EPHREM-TAYBEH ET SON HISTOIRE CHRETIENNE
PAR P. PIERRE MEDEBIELLE S.C.J.
JERUSALEM 1993
IMPRIMERIE DU PATRIACAT LATIN
Avant-propos
C'est aujourd'hui un village à quelque 30 km., à vol d'oiseau au nord-est de Jérusalem. Sa paroisse latine, ouverte en 1859, a aujourd'hui ses structures de base : l'église, inaugurée en 1971 ; son école, même secondaire (1978) ; son presbytère, sa résidence de Soeurs du Rosaire (1908) son mémori al Charles de Foucauld (1982) ; une maison des pèlerins (1986).
Mais Taybeh fut d'abord une localité qui a ses titres de noblesse dans la Bible à l'époque de Josué, de David, des Maccabées. Cependant son vrai titre de gloire est consigné dans un verset de l'Evangile de S. Jean (11,54) nous assurant d'un séjour du Christ à la veille de sa Passion.
L'âge d'or chrétien de la Terre Sainte vénéra ce souvenir, du 4e au 7e siècles. Puis les siècles de fer et les malheurs de la Terre Sainte réduisirent l'importante (megalè) cité chrétienne à un tout modeste village arabe, agité comme les autres par ses divisions tribales.
En 1859 le Patriarcat latin, restauré en 1847, y ouvrait la paroisse catholique latine, qui connaîtrait fatalement les avatars politiques du pays. Au moment où elle venait, florissante, de se munir de ses structures, elle entrait aussi le 9 décembre 1987 dans la dure épreuve, en Cis-jordanie, de l'Intifada arabe et de sa répression sioniste.
La présente étude est le développement de ma rapide histoire (21 pages) de 1971, à l'occasion de la bénédiction de sa nouvelle église.
P. Pierre Médebielle
CHAPITRE 1
TAYBEH DANS L'ANCIEN TESTAMENT
La première mention d'Ophra-Taybeh est celle du Livre de Josué (18,21). Si l'arrivée des Hébreux est d'environ 1220 av. J.-C., les exégètes pensent que la rédaction du Livre de Josué la relatant est bien postérieure. On la reporte soit après la réforme religieuse du roi Josias (640-609), soit mê me à l'exil, c'est-à-dire six siècles après les événements. Ophra y apparaît dans le récit de la répartition de la Palestine entre les tribus israélites (chap. 14 à 22).
Après l'installation des deux puissantes tribus, Juda au sud et Ephraïm (Joseph) au nord, Josué dut songer aux sept autres. Le livre dit qu'il le fit à Silo, qui fut vite le sanctuaire israélite, avec l'Arche. Le chapitre 18 précise que Josué envoya trois hommes de chaque tribu parcourir le pays et le répartir en sept lots, tirés au sort par chaque tribu à fournir.
Le lot de celle de Benjamin, le premier mentionné (18, 11-28), était compris entre Ephraïm et Juda. Le texte en donne les frontières sud et nord pour les "12 villes du lot avec leurs villages". Ilophra" y apparaît (v. 21) dans une série, partant de Jéricho, comprenant aussi Rama, Gabaon, Béthel et Gaba. Cette organisation en lots de 12 villes "reflète une division administrative du royaume de Juda, probablement sous Josaphat (870-848). Si le récit semble bien postérieur à la conquête, l'existence de ces localités à l'arrivée des Israélites ne fait pas de doute. Mais il faut bien pense r que ces villes n'étaient que des bourgs à peine plus importants que les "villages", leurs "filles" qui en dépendaient.
La seconde mention d'Ophra-Taybeh se rapporte à un épisode tout marginal (Il Samuel, 13, 23-33) se situant deux siècles plus tard, sous le roi David (1010-1070). Il y s'agit du meurtre par son fils Absalon, du demi-frère de celui-ci, qui avait violenté Tamar, la propre soeur d'Absalon. Celui-ci entendant se venger, invita le roi à venir à la fête de la tonte de ses brebis, en amenant aussi tous ses enfants. Clétait de venir: « à Baal-Haçor, qui est près d'Ephraîm » v. 23.
Cet Ephraïm n'est autre qu'Ophra de Josué. Il s'agit bien de la même localité, car Baal-Haçor (Tel Asour aujourd'hui) est le plus haut sommet, 1011 m., de la région, suivi d'un haut plateau fertile ; le mont domine 'Ophra-Taybeh qui est à un km et demi au sud-est, à la hauteur de 65 m. Absalon y avait un domaine important et avait envoyé son invitation, d'intention de vengeance, pour cette fête de la tonte, propice à la rencontre de la nombreuse progéniture de David. Celui-ci résista cependant:
"Non mon fils, Il ne faut pas que nous allions tous et soyons à ta charge." Absalon insista, mais Il ne voulut pas y aller et lui donna congé. Et le roi lui dit : "Pourquoi Irait-il avec toi?" Mais Absalon Insista et David laissa partir Amnon et tous les fils du roi... Absalon prépara un festin d e roi, mais il avait donné cet ordre à ses serviteurs : "Attentionl Lorsque le coeur d'Amnon sera mis en gaité par le vin et que je vous dirai: Frappez Amnonl vous le mettrez à mort". Les serviteurs d'Absalon agirent à l'égard d'Amnon comme Absalon l'avait ordonné. Alors tous les fils du roi se levèrent, enfourchèrent chacun son mulet et s'enfuirent" (23-30).
Il y a bien 30 km de Baal-Haçor à la vieille ville de Jérusalem, où David avait son palais. La rumeur du meurtre atteignit David avant les fugitifs et le bouleversa entièrement. Mais un de ses neveux le rassura:
"Que mon Seigneur ne dise pas qu'on a fait périr tous les jeunes gens, les fils du Roi, car seul Amnon est mort. Absalon s'était promis cela le jour où Amnon avait outragé sa soeur" (v. 32).
C'est ainsi, grâce à ce gros Incident familial chez le roi David, que nous avons la seconde mention biblique d'Ophra-Taybeh, sous la forme un peu modifiée d'Ephraïm, de même écriture que celle de la tribu voisine, de Joseph-Ephraïm.
La troisième mention se réfère à des événements postérieurs de quelque 80 ans, après la scission vers 931 du Royaume de David et Salomon en royaume d'Israël au nord et de Juda au sud. Il y eut fatalement des faits de guerre entre les deux rois: Jéroboam (931-910) qui avait fait scission avec le n ord, et le roi de Juda, Abiyya (813-811), petit fils de Salomon. C'est à l'occasion d'opérations militaires sur les nouvelles frontières que revient le nom d'Ophra, écrit cette fois 'Ephron, avec le 'ain initial au lieu de l'alef du texte précédent de II Samuel pour l'épisode Absalon-Amnon.
Le chapitre 13 du Deuxième Livre des Chroniques mentione une défaite de l'armée de Jéroboam, et ses conséquences:
"Abiyya poursuivit Jéroboam et lui conquit des villes, Béthel et ses filles, Yeshama et ses filles, 'Ephron et ses filles" (v. 19).
De ces raids, la Bible de Jérusalem (480 n.f.) dit qu'il n'y a pas lieu de mettre cette conquête en doute, "mais elle ne fut pas durable. C'est un épisode des conflits frontaliers que Juda eut avec Israël, avec des alternances de succès et de revers". Mais ce fut là cependant un précédent que nous voyons se renouveler sept siècles plus tard.
La quatrième mention d'Ophra (Taybeh), transformée cette fois en Apharama se rencontre dans le premier Livre des Maccabées, dans les péripéties très compliquées des guerres maccabeénnes, heureusement bien élucidées par le spécialiste de cette période qu'était le P. Abel o.p. de l'Ecole Biblique de Saint-Etienne.
Judas Maccabée (166-160) le héros de la résistance juive contre les persécuteurs syriens, surtout Antiochus Epiphane (175-164), périt en 160, selon le P. Abel, au pied de Baal-Haçor, donc tout proche d'Ophra. Attaqué par le général syrien Bacchidès avec des forces très supérieures aux siennes, 11 .000 hommes contre 3000, il avait cependant pu enfoncer l'aile droite de Bacchidès. Il la poursuivit jusqu'au mont Azara, dit Josèphe, nom qui se rapproche bien plus de Haçor que Azotos de la version grecque, qui mènerait à Azot (Ashdod) dans la plaine où il n'y a aucun mont.
"... voyant que l'aile droite était enfoncée, les Syriens de l'aile gauche se rabattirent sur les talons de Judas et de ses compagnons, les prenant à revers. La lutte devint acharnée et, de part et d'autre, un grand nombre tombèrent frappés. Judas succomba lui aussi et le reste prit la fuite" (9 ,16-18).
Après cette mort de Judas près de Baal-Haçor (Azara), et donc d'Ophra, les Juifs prirent pour chef un de ses frères, Jonathan (160-143). Lui aussi comme Juda, et après lui, ses frères Jean et Simon, périrait de mort violente. Mais un fils de Simon, Jean Hircan (134-104) continuerait cette dynast ie Hasmonéenne qui subsisterait jusqu'en 63, où intervint Pompée.
Jonathan devint une puissance, un peu à la faveur des entre-compétiteurs syriens et égyptiens. Le roi séleucide Alexandre (152-145) de Syrie le nomma grand prêtre en 152. Démétrius 1, concurrent d'Alexandre offrit alors à Jonathan des remises importantes d'impôts (chap. 10, 25-46), même la resti tution de la citadelle de Jérusalem, grosse épine pour les Juifs à côté du temple. Mais Jonathan et les siens ne crurent pas à ces promesses et Démétrius périt dans un combat contre Alexandre. Ce dernier nomma Jonathan stratège et gouverneur. Mais Démétrius II (147-125) envoya un général Apollo nius réduire la Judée. Jonathan se porta à ses devants dans la plaine, où il prit Jaffa et Azot et défit cette armée syrienne (15-88). Intervint alors le roi Ptolémée d'Egypte qui enleva sa fille, mariée à Alexandre, pour la donner à Démétrius II ' Alexandre qui s'était réfugié en Arable y fut t rahi et tué, mais Ptolémée mourut aussi sur ces entrefaites (11,17,18), laissant ainsi place libre à Démetrius II.
Jonathan se trouva en face de ce roi dont il avait battu le général Apollonlus et alors qu'il assiégeait la citadelle syrienne de Jérusalem. Il se risqua malgré tout à rencontrer à Ptolémaïs (Acre) Démétrius qui lui confirma ses prérogatives ; Jonathan enhardi lui demanda encore d'exempter d'impô ts la Judée et les trois toparchies conquises par Judas, dont celle dl'Ophra, lui promettant en retour 30,0 talents (11,28). Démétrius qui voulait, désormais sans compétiteur, diminuer son armée et pouvoir compter sur les forces de Jonathan, lui envoya alors la lettre qu'il avait adressée à son m inistre crétois Lasthène. Elle paraissait donner toute satisfaction à Jonathan et c'est dans cette lettre que nous avons la 4ème mention expresse d'Ophra, sous le nom assez changé d'Aphéréma:
"Le Roi Démétrius a Lasthène son père, salut. A la nation des Juifs qui sont nos amis et observent ce qui est juste envers nous, nous sommes décidés à faire du bien à cause des bons sentiments qu'ils ont à notre égard.
Nous leur confirmons et le territoire de la Judée et les trois nomes d'Aphéréma, de Lydda et de Ramathaim. Ils ont. été ajoutés de la Samarie à la Judée ainsi que toutes leurs dépendances, en faveur de tous ceux qui sacrifient à Jérusalem, en échange des redevances que le roi y percevait auparava nt chaque année sur les produits de la terre et les fruits des arbres. Quant aux autres droits que nous avons sur les cumes et les impôts qui nous reviennent, sur les marais salants et les couronnes qui nous étaient dues, à dater de ce jour nous leur en faisons remise totale... Ayez donc soin d'e n faire une copie qui soit donnée à Jonathan et placée sur la montagne sainte en un lieu apparent" (11, 33-38)."
Ces promesses de Démétrius étaient évidemment trop belles pour être sérieuses et tenues. De fait, en même temps qu'il accordait aux Juifs des exemptions d'impôts, il maintenait à la citadelle de Jérusalem, et en d'autres places fortes, des garnisons syriennes hostiles aux Juifs. Aussi le texte d es Maccabées (11,53) est bien catégorique sur son compte:
"Il manqua à toutes les paroles données, devint tout autre à l'égard de Jonathan, ne reconnut plus les services que celui-ci avait rendus et lui infligea mille vexations".
De leur côté, Jonathan et les siens, devant ses procédés, continuèrent leurs opérations, prenant et saccageant Jaffa, Azot et Gaza. Jonathan aida cependant Démétrius, qui avait licencié son armée d'auxiliaires et avait ainsi fait des mécontents. Il le secourut contre les menées de l'usurpateur T ryphon qui, sous le couvert d'un enfant, Antiochus VI, le fils d'Alexandre, préparait sa propre accession au trône. Quand ce Tryphon fut débarrassé de Démétrius, il fit confirmer à Jonathan, pour se le gagner, par son pupllle Antiochus, tous les privilèges antérieurs accordés par Démêtrius, y com pris ceux des nomes dont était 'Ophra. Mais dans la suite, Tryphon finit par s'emparer par trahison de Jonathan et le mit à mort en 143, liquidant aussi le petit roi Antiochus et prenant sa place (142-138). Il était bientôt réduit à son tour par un compétiteur, Antiochus VII (139-109), frère de Démétrius II. Vaincu et poursuivi, Tryphon finit par se suicider.
Antiochus VII, conscient de la force que représentaient les Juifs de Palestine, confirma à leur chef Simon (143-134) frère et successeur de Jonathan, tous les privilèges antécédents, « y incluant, au moins implicitement les taxes dues par les trois nomes", dit la Bible de Jérusalem (615, note a).
C'est ainsi qu"Ophra, 'Ephron, Ephraïm, Aphéréma, la future Taybeh, allait sortir de l'Ancien Testament, y laissant dans les textes, sous des noms différents assez proches, le témoignage biblique de son existence et même de sa qualité de chef-lieu de district, de l'un de ces « nome » tant disputés depuis le dixième siècle avant Jésus-Christ.
CHAPITRE II
Ephraïm-Taybeh drame le Nouveau Testament
Sa seule mention évangélique en est celle d'un verset très laconique de l'Evangile de Saint-Jean, 11,54. Elle y suit (Luc chapitre 10) le récit de la résurrection de Lazare, cet incroyable miracle qui impressionna Jérusalem et ses autorités religieuses.
En décembre 29, Jésus, qui dut commencer son ministère public au début de l'an 28, était monté à Jérusalem pour la fête de la Dédicace (les Encénies), en hiver. Au cours des fêtes, il eut des heurts très vifs avec les chefs juifs qui voulurent l'arrêter pour le lapider. Son "heure" n'étant pas e ncore venue, il se retira à la Béthanie d'outre-Jourdain:
"Il s'en alla de nouveau au-delà du Jourdain, où Jean avait commencé à baptiser et Il y séjourna. Et beaucoup vinrent l'y rejoindre, disant : Jean n'a pas fait de miracles, mais tout ce qu'il a dit de celui-ci est vrai. Et là, beaucoup crurent en lui. (Jean 10, 40-42)
C'est là que le toucha le message de Marthe et Marie sur la grave maladie de Lazare.- "Seigneur, celui que tu aimes est malade". Jésus cependant attendit encore quelques jours avant de partir avec ses disciples, à qui Il annonça alors la mort de Lazare. Arrivant à Béthanie, il alla, avec les deu x Soeurs et des Juifs, venus les consoler, vers le tombeau et ordonna qu'on en enlevât la pierre. Marthe alors de s'écrier : "Seigneur, il sent déjà ; c'est le quatrième jour." Mais ce fut alors le miracle de la résurrection laissant les assistants pantois, dont certains coururent l'annoncer au S anhédrin.
Devant le retentissement d'un tel prodige, les grands prêtres et les pharisiens, déjà si hostiles à Jésus, se réunirent pour une concertation finale. Caïphe leur dit alors.
"'Vous ne songez pas qu'il vaut mieux qu'un homme meure pour tout le peuple, plutôt que de voir périr toute la nation'. 'A partir de ce jour-là, Ils décidèrent de le faire mourirl(continue saint Jean). Or cela, Il ne le dit pas de lui-même, mais, étant Grand-Prêtre cette année-là, Il prophétisa que Jésus allait mourir pour la nation, et non pas seulement pour elle, mais encore afin de rassembler dans l'unité les enfants de Dieu dispersés. Dès ce jour, ils résolurent de le faire mourir" (11, 50-53)."
