable. Il a eu la chance d'en trouver un promoteur décidé en Mgr Herbert Michel, le secrétaire de la Société all emande de Cologne pour la Terre Sainte. Cette institution de Cologne et la Lieutenance allemande du Saint-Sépulcre, ont su susciter chez elles les générosités nécessaires, aidées aussi par d'autres Lieutenances de l'Ordre.

Le Dr. Wolff, architecte-chef de cette restauration, avait dans son rapport bien relevé les mérites de la réalisation du Patriarche Valerga. Avec le Patriarche Beltritti, il a voulu rendre la concathédrale à son premier état que Mgr Valerga ne vit pas entièrement terminé. Le ler janvier 1988, la restauration intégralement achevée, le Patriarche Beltritti, prenant sa retraite avait, la consolation de passer à son successeur, S.B. Mgr Michel Sabbah, la concathédrale remise à neuf. Les plaques de marbre perpétuent la reconnaissance de Mgr Valerga à ses bienfaiteurs, des deux côtés des port es de l'église. Le Patriarche Beltritti a aussi hautement remercié le ler janvier les promoteurs et tous les réalisateurs de la restauration. Il a aussi voulu que cette plaquette, reprenant toute l'histoire de la concathédrale, soit un témoignage écrit de la reconnaissance de Jérusalem à tous le s bons ouvriers qui en ces deux siècles se sont dévoués à cette concathédrale du Patriarcat latin. Au nouveau Patriarche, qui bénéficie de la splendeur retrouvée de cette église, Il reste, Dieu merci, large champ d'activités et assez de graves soucis en la situation présente où il entre en charge .

Jérusalem 14 janvier 1988.

P. Médebielle SCJ