C'est là, en finale de ce chapitre 11 de saint Jean, que se place, dans son dernier verset 54, la mention d'Ephraïm-Taybeh:
"Aussi Jésus cessa de circuler en public parmi les, Juifs ; Il se retira dans la région voisine du désert, dans une ville appelée Ephraïm, et y séjourna avec ses disciples".
Jésus, sachant que son "heure" n'était pas encore venue pour son sacrifice, chercha donc à se mettre encore hors d'atteinte du Sanhédrin, tout comme il venait de le faire un mois plus tôt, après les fêtes de la Dédicace, en franchissant le Jourdain. Si Jésus choisit alors Ephraïm pour refuge, c'e st qu'il avait dû y passer déjà en ses tournées de prédication et y avait donc des amis. Mais c'est aussi qu'Ephraïm, n'étant plus en Judée, le mettait aussi à l'abri du Sanhédrin. A cette époque en effet de l'occupation romaine, la division administrative de la Palestine ne suivait plus celle d es tribus, mais comprenait la Galilée, la Samarie, la Judée et l'Idumée. On a vu comment, sous les Maccabées, les souverains syriens, pour se gagner les Juifs de Judée, leur avaient attribué entre autres le nome district-d'Ephrem, en soi relevant plutôt de la Samarie. Mais avec les Romains, Ephr aïm était retournée à la Samarie, échappant ainsi à l'autorité du Sanhédrin de Jérusalem.
Le verset 11.54 de saint Jean contient donc l'unique mention d'Ephraïm dans tout le Nouveau Testament. Il nous laisse cependant sur notre faim pour ce qui est de la durée du séjour et de la nature des activités de Jésus pendant cette retraite à la veille de sa Passion. Or tout récemment des rens eignements, et fort abondants, ont été fournis. Ils réclament Ici un examen de leur nature et de leur valeur.
Des renseignements à foison
Fournis récemment par une t'voyante" italienne, Ils dépassent même tous nos désirs, dans un récit de 184 pages, aussi prolixe qu'est laconique le verset de saint Jean.
Ce récit est présenté dans un volume de 470 pages, le tome 8 d'un ensemble de 10 livres, parus sous le titre "Le Poème de l'Homme-Dieu". L'auteur en est Maria Valtorta (1897-1961), personne de vie bien tourmentée, persécutée par une mère très possessive, vraiment sans pitié, qui l'empêcha à deux reprises de se marier. Gravement blessée à la colonne vertébrale par un énergumène, elle en resta paralysée 27 ans, jusqu'à sa mort. Fort pieuse, elle faisait état de visions, que son directeur spirituel lui demanda d'écrire. Elle le fit de 1943 à 1951, pouvant écrire jusqu'à 40 pages par jour, remplissant en tout 120 cahiers, soit en tout 15.000 pages. Son directeur, conquis, en parla à Pie XII au cours d'une audience, le 26 février 1948. "Publiez cette oeuvre telle quelle, le lecteur comprendra" dit le Pape. La troisième édition (Piemme) de 1970, comprend 10 volumes de plus de 400 pages chacun.
Un auteur français, Jean Aulagnier, polytechnicien, croyant, convaincu par la lecture de cette oeuvre, s'est risqué, après 5 ans de travail, à intégrer les données de la Valtorta dans un calendrier chronologique rigoureux de la vie de Jésus. Son ouvrage de 313 pages paru en 1985 couvre aussi la p ériode du verset de saint Jean. Elle va, avec toutes précisions, du 2 février de l'an 30, où Il place le départ de Jésus pour Ephraïm, jusqu'au 18 mars suivant, où Jésus quitte pour Silo, Lebona, Sichem, Aenon, puis descend sur Jéricho, d'où il remonte à Béthanie le 28 mars, pour l'entrée triomph ale du ler avril, ouverture de la semaine de la Passion.
Si les exégètes sont assez d'accord pour placer la passion dans la première semaine d'avril 30, on peut bien douter qu'ils avalisent les dates si assurées du calendrier d'Aulagnier, tout comme d'ailleurs les données de Valtorta.
Voici un résumé très rapide de ces 184 pages du t. 8 Valtorta, avec quelques remarques en cours de route.
Jésus, revenu de Transjordanie à Béthanie et y ayant ressuscité Lazare, est averti par deux sanhédrites de ses amis, Joseph d'Arimathie et Nicodème, que le Sanhédrin demande à toutes les synagogues de lui révéler sa résidence. Comme on le chercherait d'abord chez Lazare et que son "heure" n'était pas encore venue, son départ s'imposait Immédiatement ; celui de Lazare aussi, menacé comme lui. Lazare part pour Antioche où Il avait des Intérêts. Jésus choisit Ephraïm. "En Samarie ?" lui objecte-t-on. « En Samarie! Les Samaritains sont moins 'samaritains' que beaucoup d'autres. Ils m'aim ent. Ephraïm est en frontière « (Valtorta 8,109).
Il y part avec ses apôtres, le 2 février 30, précise Aulagnier (202), par le désert (V. 111). (Le 24 avril 1983, le car des Chevaliers français du Saint-Sépulcre, voulant éviter aussi des troubles sur la route normale, se rendait ainsi à Taybeh par le désert, avec la nouvelle route Alon). En appr ochant de la localité, (V. 119) Jésus envoie Pierre et Nathanël à Ephraïm, avertir de son arrivée une femme, Marie de Jacob, qui a perdu ses 10 enfants, est la plus pauvre du village, mais a une immense maison vide. Elle accueille Jésus et ses apôtres de grand coeur, d'autant qu'ils arrivent avec des ressources. Ils s'installent dans sa vaste maison libre.
Sur Ephraïm, Maria Valtorta a des précisions difficiles. La maison de Marie est à "côté du pont", sur un torrent (120) qui a une petite île (141), et dévale vers la vallée du Jourdain, par le désert ! Celui-ci est désert parce que sans localités habitées, mais est boisé et a de petits torrents... (Mais aucun torrent aujourd'hui à Taybeh, sinon aux grandes pluies d'hiver). Cependant le village musulman qui le jouxte et pouvait alors faire partie d'Ephraïm, a deux fortes sources et, à un km plus bas, Il y a celle, puissante, d'Ain Samieh ; elle était vraiment une tête de torrent avant que ses eaux n'aient été intégrées par Mekorot, la Société nationale Israéliennes des eaux). La description de Valtorta mentionne aussi le "géant boisé qui domine Ephraîm au nord-ouest". C'est assurément Tel Asour, qui est toujours, avec ses 1011 mètres, la plus grande hauteur de Judée-Samarie et fu t le théâtre du drame d'Absalon y faisant tuer son demi-frère Amnon. Les gens d'Ephraïm sont dits par Valtorta (125) accueillir, très cordialement, avec des dons, le groupe des apôtres et de Jésus. Celui-ci leur déclare venir "pour se recueillir, prier et se préparer pour de grandes choses futur es" (128), 1"heure" de sa passion.
Jésus reste donc en permanence à Ephraïm, priant sur le bord du torrent, dans son île et dans les bosquets (127). Il garde avec lui Jean et Judas. Il envoie les dix autres en prédication, cinq avec Pierre et cinq avec Jacques d'Alphée, à charge de revenir à Ephraïm la veille du sabbat. Valtorta parle, d'une semaine de prédication en Décapole, qui comprenait aussi la région de Scytopolis (Beisan) en rive droite du Jourdain.
Le 16 février (A.203) Jésus et les apôtres sont invités à la synagogue samaritaine d'Ephraïm et Jésus y parle comme s'il fût à une synagogue orthodoxe et non schismatique (V.160-166). Pendant une semaine de prédication de ses disciples, en s'écartant d'Ephra7im, Il arrache trois orphelins à des v oleurs. Ayant trouvé mort leur père, ils avaient enlevé son troupeau et son jeune gardien et se demandaient que faire des enfants. Jésus leur demande d'avertir la parenté que ces enfants avaient à Sichem (V. 130 ss.). De fait ces samaritains arrivent de Sichem, redisent à Jésus leurs bons sentime nts de ses visites, leur reconnaissance d'avoir pris soin des enfants, qu'ils ramènent avec eux. Jésus les accompagne un bout de chemin ( V.168-172).
Cependant le séjour de Jésus à Ephraïm s'est partout divulgué, et de ses fidèles arrivent de partout, même de la Décapole (V. 114). Le 20 février lui vient Menaem, frère de lait d'Hérode Antipas, personne plus libre de ses mouvements. Il vient arranger une entrevue de Joseph d'Arimathie et de Ni codème avec Jésus, en secret, dans les environs de Gofna (Gifneh, en Judée). Guidé par Menaem, Jésus les rencontre de nuit dans une grotte. Ils lui révèlent que le Sanhédrin connaît sa présence à Ephra7im et lui annoncent l'arrivée de sa mère venant de Nazareth, fort alarmée. Jésus révèle aux t rois son Immolation à la prochaine fête de Pâques (V.186-196).
Au soir du sabbat (22 février selon Aulagnier, 204), arrive à Jésus, dans la grotte, où l'ont laissé ses visiteurs, un espion du Sanhédrin, qu'il démasque comme tel, venu pour le saisir et le livrer pour une bonne somme. L'homme subjugué implore son pardon que le Seigneur lui accorde, et ce Samue l entend désormais le suivre. Jésus lui dit qu'il trouvera aussi à Ephraïm, Judas, "vendu au Sanhédrin et trahissant le Christ !"-"Miséricorde! tu sais aussi cela?" Au matin, ils rejoignent Ephraïm et Judas a un haut-le-corps en reconnaissant Samuel : "Toi, Samuel?- Oui, le Royaume de Dieu est ou vert pour tous et j'y suis entré !" (V.209).
Le 25 février (Aulagnier, 205) arrive en litière, avec des soldats comme garde, la femme de Pilate, Claudia Procula, admiratrice de Jésus, mais impressionnée par des bruits répandus à Jérusalem, qu'il s'était enfui parce qu'il avait perdu ses pouvoirs de prodiges! Jésus lui répond en rendant la p arole à son esclave noir, muet.(V.214-219).
Jésus gardait avec lui Jean et Judas. Ce dernier tient beaucoup de place dans le récit de Maria Valtorta. Après les annonces répétées de la Passion par Jésus, Judas est définitivement déçu dans ses ambitions temporelles : "Si tu triomphais, dit-il à Jésus, nous aurions part à ton bonheur" (238)1 Jésus le voit déjà s'aboucher avec le Sanhédrin pour sa trahison payée. Judas se montre sarcastique avec tous; il méprise le préféré de Jésus, ce Jean qu'il traite d'imbécile. Il accable le converti Samuel et le dénonce à Jésus comme espion du Sanhédrin, s'attirant cette réplique de Jésus : "Toi, tu es un démon" (V.195). C'est inutilement que Jésus sollicite de lui u ne parole de repentir pour pouvoir tout lui pardonner.
Le 10 mars (Aulagnier, 205) arrivent de nombreux pèlerins de Galilée et aussi Lazare retournant d'Antioche et qui a pris à Nazareth Marie, la mère de Jésus, Salomé et Marie d'Alphée. La Vierge, au courant de ce qui attend Jésus à la prochaine Paque, est fort attristée. Jésus demande à Lazare d'e nvoyer ses soeurs, Marthe et Marie, pour réconforter sa mère. Elles arriveront le 15 (A.206). Les Apôtres, pour faire place aux femmes, s'installent chez les habitants (V.278).
On appelle Jésus au chevet d'une femme qui se meurt, au moment d'accoucher de son onzième enfant. Sans entrer chez elle, Il rassure les femmes présentes et part au moment de l'heureuse délivrance de la mourante, qui est aussi guérie (V. 273).
C'est alors, le 14 mars (A.206), que se place le drame de Judas, pris en flagrant délit de vol par Jean et Jésus dans la chambre d'une des femmes. Entrant par hasard, Jean et Jésus le trouvent ayant ouvert un coffre et tirant une bourse dont des monnaies roulaient au sol. Jésus fait sortir Jean, arrache la bourse des mains de Judas, lui fait y remettre les monnaies tombées et replacer la bourse dans le coffre. Il morigène alors Judas qui se déchaîne et se révolte. "Aujourd'hui voleur, demain assassin" lui dit Jésus et ce sont 12 pages dramatiques dans le récit de Valtorta (279-291), Jé sus Insiste Inutilement pour lui arracher un sentiment de repentir. Il a seulement une réclamation, que Jean ne le dénonce pas (291) !.
C'est sur cet éclat que se termine la retraite de Jésus et des siens à Ephraïm, le 18 mars, précise Aulagnier, au bout donc de 6 semaines de séjour. Après leurs adieux à Marie de Jacob et aux habitants d'Ephraïm, Jésus et sa nombreuse suite, partent vers Silo, Lebona, Sichem, pour descendre ensui te sur Aenon, le Jourdain et Jéricho. En route vient l'épisode du jeune homme riche croisant sa caravane (V. 358), puis la guérison à Jéricho de deux aveugles, la remontée à Béthanie pour l'entrée triomphale du 31 mars (A.212) à Jérusalem et l'ouverture de la semaine tragique de la Passion.
On voit, par ce résumé sommaire, comme est circonstancié, avec exubérance de faits, de dialogues, de discours, le récit de la Valtorta, couvrant en 184 pages, les 3 lignes du verset 11,54 de saint Jean.
Reste à se demander ce qu'il faut en penser, selon la parole de Pie XII : "Le lecteur comprendra" et essaiera de juger.
Quel jugement porter sur le document Valtorta?
Il y a certainment un problème Valtorta, celui de la valeur à prêter aux apparitions, visions, dialogues, descriptions de son ouvrage, et ici, pour les pages concernant Ephraïm. En pareille matière chacun est exposé à en juger selon ses dispositions personnelles, selon ses "lunettes" d'approche. D'où fatalement la variété des opinions et des affrontements.
En 1985 J. Aulagnier, conquis par le Poème de l'Homme -Dieu, a fondé, en toute confiance sur ses données, le calendrier si assuré de son 'Au jour le jour avec Jésus". Mais la même année, un auteur Italien P.A. Gramaglia publiait un ouvrage dont déjà le titre dit sa conviction hostile "Maria Valt orta, une manipulation moderne des Evangiles". Dans ses 243 pages, bourrées de citations en petits caractères du Poème, l'auteur prétend tout en éclairer par la pathologie du subconscient de Maria Valtorta. Il fait de cet inconscient traumatisé la source et l'explication naturelle des visions, " hallucinations" que sont pour lui toutes les données de la Valtorta. Cet « éreintement » sans nuances est une présentation dont l'exagération manifeste infirme fatalement la valeur. Cette projection de Gramaglia est bien dans la ligne de Freud, l'un des grands maîtres du soupçon. Mais ce jugeme nt manifestement éxagéré parieit bien laisser Intact le problème.
Plus sérieuse que les deux prises de position opposées , mentionnées ci-dessus, est celle de G. Roschini. Après un premier contact fort réservé, personnel et littéraire, ce servite, grand spécialiste marial italien, fondateur et directeur 30 ans de la re e internationale "Marianum" a été retourné par la doctrine mariale de la Valtorta dans son oeuvre. Elle a été pour lui, dit-il, une révélation. Tout ce que lui-même et autres spécialistes du domaine marial avaient pu inventorier sur la Vierge, ne leur a it pas donné "du chef-d'oeuvre de Dieu qui est Marie, une idée aussi claire, aussi vivante, aussi complète, lumineuse et fascinatrice, et en même temps simple et sublime." Etre??????
"Le souvenir des maux soufferts par les Romains durant ce siège avait effacé de leur coeur tous les sentiments de compassion et d'humanité. Ils ne pardonnèrent à personne" (23, 779).
Cependant Josèphe lui-même, que Vespasien voulait réserver pour son triomphe à Rome, "sauva sa peau" en prédisant à
Vespasien et à Titus le trône impérial, ce qui arriva en effet (III c. 26, P. 783). Devenu vite ami de Titus, il collabora même avec lui pour essayer de convaincre les Juifs de ne pas poursuivre cette guerre suicidaire contre les Romains .
Après Jotopata, ce fut le tour des villes de Tibériade et de Tarichée (Magdala), qui s'étaient révoltées aussi contre leur roi Agrippa II. Tibériade cependant, qui se rendit, fut épargnée. Tous les réfractaires se réfugièrent à Tarichée. Ce fut là aussi un épouvantable massacre le 8 septembre, dans la ville et sur le Lac, de quelque 6000 combattants. Vespasien épargna cependant des autochtones de Tarichée qui l'implorèrent, et fit ramener tout le reste à Tibériade. On y exécuta 1200 vieillards ou invalides ; on envoya à Néron 6000 hommes forts pour creuser l'isthme de Morée ; on rédui sit en esclavage 30.600 personnes et Vespasien, en rendant les deux villes au roi Agrippa, lui attribua encore une masse de menu peuple (III, c. 36, p. 792).
Le 23 octobre 67, tombait Gamala, la ville du Golan sur un pic très difficile qui coûta bien des victimes aux Romains. Des habitants, il ne survécut que deux filles, sujettes d'Agrippa, tandis que 4000 combattants furent tués et 5000 se tuèrent en se précipitant du haut de leurs rochers (IV, 6,79 8). Restait encore en Haute Galilée la ville forte de Giscala (Jish) fortifiée aussi par Josèphe, défendue par Jean de Giscala et attaquée par Titus. Jean, ayant perdu tout espoir, demanda un répit pour célébrer le sabbat! Titus très généreux écarta ses troupes pour une journée. Jean profita d e la nuit pour s'enfuir vers Jérusalem avec les combattants et une foule de femmes et enfants. A son entrée dans la ville, Titus apprit ce départ ; des gens qui le supplièrent de les épargner ce qu'il fit, tout en abattant une partie des murs. Mais sa cavalerie rejoignit les fuyards, en tua plus de 6000 et ramena 3000 femmes et enfants. Jean cependant atteignit Jérusalem où il serait, pour le malheur de Jérusalem, l'un des chefs les plus fourbes de la ville assiégée. Titus, vraiment magnanime comme son père, désirait vraiment punir les méchants mais:
« aimait mieux laisser vivre des coupables que de faire mourir des innocents... Il laissa une garnison dans la ville, tant pour retenir en leur devoir ceux qui pouvaient être disposés à exciter de nouveaux troubles, que pour ceux qui ne désiraient que la paix. Et ainsi s'acheva la conquête de la Galilée qui avait coùté tant de travaux aux Romains" (9, P. 800).
La Galilée et le Golan juifs ainsi liquidés dès octobre 67, Vespasien installa ses troupes en quartiers d'hiver, deux légions autour de Césarée et deux autres autour de Scythopolis (Beisan).
Campagnes mineures d'attente
En 68, ses généraux le pressaient d'en finir avec Jérusalem. Il résista, leur disant préférer y voir les fractions révoltées s'y entre-déchirer et ainsi s'affaiblir, plutôt que de les unir en les attaquant et exposer ainsi ses troupes à trop de pertes (IV, 21 p. 815). Il se contenta donc de ress errer inexorablement l'étau autour de Jérusalem.
Il alla ainsi réduire Joppé (Jaffa), rebâti par les Juifs. Il en périt 4200, leurs barques-refuges brisées par une tempête sur les récifs, devant les Romains qui les menaçaient sur mer et sur la berge (IV, 26, p. 820). La Pérée se vit aussi réduite. A Gadara (Salt) les tenants de la paix se rall ièrent et sauvèrent ainsi leur ville. Les "factieux" dévalèrent vers le Jourdain pour gagner Jéricho ; il en périt 15.000, entre massacrés dans la plaine et noyés dans le Jourdain grossi (IV, 25, p. 819). Une expédition sur Gerasa (Jerash) y tua 1000 "hommes de défense qui n'avaient pas eu le te mps de s'enfuir, fit tout le reste esclave" pilla la ville et y mit le feu (IV, 28, p. 823) : avertissement aux villes de la Décapole de ne pas soutenir la révolte juive. Les Juifs de Jéricho restés dans la ville furent aussi tués et Vespasien y établit un camp fortifié pour fermer cet accès de J érusalem (IV, 28 0. 823).
Passant à l'ouest, il réduisit l'Idumée avec le massacre de la population réfractaire de Beit Jebrin. Il ramena à Lydda et Jamnia qui s'étaient soumises, des Juifs ralliés d'autres localités de la région et établit à Emma?s un autre camp retranché pour contrôler cette vole d'accès vers Jérusalem (IV, 26, p., 820). Revenu à Césarée, il y apprit la mort de Néron qui s'était suicidé le 9 juin 68. Il arrêta dès lors ses opérations, dans l'attente des ordres d'un nouvel empereur.
En 69, ce fut l'année des trois empereurs ; Galba fut tué à Rome après sept mois de règne. Son successeur Othon, se suici- dait en avril. Un troisième, Vitellius, mit du temps à descendre vers Rome de Germanie avec ses légions.
Vespasien en expectative, entendit cependant compléter le "bouclage" de Jérusalem en réduisant son accès nord. Ce serait sa dernière opération militaire en Palestine et celle où réapparaît, pour la seule fois en cette guerre la localité d'Ephrem la future Taybeh.
Ephrem dans la révolte juive de 66-70
La seule mention qu'on en trouve dans les 300 pages (édition Lidis, 635-935) de "La guerre des Juifs contre les Rormains" de Josèphe, apparaît dans cette dernière expédition militaire palestinienne de Vespasien avant sa proclamation comme empereur.
"Vespasien ne voulant plus demeurer sans agir, partit de Césarée le cinquième jour de juin (69) pour marcher contre ce qui lui restait à dompter de la Judée. Il commença par se rendre, maître dans les montagnes, des toparchies de Gophnitide et d'Acrabatène ; il prit les villes de Béthel et d'Ephr em, où il mit garnison, s'avança ensuite vers Jérusalem et tua et prit dans cette marche un grand nombre de Juifs"(IV, 33, p. 828).
Un de ses généraux, Cerealis, réduisait en même temps le sud de Jérusalem. C'était toujours avec la même alternative laissée aux populations : ou le ralliement ou la prise d'assaut avec massacre et esclavage. Une place forte se rendit à Cerealis, mais Hébron résista pour son malheur:
"Où il tua tout ce qui s'y trouvait d'habitants, la saccagea et la pilla. Ainsi toutes les places étaient réduites sous la puissance des Romains, à la réserve d'Hérodion, de Massada et de Machéron qui étaient encore occupées par les factieux. Il ne restait plus à Vespasien pour mettre fin à cett e grande guerre, que de prendre Jérusalem" (ibid.).
Ce chapitre 33, en nous laissant voir ce qui serait arrivé à Ephrem si elle avait résisté, nous rassure avec son ralliement qui lui épargna le sort d'Hébron. Elle reçut donc sa garnison, de protection et de surveillance, et comme on le voit ailleurs dans Josèphe, constituée d'éléments romains et autochtones. Mais ce qu'en dit Josèphe laisse voir aussi qu'une garnison pouvait ne pas assurer tout repos:
"Dans une telle misère, les garnisons établies dans les localités, ne pensant qu'à vivre à leur aise sans se soucier de leur patrie, ne se mettaient point en peine d'assister ceux qui se trouvaient opprimés...,"(IV, 11, P. 801).
Ayant échappé au pire, Ephrem pouvait donc ne pas vivre encore des jours idylliques, en un moment aussi troublé où les Juifs eux-mêmes avaient tant de factions, sans plus aucune considération ni pitié de leurs corréligionaires.
C'est au retour à Césarée de cette dernière expédition, ayant aussi touché Ephrem, que Vespasien se vit proclamer empereur par ses troupes, le ler juillet 69. Cette obédience fut aussitôt partagée par les troupes romaines d'Egypte, de Syrie et d'Illyrie, toutes écoeurées de ce qu'elles apprenaien t du comportement de cette brute qu'était Vitellius à Rome, où il un frère de Vespasien, avant d'être lui-même ignominieusement mis à mort en décembre.
Vespasien quitta Alexandrie pour Rome en janvier 70, en un long voyage de cabotage, lui ménageant partout sur son passage des allégeances unanimement chaleureuses. Il arrivait à Rome en octobre, au moment où son fils Titus avait déjà "liquidé" Jérusalem et la révolte juive, avant de rejoindre son père pour la célébration d'un triomphe commun, en juin 71.
La liquidation de Jérusalem
Sa préparation, on l'a vu, avait aussi concerné Ephrem-Taybeh, sans graves dommages semble-t-il, plus probablement pour ses chrétiens en exode, mais aussi pour ceux qui étaient restés, sous la garde d'une garnison romaine.
Jérusalem n'aurait pas un sort aussi facile. Dès que Vespasien, devenu empereur, fût parti pour Rome, son fils Titus organisa son armée pour en finir avec Jérusalem, encerclée déjà de tous côtés par des forces romaines. Il fit avancer au Mont des Oliviers la 10e légion campée à Jéricho et la 5e campée à Emma?s (VI,8, p. 840) vers les remparts ouest de Jérusalem. Lui-même arriva de Césarée avec la sienne venue d'Egypte et la 12e de Syrie qui avait à réparer sa défaite de 66. Titus disposa de quelque 65.000 hommes, avec aussi les contingents fournis par les alliés, ainsi qu'une force ara be, tous bien désireux d'en découdre avec les Juifs. Son armée arriva par le nord, avec du génie pour ses machines de guerre et un contingent de sapeurs pour ouvrir la route d l'armée, abattre la végétation gênant sa marche et applanir la route. Installant son Quartier Général d'abord à Gofna (J ifnah), puis, plus avancé à Gabal, à 6 km de la ville, Titus fit aussitôt une reconnaissance jsuqu'aux remparts, avec une petite troupe, lui-même sans cuirasse ni casque. Mais surpris par une sortie juive dans ce quartier de jardins, il ne s'en tira qu'à grands coups d'épée (VI, P. 839).
Instruit par cette expérience et son risque, il fit aussitôt raser par ses sapeurs, bien défendus, tout ce quartier encombré, pré-parant ainsi l'approche de ses machines. Celles-ci mises à l'oeuvre, surtout les terribles bêliers, il déclencha une attaque déchaînée, malgré une farouche résistance des Juifs. Le 24 mai 70, il emportait le 3ème rempart bâti par Agrippa I en
cours de I'échauffourrée de ce 29, vint inopinément le dénouement par le fait d'un soldat romain, qui, sans aucun ordre, dit Josèphe:
« comme poussé par un mouvement de Dieu, se fit soulever par l'un de ses compagnons et jeta par la fenêtre d'or une pièce de bois toute enflammée dans le lieu par- où on allait aux bâtiments faits à l'entour du Temple du côté du nord. Le feu y prit aussitôt... »(VI, 26, 89).
Le feu se développa dans les chambres latérales du temple au nord. Dans le branle-bas général Titus accourut. Il cria inutilement d'éteindre le feu, entra dans le Temple où le feu avait aussi été déjà allumé. A peine put-on sauver des objets qui figureraient dans la suite au triomphe de Vespas ien et Titus. La ville basse fut prise aussi, livrée au pillage des soldats et puis au feu. La ville haute eut même sort quelque temps après, le 28 septembre. Quant aux trois forteresses au-dehors, le général Bassus réduisit bien vite Hérodium et Machéronte. En 73 le général Silva enferma Mass ada dans un mur de circonvallation puis l'attaqua au bêlier, monté au sommet d'un remblai, I'agger, de 150m de haut, bâti à l'ouest par les soldats. Dans la nuit précédant l'assaut final, Eleazar, le chef des 860 zélotes, put les convaincre qu'il leur valait mieux se donner la mort, ainsi qu'aux femmes et enfants, plutôt que de tomber aux mains des Romains. Ceux-ci ne trouvèrent que des cadavres, sauf deux femmes et cinq enfants cachés dans un souterrain.
Les réflexions de Josèphe sont curieuses et remarquables sur le drame de Jérusalem. Il en jette en effet la responsabilité de la destruction sur les "factieux" juifs, "ennemis de leur patrie", plus que sur les Romains:
"de qui la seule gloire est d'avoir exterminé ces factieux dont l'impiété, jointe à tous les autres crimes... avait détruit l'union, dont (cette puissante ville) tirait plus de force que de ses murailles. Ne peut-on pas dire avec raison que les crimes des Juifs sont la cause de leurs malheurs et que ce que les Romains leur ont fait souffrir n'est qu'une juste punition? Mais je laisse à chacun d'en juger comme il lui plaira".
On peut comprendre par ailleurs les réserves du monde juif sur ce Josèphe, chef important, mais si malheureux, de la révolte juive en Galilée, devenu ami et collaborateur de Vespasien et Titus, et si théologiquement critique de ses infortunés compatriotes.
En définitive on peut dire que le sort des localités palestiniennes qui repoussèrent les offres bienveillantes de Vespasien et Titus fut vraiment épouvantable puisqu'elles furent l'objet de massacres, pillages et destruction. Ainsi en fut-il en Galilée, à Jéricho, Hébron et Jérusalem. Les locali tés qui se soumirent furent par contre épargnées. Elles furent même dotées de garnisons à la fois de protection et de surveillance, pouvant aussi laisser à désirer, s'il faut en croire Josèphe.
Ephrem, la future Taybeh, avait eu le bon sens de se rallier, puisqu'elle eut sa garnison. Avant 70, elle évita donc massacre et destruction. Après 70 il faudra encore se contenter de rares mentions d'Ephrem dans les longs siècles d'histoire. Après la mention d'Ephrem de Josèphe pour l'an 69, l a première sera celle d'Eusèbe (265-340) vers 320, reprise et enrichie dans l'Onomastikon de S. Jérôme (347-420». Elles nous assurent à peine de sa survie. Il faut scruter les événements locaux de ces trois siècles pour imaginer avec assez de vrai- semblance l'évolution de la future Taybeh.
CHAPITRE V
Ephraim-Taybeh au temps des persécutions
Ce chapitre voudrait évoquer les conditions historiques dans lesquelles les Chrétiens d'Ephrem eurent à vivre, entre la fin de Jérusalem en l'an 70 et le début du 4ème siècle. L'an 313, de l'Edit de Milan de Constantin, marque en principe la fin de l'ère des persécutions, qui purent traîner encor e quelques temps en Terre Sainte. Mais, encore une fois, la documentation sur Ephrem est très pauvre pour cette période. Elle se limite è quelques lignes de l'Onomasticon d'Eusèbe et de S. Jérôme. Elle est par contre éclairante sur la situation des Chrétiens en cette époque. Elle nous permet d 'imaginer, avec assez de vraisemblance, ce que put être alors le sort des Chrétiens d'Ephrem.
Sous Vespasien (70-79), Titus (79-81) et Domitien (81-98)
Pendant ces trois règnes, ces Chrétiens qui, selon toute vraisemblance, auraient suivi, outre-Jourdain, ceux de Jérusalem avec S. Siméon, purent retourner à Ephrem. Mais sans y trouver encore une tranquilité totale. Vespasien, en effet, assure Hégésippe dont Eusèbe rapporte les dires, aurait eu vent de l'existence encore en Palestine de descendants du roi David. Il aurait alors ouvert des recherche parmi les Chrétiens.
Son fils Domitien (81-98) eut les mêmes appréhensions. Sur dénonciations, il fit venir à Rome deux petit-fils de Jude, l'un des "frères" du Christ et les fit comparaître devant lui, comme le rapporte Eusèbe, citant Hégésippe.
"Il leur demanda s'ils étaient de la descendance de David, ce qu'ils admirent comme tout à fait vrai. il leur demanda ensuite quels étaient leurs biens et leur fortune. Ils dirent qu'ils avaient à eux deux, seulement neuf mille deniers, mais pas en argent. C'était la valeur estimée de 39 arpents de terre, dont ils vivaient et dont ils payaient l'impôt. Ils montrèrent aussi leurs mains, calleuses de leur travail assidu, comme preuve de leur métier.
Interrogés alors sur le Christ, son royaume, sa nature et l'endroit où il paraîtrait, ils répondirent que son pouvoir n'était pas de ce monde, mais angélique et céleste. Arrivant à la fin des siècles, le Christ viendrait alors en gloire pour juger à la fois morts et vivants et donner à chacun la récompense de ses oeuvres. Ce qu'ayant entendu, Domitien ne décréta rien contre eux. Ayant reconnu leur humble condition, il ordonna qu'on les renvoya libres et il émit un décret mettant fin à la persécution lancée contre l'Eglise. On rapporte aussi, qu'ayant été renvoyés, ils furent mis à la t ête des Eglises, comme parents du Christ et ses témoins."(1)
Les Chrétiens d'Ephrem, n'ayant aucune parenté avec le Christ, n'eurent pas à connaître un si dangereux intérêt de l'Empereur. Mais cet exemple et les épisodes suivants laissent voir comme les Chrétiens restaient à la merci de dénonciations malveillantes.
Sous Trajan (98-117)
Ce fut sous dénonciation que, après son frère S. Jacques le Mineur en 62, S. Siméon fut mis à mort, par le Grand Prêtre Ananos. Son cas aussi montre combien restait aléatoire la situation des Chrétiens.
La base, assez obscure, de la première persécution, semble avoir été un décret de Néron, de 65 ou 68, bien attesté par Tertullien, comme l'analyse dans sa thèse de 1977, le P. Antoun Issa.
« Des auteurs, cherchant de plus près l'origine juridique de "l'institutum neronianum" mettant les Chrétiens hors la loi et se résumant dans la terrible phrase "christianos esse non licet"... invoquent, après Tertullien, une vieille loi républicaine qui prohibait "la superstition illicite". Cette loi aurait été reprise par l'édit de Néron.
Comme un édit de cette nature n'était, au début du régime impérial, théoriquement en vigueur que durant le règne du prince qui l'avait publié, il avait à être repris et revivifié par les successeurs. ceci expliquerait l'intermittence des persécutions. » (2)
Tertullien, et Eusèbe après lui, citant même Trajan et Hadrien, signalaient aussi le danger de mouvements imprévus de foule, spécialement dans des assemblées et dans les amphithéâtres. Il suffisait que des vauriens crient : "Les Chrétiens aux lions !" pour entraîner la foule et y créer une danger euse pression sur les responsables, bien capables d'y accéder par faiblesse.
Ce fait, bien prouvé par des cas signalés, était plus possible dans les villes et leurs fêtes, à une époque où la vie humaine comptait peu. Titus, lui-même, pourtant si humain, livrait ainsi des prisonniers juifs pour combat avec les bêtes ou avec les gladiateurs. Même dans les villages, toujour s pleins d'inimitiés, les Chrétiens étaient toujours à la merci de dénonciations et de calomnies malveillantes.
Il en fut bien ainsi pour Siméon, le second évêque de Jérusalem, sous Trajan.
"Quelques-uns des hérétiques dénoncèrent Siméon, fils de Cléophas, descendant de David et chrétien. C'est ainsi que Siméon, âgé de 120 ans, subit le martyre sous Trajan et le légat consulaire de Syrie... Cruellement torturé de nombreux jours, il confessa la foi au Christ avec la plus grande const ance, au point que le consulaire lui-même et tous les assistants s'étonnaient fort de ce qu'un homme de 120 ans pût endurer tant de tourments. A la fin, par décision du juge, il fut crucifié."(3)
En 111, le gouverneur de la Bithynie, Pline le Jeune, était embarassé par le grand nombre de Chrétiens déférés aux tribunaux (maxime propter periclitantium numerum), et alors qu'on ne trouvait chez eux aucun crime ordinaire, bien au contraire; seulement leur "mauvaise et excessive superstition". Effrayé d'avoir à punir de mort tant de monde innocent, il en référait à l'Empereur. Trajan répondit aussitôt:
"Il ne faut pas les rechercher (conquerendi non sunt) , mais s'ils sont déférés et convaincus, il faut les punir, de telle facon cependant que si quelqu'un nie être chrétien et le prouve en adressant des supplications à nos dieux, qu'il soit pardonné à cause de son repentir, même si suspect pour l e passé."
Les procès authentiques que l'on a du second siècle montrent qu'on appliqua partout la procédure indiquée dans cette réponse de Trajan. Tertullien rapporte même qu'en Afrique la recherche des Chrétiens fut Interdite (« invenimus inquisitionem quoque in nos prohibitam ») Mais, arrivés au tribunal et s'y professant chrétiens, c'était encore la peine de mort , des malveillants et des fonctionnaires pouvaient faire encore du zèle.
En 114, un gouverneur de Palestine informait Trajan, alors à Antioche, qu'il ne manquait pas à punir les Chrétiens selon ses ordres, mais que le résultat était le contraire de ce qu'on souhaitait :
"J'applique autant que je le puis votre ordre de punir les galiléens qui nous viennent sous le nom de Chrétiens. Mais ils viennent se livrer trop d'eux-mêmes aux supplices et à la mort. C'est inutilement que j'ai essayé de les en détourner avec exhortations et menaces. veuillez décider de la cho se...".
Trajan ordonnait alors à ce Tiberianus, et aux autres gouverneurs, de s'abstenir désormais de mettre à mort les Chrétiens (Malalas PG 97,414). "Après cela les Chrétiens ont pu un peu respirer de leurs calamités."
Il survenait d'ailleurs à Trajan de plus graves soucis avec les Juifs ; ils se révoltaient à nouveau. Ecrasés en Palestine, ils se soulevaient en Lybie et Tripolitaine ; ils s'y livraient à des massacres, y faisant jusqu'à 200.000 victimes, laissant le pays quasi désert. Trajan en confia la répr ession à un général à poigne, un cheikh mauritanien, latinisé Lucius Quietus, qui avait fait une étonnante carrière militaire dans l'empire par ses succès constants. Comme le soulèvement juif gagnait la Palestine, Trajan l'en nomma aussi gouverneur en 115. Le fait que les Juifs parleraient dans la suite de la guerre de Quietus avec même réprobation que de celles de Vespasien et Titus en 67-70, et d'Hadrien de 131 à 135, laisse deviner la dureté des opérations du Bédouin. Ce fut aussi lui qui installa, devant l'autel érigé sur les ruines du Temple, la statue de Trajan, qui y fut "l'abomin ation de la désolation".
Ce soulèvement n'eut pas son historien, comme celui de 66. Il est rapidement mentionné dans le résumé que fit au lie siècle le moine Xiphilinus, de l'Histoire de Dion Cassius, (c.150-235) couvrant cette période.
Il est donc impossible de pouvoir préciser dans quelle mesure la révolte s'étendit vers le nord de Jérusalem et par conséquent de savoir si elle affecta Ephrem.
La Palestine dans la guerre de Bar Kokéba (131-135) et sous Hadrien (118-138)
Le 11 août 117, à la mort de Trajan, Hadrien lui succédait. Quietus, qui complota lors de la succession de Trajan, fut mis à mort par ordre du Sénat, avec aussi Palma, le Général de Trajan qui avait créé la province d'Arabie, en 106. Hadrien, peut-être par hostilité envers Quietus, fit aussi enl ever les ruines du temple de Jérusalem, la statue de Trajan. Mais il le "divinisait" par ailleurs très solennellement à Antioche. Le premier geste d'Hadrien à Jérusalem avait ainsi satisfait les Juifs.
Mais dix ans plus tard, ce fut tout autre chose. Grand voyageur à travers son empire, Hadrien, très philhellène, inaugurait partout sur son passage des temples à Jupiter-Zeus ; ainsi, à Athènes, à Antioche, en Egypte, en Palestine, au Garizim et à Gaza le grand temple de Marnas, le Zeus crétois. pour lui, "Pontife suprême, la religion officielle était comme partie essentielle de la civilisation grecque et lien essentiel de l'unité de l'Empire".(4)
Passant à Jérusalem, restée en ruines, hors le cantonnement de la Légion X, il résolut d'y créer une ville nouvelle, Aelia Capitolina, qui aurait, comme de rigueur, son temple principal, mais aussi celui de Zeus, qu'il voulait à l'emplacement du Temple juif détruit. Curieusement aussi, il reprit, sous des peines très sévères, l'interdiction de la circoncision, qui avait déclenché trois siècles plus tôt, la révolte des Maccabées.
Mais à peine eut-il quitté le pays et gagné la Grèce en 131 qu'éclata la révolte en Palestine. En prit la Tête Bar Kokéba, appuyé par le célèbre rabbin Akiba qui le tenait pour le Messie. Le mouvement gagna tout le pays, où la défaite de 70 avait laissé beaucoup de Juifs, en dehors de la zone de Jérusalem. La majorité de ces Juifs fut convaincue d'être à la fin de leur seconde captivité de Babylone. Bar Kokéba s'empara de Jérusalem, restée sans rempart depuis 70. Les Romains refluèrent vers la côte. On remit en état un simulacre de temple, avec des sacrifices ; on rebâtit les rempart s, on frappa monnaie et on interdit l'entrée de Jérusalem à tout incirconcis.
On sait comment finit cette révolte, après une guerre implacable de 3 ans, pire pour les Juifs que celle de 70. Dion Cassius fait mention de "50 forteresses et de 985 localités" détruites par les Romains, qui subirent aussi beaucoup de pertes , il parle de 580.000 combattants juifs et d'une multi tude de non-combattants tués, au point de laisser la Judée déserte, hantée par les hyènes et les loups en quête de cadavres". Récemment encore (Jerusalem Post du 15 mai 1987, p.7), le Rabbin Goren, ex-aumonier général de l'armée israélienne, l'affirmait. (5)
Les Chrétiens furent fort affectés par la révolte de Bar Kokéba. Nous en avons le témoignage dans l'Apologie, adressée en 150 par Saint Justin à l'Empereur Antonin le Pieux (138-161), texte que rapporte aussi Eusèbe dans son histoire : (6)
"Les Juifs nous tiennent pour leurs ennemis et leurs adversaires; ils nous persécutent et nous font mourir quand ils peuvent. Vous pouvez en avoir la preuve. Dans la drenière guerre de Judée, Bar Kokéba, le chef de la révolte, faisait subir aux Chrétiens seuls les derniers supplices, s'ils ne re niaient pas et ne blasphémaient pas Jésus-Christ." (7)
Orose aussi dans son Histoire (VII, 13), donne Hadrien comme ayant vengé les Chrétiens "martyrisés par les Juifs pour n'avoir pas voulu marcher avec eux contre les Romains".
Eusèbe mentionne une correspondance d'Hadrien avec un de ses gouverneurs à propos des Chrétiens. Il la tient d'ailleurs de Justin qui en fit état dans son Apologie à Antonin. Un gouverneur de la province d'Asie, Serenius Granarius avait écrit à cet empereur qu'il trouvait "inique de voir les Chr étiens innocents, mis à mort pour satisfaire aux clameurs d'une foule tumultueuse. "Eusèbe consignait la réponse de l'Empereur:
Aelius Hadrianus Augustus à Minucius Fondanus. Salut.
"J'avais reçu la lettre que m'a écrite ton prédécesseur Serenius Granarius. Il me parait que tu ne dois pas laisser cette chose sans enquête diligente, pour éviter que des Chrétiens ne soient troublés et des calomnies favorisées.
Dès lors si des provinciaux peuvent avancer des dénonciations de Chrétiens, il faut veiller à ce qu'elles soient examinées au tribunal et que l'on ne s'en tienne pas seulement à des accusations par clameurs. Il serait bien plus juste que tu examines l'accusation. Si on te les dénonce et qu'on pr ouve qu'ils ont fait quelque chose contre les lois, tu les puniras selon la gravité du délit. Mais, par Hercule, si c'est seulement de la calomnie, tu puniras les accusateurs selon la gravité de leur crime". (8)
Les Chrétiens sous Antonin le Pieux (138-161) et sous Marc-Aurèle (161-180)
Avant de mourir en 138, Hadrien avait adopté Antonin le Pieux, en lui faisant encore adopter Marc-Aurèle qui n'avait que 17 ans. Au contraire d'Hadrien, grand voyageur dans l'Empire, Antonin gouverna sagement, depuis Rome, pendant 23 ans. Comme son père adoptif, il était attaché aux divinités an cestrales et à leur culte, comme élément d'unité. Il fit ainsi construire à Héliopolis (Baalbek) le grand temple de Zeus. Sous lui aussi s'érigea à Jérash l'ensemble grandiose d'Artémis.- Mais ce philosophe était un homme sage, dont les Chrétiens purent se féliciter.
Son tempérament politique ne pouvait tolérer les emportements populaires ni le zèle intempestifs de fonctionnaires trop ardents pour le culte des idoles. Orose (II,46) résume bien la situation en ces termes - "Sous le règne d'Antonin, les Eglises furent en paix."(9)
Dans les premières années de son règne, il eut à écrire à une Association générale de la province d'Asie, à propos des Chrétiens. Les païens de ces régions émus par des tremblements de terre, en prenaient prétexte pour molester les Chrétiens. L'Empereur envoya aux plaignants une lettre, que S. J ustin aurait bien jointe à celle, citée plus haut d'Hadrien, s'il l'avait connue:
"L'Empereur César Antonin... à l'Assemblée d'Asie. Salut.
C'est aux Dieux plus qu'à vous qu'il convient de punir ceux qui refusent de les honorer. Vous, vous les confirmez davantage (les Chrétiens) dans leur conviction et résolution, quand vous criez contre eux et les accusez comme impies, Mais au tribunal, lis préférent bien plus faire voir qu'ils veul ent mourir pour leur Dieu, qu'être renvoyés absous. Ils sortent ainsi vainqueurs, sacrifiant leur vie dans cette résolution, plutôt que de faire ce que vous ordonnez.
Quant à ce qui est des tremblements de terre, il n'est pas hors de sens de vous demander, à vous qui dans ces cas, perdez courage, de comparer votre comportement avec le leur. En temps normal, vous paraissez négliger les Dieux, bien que vous ayez des cérémonies et un culte de Dieu immortel ; mais vous repoussez les Chrétiens, qui, eux, le vénèrent et vous les poursuivez avec acharnement, jusqu'à les faire mourir.
Or de nombreux gouverneurs de provinces avaient écrit à propos de ces gens à mon divin Père. Il leur avait répondu que ces gens-là ne devaient nullement être vexés tant qu'ils ne seraient pas trouvés comploter contre l'Empire romain. Beaucoup aussi ont fait recours à moi à leur sujet ; je leur a i répondu en suivant la décision de mon Père. Si donc quelqu'un continue à attaquer l'un de ces Chrétiens et le dénonce parce que tel, que ce chrétien soit absout, même s'il apparaït qu'il est chrétien. Mais que le dénonciateur lui-même ait à subir châtiment."(10)
Cette consigne de bon sens était en même temps toute favorable aux Chrétiens. Ce document d'Antonin, qu 'Eusèbe dit tenir de Méliton, évêque de Sardes d'Asie, allait plus loin que la lettre d'Hadrien, e?????
Ces mêmes rapports vénitiens signalent chez les administrés musulmans que "les musulmans eux-mêmes souhaitaient de vivre sous un gouvernement chrétien, dont ils appréciaient hautement l'humanité et la justice"(9). C'était le même scandale que déplorait trois siècles plus tôt sous les Croisés, le fanatique musulman andalou qu'était Ibn Jobeir(10).
Les fonctionnaires turcs, ayant acheté fort cher leur fonction, qu'ils savaient très éphémère, ne pensaient, du haut au bas de leur échelle administrative, qu'à amasser de l'argent par tous les moyens. En 1783-1784 le voltairien Volney, qui avait appris l'arabe et parcourut à loisir tout le pays, donne une idée impressionnante de la mentalité de ces fonctionnaires turcs en Palestine, alors district indépendant du Pachalik de Damas :
"Dans l'ordre habituel, qui est celui de ce moment, la Palestine se divise en trois apanages (Melhané), à savoir Yafa, Loudd et Gaza. Le premier est au profit de la Sultane Oualdé ou mère ; le Capitan-Pacha, Jazzar, a reçu les deux autres en récompense de ses services et en payement de la tête de Dhâher. Il les afferme à un Aga, qui réside à Ramleh et qui lui paye 215 bourses : savoir 80 pour Gaza et 35 pour Loudd Ramleh, résidence de l'Aga est un bourg minable de 200 familles presque aussi ruiné que Loudd même. On ne marche dans son enceinte qu'à travers des décombres. L'Aga de Gaza y a fait sa résidence dans un sérail dont les planches s'écroulent avec les murailles. Pourquoi, disais-je un jour à un de ses sous-agas, ne répare-t-il pas au moins sa chambre? - Et s'il est supplanté l'année prochaine, répondit- il, qui lui rendra sa dépense?(11)..."
Le pèlerinage de la Mecque(12)
La poigne de Soliman avait bien assuré la sécurité de cette immense caravane annuelle, pour le moins aussi commerciale que religieuse. Cela s'organisait sous la responsabilité du Pacha de Damas. Il versait aux cheikhs des nomades du désert des allocations pour procurer les chameaux et maintenir les points d'eau, protéger et ravitailler le Hadj(13).
Mais la malhonnêteté d'un Pacha en 1754 garda pour lui les sommes. Les Bédouins se vengèrent en assaillant la caravane, en massacrant la garde et pillant le convoi. Quelque 20.000 pèlerins périrent, ou tués, ou égarés ou mourant de faim et soif dans le désert. Le butin se vendit jusqu'Acre et s urtout à Gaza, toujours sous contrôle et pour le bénéfice des fonctionnaires turcs. Volney signale une autre aubaine, des Bédouins en 1784, aux frais de 3000 charges de chameau dont le café fut confisqué par l'Aga qui en retira 80.000 piastres(14).
Volney raconte l'histoire d'un Pacha « honnête » de Damas et pour cela resté 15 ans en charge, supplanté par celui qui causa le désastre de 1755. Cet 'honnête" Asad eut besoin d'argent, lui qui en prêtait à 6% au lieu de l'ordinaire de 20 à 30%. Il consulta ses amis. Ils lui conseillèrent de fr apper d'avanies (amendes) les Chrétiens et marchands d'étoffes : il en retirerait 50 à 60 bourses (la bourse valait 1000 frs or.): « Je veux éprouver si je serai meilleur avaniste que vous!" leur répondit-il(15).
Il appelle en secret le Moufti et lui dit qu'il se voit obligé d'avertir le Mufti de Stamboul qu'il buvait du vin et mangeait du porc. Terrorrisé, le moufti le conjure et promet 12 bourses, réclammant le silence ! Le lendemain ce fut le tour du Qadi, coupable d'une affaire très grave aussi. Prom esse de silence pour encore 12 bourses ! Puis ce fut, toujours dans le secret, les autres hauts fonctionnaires, le chef des militaires, l'inspecteur des marchés et quelques riches marchands turcs et chrétiens ; chacun d'eux pris dans ses délits acheta le pardon et le secret. L' h onnête pacha" r evit ses amis et leur demanda s'ils avaient entendu qu'il eût imposé des avanies. "Non, Seigneur!Comment se fait-il que j'ai trouvé plus de 200 bourses?". Tous de se récrier abasourdis et demandant explication » 'J'ai tondu les bêliers, plutôt que d'écorcher les moutons et les chèvres!". On ne peut que rester effaré de la corruption de tous ces hauts personnages et de l'habilité de 'l'honnête pacha", pour la démasquer et l'exploiter. Mais son mameluk l'étouffa dans son bain!(16).
Les conséquences de cette vénalité
On comprend bien que dans la carence du Sérail de Stamboul, la sécurité et la prospérité des provinces n'étaient pas le souci des gouverneurs. Ils n'avaient, de haut en bas de l'échelle, que le souci de récupérer au plus vite l'argent, versé pour obtenir leur charge.
"Aussi, dit Volney, le premier soin d'un Pacha qui arrive à son poste est d'aviser aux moyens d'avoir de l'argent et les plus prompts sont toujours les meilleurs.. Mais qu'arrive-t-il, lis traitent leur province comme un lieu de passage, n'y font aucune amélioration, au contraire se hàtent d'en ép uiser les produits, de recueillir en un jour s'il est possible les fruits de plusieurs années. Le pacha donne les emplois par enchère(17).
Mais qu'arrive-t-il? le peuple restreint ses activités dans les bornes des premiers besoins , le laboureur ne sème que pour vivre, l'artisan ne travaille que pour nourrir sa famille et s'il a quelque superflu, il le cache soigneusement.
Les effets en ont été de diminuer par une action réciproque l'agriculture, les arts, le commerce, la population en un mot tout ce que constitue la puissance de l'Etat, c'est-à-dire la puissance même du Sultan" (18).
Les auteurs de l'ouvrage sur les Registres de Soliman affirment "qu'il y eut un mouvement négatif de population et d'économie de la fin du 16e s. jusqu'au milieu du 19e s".(19).
Cela est très sensible en Transjordanie dans une carte des deux auteurs. Il n'y a aucune localité habitée entre Salt et Kérak, seulement des triangles, indiquant des nomades occupant exclusivement ces plaines, aujourd'hui si riches et leurs villes, comme Madaba ressuscitée en 1880(20).
Par contre la même carte montre une forte densité de population au nord de Jérusalem et en particulier l'indice des chrétiens de Taybeh.
La décadence jusqu'au milieu du 19e s. Ce que Volney a relevé en Palestine et Transjordanie à la seconde moitié du 18e s. s'est poursuivi au 19e s. On en a le témoignage de Chateaubriand passant à Jérusalem en octobre 1806. Il y vit à l'oeuvre le Pacha Abdallah de Damas dont dépendait aussi la Palestine et il a relevé ses incroyables moyens de rapine:
"Un de ceux qu'il emploie le plus souvent est de fixer un prix fort bas pour les comestibles. Le peuple crie à la merveille, mais les marchands ferment leurs boutiques. La disette commence. Le pacha fait traiter secrètement avec les marchands ; il leur donne pour un certain nombre de bourses (l a bourse = 1000 p. or) la permission de vendre au taux qu'ils voudront. Les marchands cherchent à retrouver l'argent qulîls ont donné au pacha; ils portent les denrées à des prix extraordinaires et le peuple mourant de faim une seconde fois est obligé, pour vivre, de se dépouiller de son dernier vêtement.
J'ai vu ce même Abdallah commettre une vexation plus ingénieuse encore. J'ai dit qu'il avait envoyé sa cavalerie piller des arabes cultivateurs de l'autre côté du Jourdain. On leur vola 2100 chèvres et moutons, 94 veaux, 1000 ânes et 6 juments de première race; les chameaux seuls échappèrent: un cheikh les appela de loin et ils le suivirent.
Un européen ne peut imaginer ce que le Pacha fit de ce butin. Il mit à chaque animal un prix excédant deux fois sa valeur. On envoya ainsi les bêtes taxées aux différents particuliers de Jérusalem et aux chefs des villages voisins. Il fallait les prendre et les payer sous peine de mort. J'avou e que si je n'avais pas vu de mes yeux cette double iniquité, elle me paraîtrait tout à fait incroyable(21).
Cette situation trouvée en 1806 par Chateaubriand durerait encore des décades du 19e s.?????
Taybeh sous régime ottoman
Les habitants
Les registres d'impôts de Soliman le Magnifique (1520-1566) nous fournissent des données sûres, en 3 lignes, tant sur ses habitants que sur son économie.
Les données de ces registres (publié par W.D. H?tteroth et K. Abdulfattah (p. 116) contredisent une tradition que Taybeh était restée, comme Beit Jala, une localité toute chrétienne. Les registres de Soliman donnent à Taybeh 63 "haneh"-familles musulmanes à 5 personnes par haneh (=315 musulmans) et 23 "haneh" chrétiennes)= 115 chrétiens). Taybeh put bien rester chrétienne aux débuts de l'invasion arabe musulmane (comme Jérusalem même en 985(22). Mais avec les mameluks et les Ottomans l'islamisation gagna aussi les villages.
A Taybeh même, on a conservé le souvenir qu'à un moment donné, sous la pression ambiante comme ailleurs, et pour quelque dispute tribale dans ce village, un groupe de chrétiens - fort mal desservis en ces temps hostiles, par des prêtres eux-mêmes sans formation chrétienne - passa à l'islam(23). C ela expliquerait les chiffres du registre turc du 16e s., de 315 musulmans contre 115 chrétiens.
Mais dans le village s'est conservé aussi le souvenir du retour des apostats. On y parlait des "raddidim", des "revenus", à une date qui n'a pas été retenue. Cela nous expliquerait que Taybeh n'ait aujourd'hui que des chrétiens et que la localité de Deir el-Jerir qui précède immédiatement Taybeh n'ait plus le chiffre fort de musulmans du 16e s.(24)
Un même processus, contraire, joue actuellement à Beit Jala qui n'avait eu que très peu de musulmans et passait aussi comme Taybeh pour un village exclusivement chrétien. Au lieu d'une seule famille musulmane, en service au séminaire patriarcal latin en 1934, on compte aujourd'hui des centaines d e musulmans, qui ont désormais leur mosquée. Ce sont des réfugiés de la guerre de 1948, grossis d'immigrés de la région d'Hébron. Même invasion de réfugiés musulmans à Bethléem et Beit Sahour, localités chrétiennes qui, hélas, changent d'habitants, accueillant les musulmans alors que les chrétie ns émigrent trop nombreux aux Amériques, créant ici le grave problème de cette émigration chrétienne remplacée par l'invasion musulmane, de natalité bien plus nombreuse.
On a pensé aussi que le chiffre de 5 personnes seulement par haneh-famille était trop bas pour des familles musulmanes. Mais, comme dit plus haut, des statistiques sûres de 5 camps de réfugiés palestiniens de 1948, données par l'UNRWA en 1956, donnait pour 3148 familles comptant 16.341 personnes, une moyenne par famille de 5,19 bien proche de celle du 16es. Et pour 5 camps de réfugiés musulmans de la région d'Hébron, leurs 3363 familles, avec 17.345 personnes, donnent une moyenne de 5,15 plus proche encore de celle du 16es., donnée par H?tteroth-Abdelfattah. On peut donc retenir exacte la leur, de 5 personnes par "haneh".
L'économie de Taybeh au 16es.
Les registres de Soliman énumèrent 20 domaines imposable. Cela permet de se faire une idée de l'économie des localités et d'en montrer le rang d'essor, dans l'espèce pour le district (Liwa) de Jérusalem dont faisait partie Taybeh. Sur les 157 localités de ce district, Taybeh est la 9ème pour l'i mportance de ses Impôts. Elle vient après Jéricho, payant 40.000 akfa) cette monnaie turque de base, de valeur difficile à préciser aujourd'hui, qui avait déjà perdu un tiers de sa valeur à la fin du 16e s.). Après Jéricho venait Bethléem, impôt de 36.000 akfa, surtout de la jezyah, capitation su r ses 1390 chrétiens ; Silwan (Jérusalem) payait 35.000, surtout pour son eau ; Beit Jala, 30.000 akfa, aussi la capitation pour ses 1195 chrétiens.
L' économie de Taybeh est la suivante (en les 2 lignes de H-A. p. 116) n. 14 le blé- impôt de 9500 A. n. 15 l'orge- impôt de 5320 A. n. 19-20 fruits- impôt de 5480 A. n. 27 mariages, amendes 580 A. n. 28 chèvres et abeilles 1230A.
On constate ainsi que Taybeh du 16e s., 9ème village passant les 20.000 akfa d'impôt, avait donc une économie plus développée que les 147 autres villages du district. Aujourd'hui beaucoup de ces villages musulmans, sont par leur natalité supérieure, plus importants que Taybeh.
Conclusions
Nous avons dû nous contenter pour ce 16e s., le plus brillant de loin, des 4 siècles de régime ottoman, des quelques données, fiscales signalées. Elles nous ont assuré d'abord de l'existence de Taybeh en nous donnant les chiffres précis des ses habitants musulmans et chrétiens. Ces données nous ont assuré aussi de son essor économique, puisque le 9ème village le plus taxé des 157 du district de Jérusalem.
Mais c'est le dernier siècle du régime ottoman, de 1859 à sa disparition en 1918 qui retiendra le plus notre intérêt. Avec l'ouverture de la paroisse latine de Taybeh en 1859, le catholicisme des premiers siècles y revenait. Son implantation depuis un siècle et demi occupera les chapitres suivan ts, avec le bénéfice de données bien plus précises.
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Notes
1) MEDEBIELLE- op. cit., 145
2) ENCYCLOPEDIA BRITANNICA- 210
3) MEDEBIELLE- op.cit. Madaba, 1445
4) Ibid, 146
5) N.D.HUTTEROTH-K-ABDULFATTAH- History and Geography of Palestine, Transj Southern Syria in the late 16th century. Erlangen, 1977, p. 45
6) Ibid., 56
7) MEDEBIELLE- op. cit., 147
8) LAMMENS- Histoire de la Syrie, Il. 62
9) Relazioni des Consuls italiens, 88
10) IBN JOBER@ Ribla, 302
11) VOLNEY- Voyage en Syrie et en Egypte (1792), Il
12) MEDEBIELLE- Op.cit. 153
13) VOLNEY, 160 14) Ibid, 199
15) Ibid., 149
16) Ibid., 145
17) Ibid., 235
18) Ibid., 192
19) HUTTEROTH- op. cit.
20) MEDEBIELLE- op.cit. 149
21) CHATEAUBRIAND- Itinéraire de Paris à Jérusalem, éd. Roux, 106
22) Maqdisi- (Les letres de l'islam) 'y sont rares, les chrétiens nombreux se comportent avec dam les lieux publics' A. ISSA- Le Minorités Chrétiennes de Palestine.
23) Renseignements du cure John Sansour (1975-1989)
24) Ibid.
CHAPITRE XI
Les Chrétiens de Palestine à la restauration du Patriarcat 1848-1858
Avant d'entreprendre l'histoire de l'ouverture d'une paroisse latine dans le village de Taybeh, il est important d'avoir une idée précise sur la situation religieuse au milieu du 19ème siècle, chez les Chrétiens de Palestine tant chez les catholiques que chez les orthodoxes. Le Saint-Siège avait bien conscience de l'état de délabrement de la chrétienté palestinienne mais il fallut attendre 1851 pour en percevoir l'ampleur.
* * *
Le Patriarcat latin fut rétabli sous le pontificat du Pape Pie IX et immédiatement pourvu. Le Patriarche Valerga nouvellement nommé prend possession de son siège en janvier 1848 et se met au travail. Pendant les 19 mois qui vont suivre son arrivée il va s'appliquer à dresser l'inventaire de son immense diocèse. Il y trouvera 4.141 fidèles.
Pauvres gens qui vivaient sous la tyrannie musulmane qui écrasait les chrétiens à Beit Jala et dans les environs ; d'où les pages suivantes qui vont s'attacher à la personne de Don Morétain qui devait réussir à briser ce régime de terreur.
Dans les pages qui suivent, des citations très objectives, de Morétain le vrai héros, de l'affaire, mais encore d'autres missionnaires entrant en contact avec ces chrétiens à la religion vide, à quelques rites extérieurs près.
Les Catholiques latins en 1848
Le Patriarche en trouvait donc 4.141 dans la mouvance spirituelle des Franciscains de Terre Sainte.
Les difficultés du temps et des effectifs nettement insuffisants ne permettaient pas l'assistance spirituelle souhaitable dans un milieu si déchristianisé.
Les chrétiens, petites minorités dans l'océan musulman ne se différenciaient que par leur appartenance clanique. Parce que telle tribu était chrétienne, tel individu était chrétien, sans savoir ce qui faisait la différence dans sa foi avec un musulman. D'ailleurs de nombreux musulmans faisaient baptiser leurs enfants à El Khader, car la tradition assurait qu'un enfant baptisé dans ce lieu serait fort.
Le nouveau Patriarche remarque, que cette mission catholique repose sur l'assistance, tout comme d'ailleurs les autres religions en Terre Sainte.
"Cela n'est pas spécial aux catholiques mais cela leur est commun avec les autres confessions. Latins, Grecs, Arméniens, Protestants et même les Juifs ne sont tenus que par le moyen de la bienfaisance" (2).
De fait les Franciscains payaient pour leurs fidèles les 2 impôts musulmans (Jezieh-capitation, Kharaj-terrains), les taxes turques, leur assuraient la maison, et souvent payaient leurs dettes(3), et tout cela sans égard au mérite des gens.
"Jusqu'à la restauration du Patriarcat le régime spirituel de cette église se soutenait, ou à mieux dire était fondé principalement sur les oeuvres de bienfaisance qui assistaient la population, les riches comme les pauvres... Le plus petit retrait d'aide, pour autant que le bénéficiaire n'en ait pas besoin ou mérite, cause l'apostasie, même à Jérusalem où cependant l'esprit catholique n'est pas aussi vaccinant qu'à Bethléem et Nazareth... Et cela n'est pas spécial aux Catholiques mais leur est commun avec les autres communautés."(4).
Et l'apostolat franciscain, ne touchait que les villes de leurs paroisses (Jérusalem, Bethléem, Nazareth, Jaffa, Ramleh, Ain Karem). Aucune activité pastorale dans les villages palestiniens.
Les chrétiens du Patriarcat Grec
Ce furent eux qui firent appel au Patriarche Valergadès qu'on eût vu à l'oeuvre ses missionnaires. Beit Jala fut la première mission ouverte (1853) par le Patriarche malgré une opposition générale, qui fit de cette fondation une affaire européenne.
Il y eut là un vrai missionnaire, D. Jean Morétain (1813-1883)(7), dont les exploits eurent un grand retentissement dans tout le pays et provoquèrent ces appels au Patriarche.
Naturellement, tout proche de Bethléem, où les catholiques étaient si aidés, assistés, comme à Jérusalem, par les Franciscains, il en sentit la jalousie et les exigences des siens.
"Plusieurs personnes s'étaient faites latines à notre arrivée pensant que nous leur donnerions de l'argent ; voyant qu'il n'en arrivait pas, elles se sont retirées et ont bien fait.
J'ai été sollicité maintes et maintes fois de diverses manières. Quelque fois tout un quartier, cinq ou six cent personnes promettaient de se faire catholiques si je leur payais l'impôt personnel (Jezieh) ou bien le Kharaj (sur les terrains). Nous n'avons jamais voulu et j'ai toujours déclaré... que j'aimerais mieux 10 personnes pour rien que mille avec de l'argent, parce que l'argent ne fait pas la religion"(s)
Cependant il fallait bien trouver un moyen d'atteindre ces esprits trop sensibles au profit matériel, à la fois ignorants et blasés en matière religieuse. D. Morétain, tout en rejetant avec indignation l'utilisation d'appâts pécuniaires (Mémoires 270) était cependant convaincu que le moyen d'appr ocher de telles gens devait être sensible et que la charité, qui seule pourrait les attirer, devait se matérialiser de quelque façon.
« Notre Seigneur n'avait-il pas fait du bien aux corps pour atteindre les âmes, et les missionnaires de tous les temps ... 1 "Saint Paul dit que l'homme est trop charnel et trop animal pour comprendre les choses de Dieu. Les gens de Beit Jala le sont par dessus toute chose, accoutumés au schisme grec, qui d'ailleurs diffère si peu de nous à leurs yeux. Ils comprendront difficilement une religion qui ne leur rend pas des services matériels !(9).
Il pensa donc à briser la tyrannie séculaire que faisaient peser sur eux les petits potentats musulmans du voisinage.
"Je résolus de les amener par les bienfaits. Outre les services que je rendais à chacun, je me mis à les protéger tous, grecs et latins, contre la tyrannie des Turcs et des musulmans des environs et j'y ai réussi"(10).
Il eut dès le départ la vue claire de ce qu'il voulait et la volonté arrêtée de l'obtenir. Il faut avouer que la Providence lui avait mis en main des atouts exceptionnels : son intelligence bien claire du problème, une volonté très énergique, un courage à toute épreuve, une haute stature qui en i mposait, son talent d'architecte ; l'appui total du . Patriarche Valerga, dont il avait appris, en de longs mois, comment se comporter avec les indigènes et les Turcs ; le soutien résolu de M. Botta, son consul, ami et sauveur du Patriarche à Mossoul, enfin les conjonctures politiques :
"J'étais aidé par les circonstances : les flottes alliées (dont la française) étaient entrées (en 1854) dans la Mer Noire. Il suffisait d'être français pour être respecté un peu mieux que les autres(1l). Enfin le nouveau Pacha Kamal était un excellent homme tout dévoué au consul ainsi qu'à Mgr V alerga(1l). Puis il faut savoir qu'en Orient l'autorité est à celui qui sait la saisir et mener, sévèrement, mais justement, le peuple... le plus doux et facile à gouverner, pourvu qu'on le mène avec vigueur et justice"(12).
La triste situation des chrétiens à ce moment
"C'était tantôt un chef (musulman) tantôt un autre qui passait et qui réclamait quelques milliers de piastres qu'il prélevait sur le pays outre les Impôts ordinaires dûs au Sultan. Les cheikhs de Beit Jala auxquels il s'adressait pour cela, au lieu de lever la somme demandée par le musulman , en levaient davantage et il en restait quelque chose dans leurs mains. Aussi étaient-ils favorables à ces petites cueillettes dont la fréquence ne faisait qu'augmenter leurs ressources et leur bien-être...
Quelques jours après le départ de ce musulman il en revenait un autre avec des prétentions ou des demandes plus ou moins grandes et au bout d'un mois, un autre ou le même mettait nos fellahs, non en réquisition d'argent cette fois, mais d'huile, de bois, de figues sèches, etc.
Tout cela n'était rien, quoique répété souvent pendant l'année, parce qu'on donnait, quoique à regret. Mais ce qui était pire c'est que ces musulmans venaient en grand nombre tous armés, s'imposaient dans une maison et ordonnaient qu'on leur tuât un mouton ou deux selon leur nombre. Le màltre de la maison, quand il était pauvre, était obligé de vendre ou d'engager ses oliviers sur le champ et perdre un tiers de leur valeur pour avoir l'argent nécessaire à l'achat des aliments qui devaient servir à régaler ses hôtes. S'il refusait ou s'il mettait trop de temps à préparer son dîner, on l' assommait de coups, on le menaçait d'aller couper ses arbres.
Pour les fêtes de Pâques et de Noël on a coutume en Orient de se visiter pour se souhaiter la bonne fête. Les musulmans venaient en foule à Beit Jala de tout côté. Il fallait de 50 à 60 moutons, à chacune de ces fêtes pour les recevoir, sans compter les autres dépenses en café, beurre, riz, taba c, etc... ce qui était énorme pour un village qui était toujours sous le pressoir.
D'autres fois c'étaient des invasions dans les champs du territoire de Beit Jala. On ramassait leurs olives, leurs figues, leurs raisins et ainsi disparaissait la récolte d'un certain nombre.
Il fallait aussi donner un certain nombre de piastres aux chefs turcs des environs pour chaque fille qui se mariait, pour chaque arbre que l'on vendait, etc... Les musulmans étaient en guerre entre eux : comme ils avaient divisé les gens de Beit Jala, il fallait que les Beit jaliens prissent part à la guerre et se mêlent de leurs querelles. Et voilà ce village courir à chaque instant aux armes, autant de fois qu'il y avait une levée de boucliers des musulmans les uns contre les autres. Des musulmans venaient-ils chez vous? S'ils vous voyaient un manteau, un fusil, un sabre qui leur conv enait, ils le prenaient et s'en allaient sans autre forme de procès. Il en était à peu près de même des troupeaux dans les champs. Tantôt des moutons, tantôt les chèvres les plus belles disparaissaient pour aller grossir le troupeau du cheikh..."(13).
Il en était de même pour les chrétiens de Palestine !
L'exploit de Morétain
La Providence lui en fournit l'occasion le 2 décembre 1854. Dans une querelle entre cheikhs d'Abougosh et ceux de Walajeh, Beit Jala figurait comme partisan de Walajeh plus proche.
Moustapha, d'Abougosh, arriva avec 600 hommes, s'empara d'el-Khader, en route contre Beit Jala. Terreur dans le village, qui transporta toutes ses affaires, mobilier et provisions à Bethléem et supplia Morétain d'obtenir par Mgr Valerga un ordre du Pacha de ne pas laisser passer Abougosh à Beit J ala. Monseigneur obtint cet ordre:
"Je le rapportai de suite au milieu de la nuit, au milieu d'une pluie battante que j'eus pendant tout mon chemin. Cet ordre fut envoyé à Abougosch qui, pour toute réponse et pour faire voir qu'il se moquait du Pacha, donna le lendemain à son armée le signal de se diriger sur Beit Jala.
Vers les dix heures, le lendemain, les gardes avancés que notre village tenait sur la montagne, vinrent annoncer qu'Abougosch arrivait. Alors on vint en foule, catholiques et grecs, m'appeler pour aller à sa rencontre, comme si un prêtre seul et sans armes pouvait par sa seule présence arrêter da ns sa course victorieuse un conquérant et sa horde barbarel C'était au milieu d'un temps affreux. Je cours en haut... J'attends quelques minutes sur un champ libre à l'entrée du village où il devait nécessairement passer. On entend déjà les cris sauvages d'une multitude qui se précipite en désor dre du haut des montagnes... cavaliers et fantassins pêle-mêle, les soldats les premiers, les chefs les derniers...
Le premier guerrier qui arrive est un cavalier nègre, joliment vêtu. Je saisis la bride de son cheval et ne le laisse pas aller plus loin malgré tous ses efforts. Il n'ose me frapper. Cependant débouche de tout côté une foule indisciplinée de musulmans, vêtus seulement d'une chemise, d'une cein ture et d'un turban, sans chaussure aucune armés d'un sabre et d'un fusil... Le bruit augmente avec la foule des arrivants des deux côtés et personne ne peut comprendre quelque chose au milieu de cette confusion sans pareille...
Cependant, bientôt après le cavalier nègre, arrive au milieu de la foule un cavalier vêtu de blanc que son costume et ses armes désignent pour un cheikh. Je le prends pour Abougoseh que je ne connaissais pas. J'abandonne mon nègre et cours à la bride de son cheval que je saisis de même. Ce chei kh était le lieutenant d'Abougosch et le compétiteur d'Abou Cheikha. C'était pour lui qu'Abougosch avait entrepris la guerre. Il essaie de se défaire de moi en faisant caracoler son cheval au milieu de la foule. N'ayant pu y réussir il me crie "fantasia, fantasia", une partie de plaisir ! On n' avait pas sujet de la prendre comme telle... il essaya de me faire comprendre le but de leur venue et leurs intentions, mais ce fut inutile. Je ne savais que peu d'arabe et qui aurait pu comprendre un mot au milieu de ce bruit! Mon drogmn, mon domestique et mon janissaire étaient perdus au milie u de la foule ainsi que mon manteau et mon parapluie malgré les torrents qui tombaient du ciel.
Vint ensuite un gros monsieur arabe vêtu à la turque et montant un généreux coursier superbement harnaché à la manière du pays, avec des armes garnies d'argent. Il me fut évident que je m'étais trompé et que c'était là Abougosch. Je quittai l'autre et courus arrêter ce troisième comme les deux a utres au milieu de sa troupe...
Abougosch parut singulièrement gêné, lui qui résistait en face aux ordres du Pacha, de se voir arrêter par un simple prêtre chrétien. Il fit caracoler son cheval pour s'échapper et brandit son épée pou m'effrayer : stratagèmes qui ne réussirent pas parce que je ne craignais rien et je pensais qu' il n'oserait me frapper moi qui venais seul et sans armes... Je le tins plus de dix minutes arrêté ainsi au milieu de la confusion la plus grande, des cris les plus affreux... Quand il vit que je ne voulais pas le laisser entrer au village... il donna le signal de la retraite et allait reprendre l e chemin de S. Georges avec sa troupe. Alors un des chefs du village de Beit Jala, son partisan dévoué, lui dit : Lassez faire le prêtre ; venez chez moi et chez les miens". Abougosch ayant pu me donner des explications et me faire des promesses par la bouche de mon drogman, je consentis à le lai sser entrer avec son armée. Il me promit qu'il ne serait fait aucun mal à personne de Beit Jala, ni par lui ni par aucun des siens ; qu'il ne venait que pour passer la nuit et partir le lendemain; qu'il n'entràlnerait personne de nos chrétiens à la guerre, qui était une affaire des mahométans ent re eux. Quand il eut fait ces promesses je lui dis: "Notre village est ouvert à tous les gens pacifiques qui viennent pour y recevoir l'hospitalité. Soyez le bienvenu ainsi que vos gens. Mais rappelez-vous vos promesses; sinon vous verrez ce qui arrivera".
Alors il entra dans le village avec sa troupe en désordre, au milieu des torrents -de pluie qui tombaient des cieux et d'eaux qui coulaient par les rues étroites et fangeuses de ce village. Après avoir été me changer, je revins lui faire une visite, lui renouveler mes recommandations et recevoir ses promesses de nouveau et plus à loisir. Il me fit asseoir à côté de lui sur un coussin et un tapis et me promit tout ce que je voulus... C'est un homme né pour commander... assez poli et civilisé pour la tribu à laquelle il appartient. Nous n'avons pas à nous plaindre de lui depuis qu'il est chef. Avant que je prisse congé de lui il me dit. "Vous voyez que je suis logé chez des fellahs qui n'ont pas de linge propre. Ayez la bonté de m'envoyer un lit." Je lui envoyai un matelas, une couverture et un traversin..."(14).
Le lendemain matin Abougosch quittait Beit Jala, fidèle aux promesses faites à D. Morétain qui vint l'en remercier à son départ. Quelques-uns de ses partisans de Beit Jala le suivirent cependant d'eux. mêmes. Mais par égard pour D. Morétain, il prit soin de ne pas les mettre en ligne de combat.
"Après le départ d'Abougosch, je reçus la députation du village de Beît Jala composée de presque tous les chefs et des 4 curés schismatiques qui venaient me remercier de ce que J'avais fait pour le village et me complimenter sur mes exploits contre Abougosch... On m'assura que sans moi et l'influe nce du Patriarche... il ne serait rien resté au village, ni huile, ni grains, ni armes ; que tout aurait été pillé. On avait des exemples récents à citer. Personne n'avait eu à se plaindre du moindre tort. On avait logé et nourri quelques centaines d'arabes pour une nuit, selon les lois de l'ho spitalité orientale et voilà tout. La joie éclatait partout...
C'est là le premier et le plus grand des exploits que j'ai faits contre les chefs arabes ; il a ouvert la porte aux autres qui, peur être moins éclatants, n'en sont pas moins utiles(15).
8. MORERA@N- Mémoim. 271
9. Ibid., 250
10. Ibid., 259 11. Ibid., 250
12. Ibid,, 252
13. Ibid, 255-159
14, Ibid, 251
15. Ibid., 250
La fin de la tyrannie
Comme on peut l'imaginer sans peine, le haut fait du 2 décembre eut un grand retentissement et valut aussitôt à D. Morétain un immense prestige. Il l'exploita immédiatement pour engager une lutte sans merci contre la tyrannie des chefs musulmans. Après avoir fait reculer Abougoseh il pouvait bie n les traiter tous de haut.
"Ce qui me donna le plus d'autorité dans Beit Jala et les environs ce fut le ton de supériorité que je pris tout à coup visà-vis des grands et petits chefs musulmans des environs qui tyrannisaient les gens de Beit Jala et leur extorquaient toute sorte de choses à tout instant, tyrannie que je réus sis à réprimer"(16).
Il fut entièrement épaulé par Mgr Valerga et M. Botta et, assez vite par le nouveau gouverneur, Kamel Pacha, qui vint le visiter et à cette occasion consacra officiellement l'autorité que le missionnaire avait su prendre:
"Le Pacha étant venu dîner à Beit Jala avec M. le Consul et Mgr le Patriarche, instruit qu'il était que je gouvernais ce village de fait quoique sans autorité, me confirma dans cette charge et m'autorisa même à ouvrir une prison, faculté dont j'ai usé sobrement mais quelquefois cependant et pour q uelques heures, emprisonnant sans acception de personnes les catholiques commes les grecs, les simples particuliers comme les cheikhs des villages musulmans..."(17).
D. Morétain fut sans pitié pour les voleurs de ses chrétiens.
« Je comrnençai par faire punir sévèrement les voleurs par le Pacha... de sorte que les vols cessèrent peu à peu de la part des mahométans. Je défendis aux chefs musulmans d'entrieiner mes chrétiens dans leurs guerres et de se mêler des affaires de mon village sans ma permission, ce à quoi ils se soumirent à regret...
S.B. Mgr Joseph Valerga, premier Patriarche de Jérusalem Quand quelques chefs musulmans violaient la consigne et venaient demander quelque chose aux gens de Beit Jala, je le savais incontinent par les personnes peu contentes de payer, qui m'envoyaient m'en donner avis. Alors j'allais trouver les musulmans, je leur demandai avec des expressions non équivoques de mon indignation ce qu'ils étaient venus chercher ici et je commençais à les chasser ignominieusement du village, jusqu'à leur tirer la barbe. J'y joignais quelques fois les coups pour mieux les persuader que ce n'était pas pour ri re. Ainsi je traitais les cheikhs et leurs sujets. Ils n'osaient plus revenir !(18).
D. Morétain se montra surtout intransigeant pour les cheikhs de Walajeh qui prétendaient à une sorte de suzeraineté sur Beit Jala et tout particulièrement avec Abou Cheikha qui avait joué un rôle dans l'assaut de décembre 1853. Il leur interdit de mettre les pieds à Beit Jala:
"Ils exécutèrent mon ordre et pendant plus de deux ans ne reparurent plus sans que je leur eusse envoyé un billet d'invitation ... En arrivant ils venaient me faire une visite, recevaient de moi l'ordre de terminer leur affaire avec équité et de venir me rendre raison. Ordinairement on venait pas ser les papiers chez moi. Khalil Cheikha, un des chefs de Walajeh, avait volé cinq chèvres à un de nos catholiques et cela depuis plusieurs années et il ne voulait pas les rendre ; il ne répondit même pas à deux lettres que je lui écrivis à ce sujet. Il vint ensuite visiter les travaux de la construction. Je le sommai de rendre ces animaux. Sur sa réponse négative, je le fis lier par mon janissaire et mener à Jérusalem où il devait être livré au Pacha. Mgr lui fit grâce sur la promesse qu'il fit de rendre les chèvres. Quelle conduite vile d'un seigneur qui s'abaisse à voler 4 à 5 chèvres et qui se laisse encha îner plutôt que de les rendre et ne s'exécute que sur la porte de la prison !
Une autre fois un des chefs des Hassaniehs ayant voulu rebâtir sa maison au village de Walajeh... vint mettre en réquisition les gens de Beit Jala pour lui fournir du bois. Chacun apportait des morceaux plus ou moins gros et il y avait déjà deux tas de formés, des dons plus ou moins spontanés, pe ndant que le chef buvait le café avec les chefs de Beit Jala. Je fus averti. Comme je ne voulais pas laisser remettre le pied aux Hassaniehs pour extorquer une chose ou l'autre, je résolus de m'opposer à cette tentative... J'allai demander des explications aux chefs arabes qui me dirent qu'ils a vaient besoin de ces misérables morceaux de bois pour rebâtir leur village détruit. Je faillis faiblir car je savais qu'ils en avaient grand besoin : mais c'était rouvrir une large porte à toutes leurs anciennes demandes et exactions où ils voulaient rentrer peu à peu. Je leur répondis qu'ils eu ssent à mettre à contribution les 10 à 12 villages musulmans qui étaient sous leur domination et à laisser tranquilles les gens de Beit Jala, que j'étais aussi en construction et que j'avais besoin de bois et que je prenais ceux-là. Alors je commandai aux assistants qui étaient venus nombreux pou r voir ce qui allait se passer, de prendre chacun un morceau de bois et de le porter dans notre construction ce qui fut fait en un clin d'oeil et tout en chantant. J'avais idée de me servir de ces bois, qui étaient d'ailleurs peu de chose, pour une voûte et puis de les rendre, mais personne n'en voulut et tout le monde me loua d'avoir coupé ainsi les dernières prétentions aux quêtes des musulmans, toujours forcées parce qu'on a peur d'eux" (19).
Tout en exigeant que les litiges regardant Beit Jala lui fussent soumis, D. Morétain, avec intelligence et prudence, savait cependant s'épargner le plus souvent les tracas et l'odieux des jugements. Il prenait connaissance de la cause puis :
Il... je me déclarais incompétent en disant vous savez bien que je suis étranger en votre pays , je ne connais pas assez bien vos coutumes sur la question... mon ministère n'est pas de juger mais de prêcher l'évangile. Mais vous êtes obligés de choisir un juge et vous ne sortirez pas de chez moi sans vous être entendus sur ce point" (20).
On vit bien quelle position D. Morétain avait acquis à Beit Jala après la guerre de Crimée. Les divers Patriarches perdirent alors leur autorité judiciaire au for civil sur leurs ouailles. A plus forte raison D. Morétain perdit-il son droit de prison et la fonction quasi officielle que lui avait accordée Kamel Pacha. Mais cela ne changea rien de fait à Beit Jala où sa position resta aussi indiseutée. Les Grecs fort vexés de son influence voulurent profiter du changement officiel survenu ; ils envoyèrent de nouveau à Beit Jala un chammas pour battre en brèche son autorité. Ce fut enco re en vain: bien mieux, le chammas fut l'un des obligés du missionnaire:
"Comme les Grecs avaient pour eux l'immense majorité des habitants du village, mon influence devait se tr?????
En fait cette dernière interdiction ne serait pas observée par les 3 communautés qui allaient continuer leurs pratiques : sacrifices à la porte de la grande nef, processions, prières dans la nef centrale. Pratiquement on s'en est tenu au statu quo de 1880. L'agitation si aiguë en 1919-1922 a dis paru. Les communautés continuent leurs pratiques, avec même un désordre bien discutable de particuliers, on peut le constater avec ce qu'on a placé sur un pilier central de la grande nef, dans son abside, et dans une sorte de petite grotte dans le mur voisin.
En fait le Tel étant a tous, personne ne proteste. Le curé latin y va en procession parfois avec ses fidèles. Une dernière sécheresse y a activé la dévotion en bougies des gens. Comme on le voit ce sanctuaire, si l'on peut dire, des ruines des églises, sinon le mystérieux personnage composite d'El-Khader, est aussi un élément de ce village historique. Cette brochure ne pouvait le passer sous silence. C'est un élément important du village. Encore une fois, des fouilles y seraient désirables. Mais le statu quo entre les communautés y fait obstacle.
CHAPITRE XV
EPHREM-TAYBEH La reprise avec deux curés de valeur
D. Bishara Farwagi 1924-1945
Après le cauchemar de la guerre, la dispute sur le site d'El-Khader, le passage trop rapide de quelques curés ne leur permit pas de relancer la paroisse. D. Bishara Saadeh, de Ramallah (1883-1964), arrivé à 33 ans resta curé de Taybeh moins de 2 ans (1918-1919). Son successeur de même, D. Antoun Hihi de Bethléem (1883-1965), arrivé à 36 ans, 2 ans aussi D. Zacharia Chomali, de Beit Sahour (1897-1963) arrivé à 24 ans.
En 1924 enfin le Patriarche Barlassina envoyait un curé stable pour 22 ans. D. Bishara Farwagi (1884-1949). Il arrivait à 39 ans avec déjà une riche expérience pastorale. Curé de Fuheis de 1911 à 1918, il y vécut les duretés de la guerre, avec exode de Pâques 1918 à octobre 1919, avec ses paroi ssiens et ceux de Salt qui durent quitter leurs paroisses de Transjordanie pour quelques mois de refuge à Rafat en Palestine pendant les dernières opérations de la guerre. Né à Jérusalem en 1884, ordonné en 1907, vicaire à Salt, puis à Gifnah, curé d'Aboud où il acheta le terrain de la mission su r l'emplacement d'une antique église de l'âge chrétien (4-7s.) Saint Siméon, il y fit les premières constructions très modestes, 3 chambres dont une comme chapelle, un couloir-cuisine et divan.
A Taybeh, cet homme de Dieu, bien zélé, eut le temps de relancer la paroisse. Certes il n'y manqua pas de soucis : ceux d'un chef ambitieux -et brouillon que les Anglais durent mettre eux aussi à la raison. Il lui arriva de faire au Patriarche une plainte curieuse contre ses trois Soeurs du Rosa ire : ses cousines, une tante et les deux nièces, trop de parentes à son gré! Il reprit à pied d'oeuvre les écoles, élément essentiel, avec 37 garçons et autant de filles. Il envoyait les grandets à Ramallah pour le secondaire, mais déçu de ne pas les voir revenir travailler à Taybeh. Il prit p art au pèlerinage palestinien de l'année sainte en 1925 à Rome. Dans son zèle pastoral il publia à Jérusalem une édition arabe des Evangiles. Il édita aussi un petit manuel paroissial, messe et choix de cantiques, qui eut du succès. Doué d'un remarquable talent d'orateur, prêchant avec beaucoup d'âme, il était très goûté et demandé de tous côtés, paroisses et institutions, au point d'avoir à se défendre contre trop d'invitations par crainte de négliger sa paroisse.
De son école il envoya des sujets de valeur au séminaire patriarcal. Ainsi de Hanna Daadouch qu'il appelait "l'ange de sa paroisse", fils du curé melkite, ancien séminariste latin que la famille fit sortir pour le marier, on l'a déjà dit, mais qui resta latin de coeur et envoya son fils à son anc ien séminaire. Son père le suivait de près, à Jérusalem, jusqu'en 1936 où le Séminaire se réinstalla à Beit Jala. Hanna ordonné en 1944, atteint d'une lésion au coeur, décédait après seulement 25 ansde service pastoral.
D. Farwagi envoya encore au séminaire en 1937, Saleh (Giries) Neemeh, ordonné en 1949. Il a été un curé très -dynamique : 10 ans à Naour, 20 à Smakieh pendant une période très dure de sécheresse où il a su aider ses fidèles éprouvés, par distribution d'eau, même un puits artésien, grâce à une aide italienne, munissant sa paroisse de deux écoles remarquables pour filles et garçons. Transféré ensuite à Ajloun 9 ans, il y a aussi assuré des aménagements. En 1989 il était nommé curé de Salt.
En 1939, D. Farwagi envoyait au séminaire Mansour Saliba, ordonné en 1951, vicaire à Madaba, constructeur à Shatana, curé de Smakieh, puis de Zerka sud où il a présidé à la construction de l'église et de l'école, aidé par la Lieutenance canadienne de Montréal.
En 1945, la vue fort atteinte et bien fatigué, D. Farwagi après 21 ans à Taybeh se retirait quelque temps au Patriarcat puis prenait la cure paisible de Naplouse où il s'éteignait en novembre 1949. Son long séjour à Taybeh et son zèle pastoral avait bien aidé à la relance de la paroisse après les épreuves de la guerre.
Un successeur dynamique, D. Silvio Bresolin
Ce jeune missionnaire italien, ordonné en 1939 après sa théologie au grand séminaire patriarcal, avait été vicaire à Madaba puis curé de Reneh deux ans. En mars 1945 il remplaçait D. Farwagi à Taybeh où il allait, en 30 ans, beaucoup faire pour la paroisse.
D'heureux tempérament, il allait durer et fort travailler, résorbant, grâce à son flegme et sa bonne humeur à toute épreuve, les petits drames fatals en tout village. Avec lui, la paroisse allait suivre le développement de Taybeh, doté désormais d'une bonne route d'accès, de rues asphaltées. Ce jeune curé avait des idées, avec le don de les faire apprécier et adopter.
En 1947 il eut la pensée de doter sa pauvre église, restaurée 30 ans plus tôt par D. Kittaneh, d'un clocher respectable. Il se mit à l'oeuvre, aidé de l'abbé de la Trappe, architecte, mais avec des ouvriers peu soucieux des lignes droites. S.E. Testa, le Régent (entre les Patriarches Barlassina et Gori,) y fit une visite et obtint les lignes droites du clocher. Après le clocher, il pensa à une horloge valable pour tout le village qui est bien ramassé, les habitants y coopérèrent pour 650 dinars, les émigrés aux Amériques sollicités aussi envoyérent 1000 dinars, une coopération du Cardin al Tisserant et une autre de S.E. le Régent Testa permirent d'installer au clocher une horloge à 4 cadrans de 2 mètres de diamètre. L'horloge sonna pour la première fois le 30 juin 1951 à la satisfaction de tout le village. Un coup de foudre étant tombé -sur le clocher de 24 m. et ayant abouti à la chambre du curé, heureusement absent à ce moment, il paracheva son clocher d'un paratonnerre que lui payèrent ses compatriotes vénitiens.
La guerre arabo-juive de 1948 affecta aussi Taybeh enlevant leurs postes de travail à bien des gens à Jérusalem. Cela fouetta un mouvement d'émigration. Cette fois, ce n'était plus pour Jérusalem, devenue juive, mais pour la Jordanie, Amman, Kuwait et les Amériques. Parmi les émigrés américains , le protestant Serhan valut à Taybeh une fâcheuse notoriété étant impliqué dans l'assassinat de Robert Kennedy .
La paroisse, du temps du ce curé zélé, se développa bien, malgré l'hémorragie des émigrations. En 1961, le curé dénombrait 601 paroissiens, et au dehors 386 émigrés catholiques.
Pour ses écoles, la puissance, qu'était alors le franciscain P. Hoade, l'aida à réaliser une autre de ses idées : construire un étage au-dessus du presbytère aux voûtes solides, et disposer ainsi de plus de place pour les classes, tout en ménageant au-dessus un appartement. Il construisait aussi l'étage de la maison des Soeurs pour leur communauté et libérait ainsi tout le rez-de-chaussée pour les classes des filles toujours plus nombreuses. Il aménageait aussi la cour de l'école, dans le terrain de D. Kittaneh avant 1914. L'école était vraiment son souci pastoral. Elle comptait 293 él èves en 1961 et 346 en 1966. Pour le secondaire, il envoyait les sujets au collège de son confrère à Ramallah.
Des vocations
Tout comme D. Farwagi, il envoyait au séminaire patriarcal de bons sujets qu'il discernait parmi ses écoliers. Il avait la consolation d'en voir arriver 6 au sacerdoce. En 1950 il avait envoyé Georges Zaed, ordonné en 1962. Vicaire à Amman il fut tué, son auto écrasée par un poids lourd, alors qu'il revenait d'un service pastoral, la nuit, de Safout. Son ordination avait été soulignée à Taybeh le 4 juillet 1962 par la participation des 48 prêtres de diverses nationalités de la Jesus Caritas, qui passaient un mois à Taybeh, y revivant en retraite celle du Christ avant sa passion (S. J ean 11,54), imitée aussi en 1898 par le P. de Foucauld, et rappelée par les pèlerinages des jeunes de Mgr Charles.
Après le pauvre Zaed, D. Silvio avait encore envoyé au séminaire en 1955 Rafiq Khoury. Il était ordonné à Jérusalem le 29 juin 1967, après l'invasion juive de toute la Palestine. En 1973 il passait à Rome son doctorat sur la Catéchèse en l'Eglise de Jérusalem, qui fut le prince des catéchistes, Saint Cyrille (313-387) avec ses célébres catéchèses. D. Rafiq, secrétaire de la commission catéchétique, a rédigé les séries des nouveaux catéchismes diocésains.
En 1956 D. Silvio envoyait encore au séminaire Farouq Bassir d'un émigré au Guatemala marié avec une émigrée de Bethléem. Ordonné en 1968, puis vicaire à Ramallah, à Amman, diplômé en arabe à Beyrouth, missionnaire au Soudan de 1972 à 1975, puis curé d'Irbed et de la paroisse de l'évêché d'Amman, il l'est, depuis 1989, de la mission de Kérak en Transjordanie Sud.
En 1961 D. Silvio envoyait Ramzi Ne'meh, le neveu du premier prêtre envoyé par D. Farwagi en 1937, D. Girles Nemeh, qui le baptisa en 1948 après son ordination. D. Ramzi ordonné en 1973 fut vicaire à Madaba, puis professeur au séminaire d'où il fut envoyé à Rome pour études au Latran. Le 23.6.19 83, il défendait sa thèse de doctorat sur la morale dans les manuels scolaires musulmans en Jordanie. Il revenait ensuite au séminaire professeur de morale et directeur des études au petit séminaire.
En 1962 D. Silvio envoyait Azzam Jacer, ordonné en 1974, puis vicaire à A=an, en service 3 ans au diocèse du Golfe, puis vicaire à Zerka nord et depuis 1982, professeur et économe du séminaire.
En 1967 D. Silvio envoyait encore Joseph Rezeq, né en 1955 ordonné en 1979, puis vicaire à Amman, à Zerka nord, missionnaire au Soudan d'où la malaria l'a fait revenir, vicaire encore à Amman, à Madaba et puis en service au Golfe et depuis 1990 à Rome pour études.
En même temps que 6 jeunes prêtres que D. Silvio faisait donner par Taybeh au Patriarcat, il assurait aussi aux Soeurs du Rosaire, des nombreuses vocations. A ce point de vue des vocations, le Seigneur aura spécialement béni ses 30 ans de ministère pastoral à Taybeh.
Le projet d'une nouvelle église
La vieille église, commencée en 1861 par le P. Courtais et dont l'effondrement, on l'a vu, lui coûta la vie, même achevée par D. Dikha et D. Chiariglione, et surtout restaurée vers 1910 par D. Kittaneh, elle était manifestement à bout de souffle. On doutait avec raison de l'utilité des réparation s qu'elle réclamait. Elle était aussi devenue bien trop étroite pour une paroisse très accrue.
D. Silvio qui s'était fait la main à bien des constructions, son étage, celui des Soeurs, et son clocher, n'eut pas grande difficulté à convaincre le Patriarche Gori (1950-1970) qu'il fallait songer à une nouvelle église. Il en trouva l'architecte, un de ses condisciples en Italie, et fut aidé pa r Fr. Paulin de la Trappe. Il sut aller frapper à toutes les portes, celle du Patriarche, naturellement en premier lieu. Délaissant la vieille conception des églises avec abside et autel à l'est, donc orientée est-ouest, il pensa orienter la nouvelle vers Jérusalem.
Toujours pratique, il songea aussi à profiter de l'église, pour munir sa mission d'autres éléments dont il voyait la nécessité : une salle pour les fêtes; un local pour jardin d'enfants, des classes supplémentaires. En implantant l'église nord sud il avait le bénéfice d'une forte déclivité qui lu i fournirait sous l'église les espaces voulus. Pour ces réalisations, il avait décidé de faire disparaître l'ancienne église collée au presbytère. Ce faisant, il fournirait une belle esplanade à la nouvelle église et gagnait pour le presbytère l'espace de la vieille sacristie qui unissait sa cur e et la vieille église.
Mais l'histoire de cette dernière réalisation réclame absolument un chapitre nouveau. Il permettra de bien présenter les promoteurs de l'oeuvre, l'église elle-même et la fête de sa bénédiction. D. Silvio resterait encore assez, jusqu'en 1975, jusqu'à la réalisation de son rêve missionnaire, pour bien étudier le projet en contact permanent avec le Patriarche Beltritti, qui apporterait en l'affaire le poids de son expérience, de ses vastes relations et l'expérience des églises qu'il avait erigées soit avec le Patriarche Gori (1950-1970) soit depuis 1970.
Un exploit final de D. Silvio
En 1975, D. Silvio était déjà curé de Taybeh depuis 30 ans très remplis. Mais en présentant au Patriarche sa démission il lui exprimait un voeu qui causait une grande surprise et beaucoup d'édification. Il était volontaire pour se joindre au groupe de jeunes prêtres du Patriarcat latin alors en service volontaire au diocèse de Malakal, au Soudan-sud habité par les noirs.
Mais tandis que les autres n'y travaillaient que quelques rapides années, voilà que D. Silvio y est encore au travail depuis 19 ans et dans ses 75 ans.
Le départ en 1975 de D. Silvio pour le Soudan avait fait sensation et avait bien justifié sa promotion de chanoine du Saint-Sépulcre par le Patriarche Beltritti. Ses confrères du Patriarcat restent édifiés et fiers de ce confrère encore en pastorale à 75 ans dans un milieu difficile. Son tempéra ment heureux l'aide et surtout son zèle missionnaire. Mais ce zèle inlassable fait aujourd'hui l'admiration et la fierté de tous ses confrères du clergé patriarcal, et aussi de Taybeh où il s'était dépensé 30 ans en activités pastorales et en travaux remarquables : presbytère, école, maison des s oeurs et l'église, sujet du chapitre qui suit.
CHAPITRE XVI
La nouvelle Eglise de Taybeh
La nouvelle église (1971)
On l'a dit au chapitre précédent. La vétusté, plus d'un siècle de la première église, de construction malheureuse au début, avec l'effondrement de son toubar, fut prolongée par plusieurs curés et enfin bien achevée vers 1910 par D. Kittaneh. Mais elle était trop exiguë pour la croissance de la p aroisse latine. Une nouvelle église s'imposait. La première église orientée est-ouest, était accolée au presbytère dont une chambre servait de sacristie. Elle avait cette commodité pour le curé, d'être tout à portée : il passait de chez lui à la sacristie et de là à l'église.
D. Silvio n'eut pas grand peine à convaincre le Patriarche Beltritti de la nécessité d'une nouvelle église. Il avait lui-même déjà trop construit pour acquérir de l'expérience et prévoir les difficultés de l'entreprise. Mais il était bien résolu.
L'emplacement
Les inconvénients de l'ancienne église le décidèrent à choisir de situer la nouvelle entre la maison-école des Soeurs et l'école dont il avait prévu le projet. Cet emplacement avait une forte déclivité. Mais il avait déjà vu des confrères profiter de cela pour se pourvoir, sous leur église d'une salle paroissiale, indispensable pour la vie de la paroisse.
De fait D. Silvio allait exploiter au maximum la ressource de cette déclivité. Il prévit, sous l'abside, un beau local pour le Kindergarten, sous les nefs latérales, des classes pour l'aider, avant la construction de l'école, et sous l'entrée il prévit l'emplacement d'une scène pour représentatio ns. Il ne perdit pas son temps. Les travaux de l'infrastructure étaient déjà terminés et utilisés dès 1959.
On supprimait naturellement l'ancienne église, dispendieuse en ses réparations continues. On gagnerait ainsi une belle esplanade devant l'entrée de la nouvelle église et le curé sut profiter de ses pierres pour son presbytère.
Les plans et leur exécution
Mgr Beltritti, évêque coadjuteur, avec sa promotion patriarcale à la mort de S.B. Gori le 25.11.70, était tout à fait d'accord pour une nouvelle église et laissa le champ libre au curé pour trouver des aides et des fonds. Il suivait de près toutes les activités, et lui aussi s'occupait de sonder ses relations pour aider l'entreprise du curé.
Celui-ci s'adressa à une de ses connaissances, l'architecte italien Panizza pour les plans de l'église. Bien naturellement il lui inspirait tous ses désirs concrets pour que l'architecte réponde dans ses plans aux besoins envisagés par le curé. Il allait passer 18 ans entre l'élaboration des pla ns et la finition de l'église. Tout au long de ces 18 ans D. Silvio put compter sur les conseils et l'aide du Fr. Paulin Schneider trappiste de Latroun, ingénieur spécialiste des travaux de ciment à la restauration du Saint-Sépulcre. Le Fr. Paulin a toujours supervisé les travaux de Taybeh ave c sa conscience extrême et une discrétion totale.
Les ressources
Le curé et son grand aide, l'évêque coadjuteur, Mgr Beltritti, savaient bien ne pouvoir rien attendre du Patriarche Gori. Celui-ci avait toutes ses ressources prises par l'équipement en églises, écoles, presbytères de la Transjordanie où avaient afflué tant de réfugiés palestiniens de la guerre d e 1948. Cet exode avait créé soudainement de grands besoins de constructions pour doter les paroisses envahies des structures pastorales essentielles.
L'église de Taybeh allait donc monter lentemen au rythme fort lent de l'arrivée des ressources. D. Silvio s'employa, avec une petite revue, à relancer ses paroissiens et les émigrés, avec un succès remarquable déjà de 6000 dinars sur les 26.000 requis. Un ingénieur colombien, de passage en 1956, M. Ricardo Triana Uribe donna 2000 dinars qu'il remit à genoux, homme de foi, au Patriarche. Les bienfaiteurs de tous pays répondirent généreusement aux appels de D. Silvio. Mais pour terminer il y fallut le bulldozer américain. Sollic ité par le Patriarche, qui souffrait de voir ce chantier avancer si lentement, c'est la Southern Lieutenancy du Saint-Sépulcre qui en décida. Ce fut sous l'impulsion dynamique de son Lieutenant, S.E. John J. Craig, pressé par le Patriarche, que le don de 30.000 dollars arriva en apport définitif.
Pour la grande mosaïque, prévue de 24m2 derrière le maître autel, ce fut le don de Mgr Charles, Recteur de Montmartre, conduisant régulièrement ses groupes de nombreux pèlerins à Taybeh, sur les traces du P. de Foucauld. Tout travail terminé, cette mosaïque aura coùté 1700 dinars. Elle a été réa lisée par la maison Peresson de Milan, sur les cartons du Prof Rivetta. Selon les désirs du curé elle représente l'arrivée, par un sentier rocailleux, du Christ avec ses disciples (St. Jean 11,54), accueillis par les gens d'Ephrem. Dans un angle du bas figure bien justement Charles de Foucauld . C'est lui qui a pour ainsi dire relancé l'entreprise, en venant vivre ardement sur place, ce pèlerinage évangélique d'Ephrem.
L'Eglise a 28,40 m. de long sur 15,50 de large. Dans l'abside et son vaste sanctuaire, le maître autel, derrière lequel se dresse la grande mosaïque avec aussi deux hautes baies latérales, donnant vue au loin sur le paysage de Jérusalem. Le maître-autel, face au peuple de la grande nef, est une belle pierre du pays. La nef centrale de 11,55m. de haut est séparée, des deux nefs latérales, par des colonnes en ciment. Ces colonnes étaient d'abord bien frustes. Le curé suivant, mobilisant un artiste, peintre aussi, les transformerait en les couronnant de chapeaux esthétiques en stuc.
La façade extérieure de l'église vers le nord avait en ornement remarquable une rosace de 8 baies avec vitraux. La porte d'entrée, au haut d'un marchepied à 3 marches, courant sur toute la largeur de l'église, était abritée par un auvent de pierre et au-dessus une remarquable mosaïque du Seigneur accueillant les fidèles de ses deux bras étendus.
La bénédiction de l'église
Elle eut lieu le mardi 18 mai 1971. Elle coïncidait avec la première visite pastorale officielle de S.B. Jacques Beltritti, devenu Patriarche le 25 novembre précédent à la mort du Patriarche Gori. D. Silvio avait aussi fait coïncider la bénédiction de l'église avec la première communion et la co nfirmation de 75 enfants de la paroisse.
Une délégation de Taybeh était allée accueillir le Patriarche et sa suite au Balloua, la bifurcation de la route de Taybeh se détachant de celle de Jérusalem-Naplouse-Nazareth. Arrivé à Taybeh c'est un cortège qui l'accompagnait à l'église, il comprenait avec les autorités et notables du village, les chanoines du Saint-Sépulcre, de nombreux curés des environs, le grand séminaire, les 6 petits séminaristes de Taybeh, en ceinture rouge sur leur soutannelle, de nombreuses Soeurs du Rosaire, la foule de Taybeh. On faisait assoir le Patriarche sous le porche de l'église, pour entendre harangu es en prose et vers. Il avait à ses côtés D. Silvio en surplis, ravi, et le puissant curé melkite, le clergé et les personnalités. Le Patriarche procédait ensuite au rite de la bénédiction liturgique des murs extérieurs puis, taillant le ruban de la porte, poursuivait la bénédiction des murs intérieurs, se frayant passage avec quelque peine dans la foule qui avait envahi l'église. Le curé, D. Silvio lui adressait ensuite un v ibrant discours de reconnaissance pour avoir pris très à coeur l'achèvement de l'église. Vint ensuite la confirmation des 75 enfants, la messe, les chants alternés entre séminaire et paroissiens. La cérémonie avait duré 3 grandes heures. Mais elle avait été une grande joie pour la paroisse de T aybeh.
D. Silvio partait alors en vacances, bien gagnées en 26 années de travail. Il allait encore quêter car il restait beaucoup à faire : les enduits, des bancs convenables, le tambour de la porte d'entrée, la grille des fonts-baptismaux, le mobilier du maître-autel. Mais ce curé, radieux de l'essent iel acquis avait toute confiance en la Providence pour ce qui restait à faire,
CHAPITRE XVII
La nouvelle 'école de Taybeh
Les débuts
On a vu plus haut comme D. Courtais, second missionnaire (1861-1866) de Taybeh avait aussitôt ouvert une petite école pour recueillir les enfants et en faire de petits chrétiens. Trouvant ses écoliers très grossiers, il, essaya, grâce à ses petites ressources, de les garder chez lui pour les form er plus sérieusement. Il constituait ainsi une sorte de petit alumnat d'une vingtaine de garçons. On voit qu'il en emmenait dans ses courses, même jusqu'à Jérusalem. Quant il fut assailli à la nuit tombante, revenant avec deux d'entre eux à Taybeh, ce furent eux qui jetèrent l'alarme sur l'atte ntat dont venait d'être victime leur curé. De ce juvénat il envoya un garçon, Daadouch au séminaire du Patriarche Valerga à Jérusalem. Les curés suivants, manquant de ressources et en séjours rapides, firent de leur mieux pour l'école, élément essentiel de la paroisse. D. Kittaneh la dota d'une belle cour mal fermée à l'est par un mur de fortune.
Puis arriva la guerre. Les Turcs fermèrent aussitôt les écoles. Il fallut attendre des jours meilleurs qui arrivèrent avec le Patriarche Barlassina. Il fut cependant très limité en ressources, ayant à restaurer toutes les missions ravagées par les occupations militaires turques. Heureusement qu 'arrivèrent ensuite deux curés de valeur restant 20 ans chacun en place. Ils purent déjà bien s'occuper des deux écoles.
D. Farwagi, accaparé par le service pastoral et ses prédications ne put que suivre du mieux possible son école en développement constant.
D. Silvio Bresolin curé en 1945, plus jeune, la suivit de plus près et se préoccupa des locaux désormais insuffisants et peu convenables. D'abord aidé par le P. Eugène Hoade o.f.m., il put bâtir un étage sur son presbytère et consacrer ainsi tout le rez-de-chaussée aux classes. Il en aménagea au ssi la cour sur le terrain conquis à l'est par D. Kittaneh avant la guerre de 1914. Il construisit aussi un étage à la maison des Soeurs du Rosaire, le consacrant à la communauté et disposant ainsi de tout le rez-de-chaussée pour les classes des filles, dont le nombre croissait aussi sans cesse. Il envoyait aussi au noviciat du Rosaire trois grandes élèves des Soeurs.
Pour le jardin d'enfant il aménagea, dans l'infrastructure de la future église, bien avant la construction de celle-ci, un vaste local bien éclairé sous l'abside à venir, puis une grande salle pour les fêtes, sous la future nef de l'église. Il obtient encore, des deux côtés, en des locaux en long ueur, sous les futures nefs latérales, deux classes pour les garçons. Il en aménagea encore à gauche de l'entrée de la mission.
Mais il devenait de plus en plus évident et pressant qu'il fallait une vaste école moderne pour en finir avec des locaux dispersés et de fortune.
Nouveau curé et plans de l'école
En 1975 D. Silvio faisait la surprise de partir en missionnaire à 62 ans, au Soudan. Son vicaire à Taybeh, depuis 1973, devenait curé. Il avait beaucoup appris de D. Silvio. Intelligent et dynamique, il passait à l'action. Il trouvait d'ailleurs le Patriarche Beltritti aussi convaincu.
Ce jeune curé, D. John Sansour, de Beit Jala, souffrait de n'avoir que l'élémentaire. Pour le secondaire, désiré de beaucoup de monde, il fallait aller au Collège de Ramallah à 12 km. Beaucoup allaient à Yabroud, village musulman, beaucoup plus proche. Ce village au recensement de Soliman le Mag nifique en 1549, comptait 115 musulmans et 4 familles chrétiennes, (20 personnes, disparues depuis). Le jeune curé souffrait de voir partir à l'école de Yabroud même des petits du primaire, pour être assurés d'y trouver place au secondaire, sans avoir à redoubler de classe.
Il en discuta avec les notables de sa paroisse catholique, de même conviction que lui. Il eut alors l'audace de vouloir créer le secondaire aussi à Taybeh. Il savait ne pouvoir compter sur l'accord de la direction et surtout de la procure patriarcale. Il obtint de ses fidèles qu'ils financent e ux-mêmes cette première année. Ils le firent volontiers. Il laissa prévoir la création de tout le cours secondaire. Il y avait dès lors un premier problème : les ressources?
La construction de la nouvelle école
Le curé entra en relations avec le Général de Chizelle, Lieutenant des Chevaliers du Saint-Sépulcre de France, qui conduisait régulièrement leurs groupes en pèlerinage et, sur l'exemple du P. de Foucauld, les amenait aussi revivre à Taybeh, la visite du Seigneur avant sa passion. Le Général entra bien dans les soucis et le plan du curé et promit son aide.
Le curé s'était déjà engagé et arrangé, on l'a dit, pour la première année, aidé par ses fidèles, aussi convaincus que lui. Le Général comprit bien le problème et qu'assurer le secondaire serait non seulement sauver l'école mais aussi la paroisse. Le Général s'engagea donc et put obtenir aussi l 'assentiment de ses Chevaliers français. Ainsi, année par année, on arriva au secondaire complet. L'intelligence du curé en assura aussi le succès. Comme dans tous les villages, ce curé responsable de l'école, avait des problèmes avec des familles pour des élèves paresseux ou indisciplinés, il eut l'audace de mettre comme directeur de l'école un musulman, qui avait 1 expérience de l'école publique et la main ferme. Le curé assura ainsi la bonne marche de son école, mais débarrassé de sa police et des conflits fatals avec les familles. Dans cette école bien tenue, affluèrent aussi alor s des élèves musulmans, voulant bien travailler.
On se décida donc à construire une école moderne qui rassemblât toutes les classes alors dispersées. Ce fut aussi le désir du Patriarche. Le curé venait de recevoir 15.000 $ du Lieutenant canadien de Québec, S.E. Engel, pour s'aménager une chambre à son étage. Il déclara vouloir consacrer cet a rgent à la construction de l'école. Le général de Chizelle, conquis aussi au projet, promit une aide importante.
On s'adressa alors pour des plans à un architecte catholique de Bethléem, M. Samir Harb, qui avait déjà beaucoup construit à Kuwait et à Bethléem. Le curé lui expliqua ses désiderata. Le plan discuté et aprouvé, situait la nouvelle école en prolongement du presbytère, en parallèle à l'église, po urvue de deux cours, à l'est celle de D. Kittaneh, à l'ouest et au sud une autre cour appréciable. L'école aurait deux étages avec leur véranda vers l'est sur laquelle s'ouvriraient les classes. La véranda du rez-de-chaussée dominerait un peu la grande cour. Un escalier médian mènerait, vers le haut à l'étage et à la terrasse, vers le bas aux toilettes et au préau.
Le général de Chizelle qui venait régulièrement chaque année reprendre contact avec Taybeh, procura aussi des sommes importantes permettant la réalisation rapide de la construction. D. Silvio en vit le démarrage avant son départ, contrôlé par le curé, le Patriarche et le général de Chizelle en vi sites. La sole du rez-de-chaussée av ?????